Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 08:54

& Moscou 2033"Moscou 2033" de Dmitry Glukhovsky - L'Atalante.

 

Une guerre mondiale a ravagé la Terre. La ville de Moscou, radioactive, n'est plus peuplée que par des monstruosités mutantes, comme ces espèces de ptérodactyles qui ont installé leur nid sur les tours du Kremlin et guettent les infortunés promeneurs de surface pour fondre sur eux. 

 

Dans les profondeurs du métro, l'espèce humaine a survécu, mais a quel prix ! Couloirs écroulés, stations devenues plus ou moins indépendantes, peuplées de toutes les bizarreries que peut engendrer le repli sur soi et le face à face avec les profondeurs : néo-nazis, prédicateurs un peu dérangés, tribus anthropophages, ou encore des clans perpétuant les derniers souvenirs de l'empire soviétique disparu... Et dans la solitude des couloirs livrés à l'obscurité, d'étranges forces psychiques semblent vouloir guetter les imprudents qui...

 

N'en jetez plus... Voilà donc l'univers dans lequel va se mouvoir le jeune Ayrtom, chargé d'une mission qui pourrait sauver l'humanité, et aussi le révéler à lui même. Du solide, du costaud, donc. Du grand classique, un sujet a priori en or qui pourrait nous valoir un nouveau grand moment dans la littérature post-cataclysmique.

 

Hélas, non ! Tout ceci est malheureusement gâché par un traitement pas à la hauteur. Certes il se dégage de ce bouquin une certaine atmosphère - sans doute liée au fait que ce livre est russe et  nous permet d'accéder à une certaine tournure d'esprit à laquelle nous ne sommes guère habitués - mais on ne peut que regretter ce schématisme outrancier, cette totale absence de  progression qui nous laisse face à face avec quelque chose de plat et tournant en boucle, avec une incapacité totale à faire naître des émotions et à permettre l'identification avec le héros. Bref un exercice de style glacial auquel personne ne croit tout à fait comme... comme ?

 

... comme un jeu vidéo, bon dieu mais c'est bien sûr ! Ce que j'ai pu vérifier sur internet et illustré par l'extrait en bas de l'article.

 

"Métro 2033" s'avère donc un objet bâtard, un monstre hybride comme les ptérodactyles dont il est question plus haut : un roman probablement conçu a priori dans cette optique multi-média destinée à intéresser sur un même objet à contenu multiple des publics variés et maximiser ainsi l'impact et (donc le profit) de l'opération ? Ceci a vraisemblablement valu au roman de se couler dans les exigences et codes du jeu vidéo pour finalement devenir cet entassement de scènes répétitives et sans souffle, même si certaines réflexions de l'auteur et une fin somme toute assez réussie sauvent l'ensemble du naufrage.

 

On l'aura compris, je n'ai pas vraiment souscrit à la démarche, qui me semble poursuivre deux objectifs parfaitement contradictoires . Et à trop vouloir en faire, les promoteurs de ce concept nous laissent seuls devant notre déception. Dommage.

 


Par ErMa - Publié dans : Lire
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Samedi 27 novembre 2010 6 27 /11 /Nov /2010 14:49

 

Nuit. Obscurité totale. Un briquet qu'on allume. La lueur vacillante qui éclaire autour.  Une boîte en bois brut. Gémissements. Panique.

 

Paul Conroy, chauffeur de poids lourd en Irak, vient de se réveiller. Ses souvenirs lui reviennent. Une agression par des rebelles... Un choc. Et puis plus rien. Et la réalité, indicible : il est enfermé dans un cercueil. En terre étrangère. Personne au courant.  Avec six pieds de sable au dessus. Sa seule planche de salut, éventuelle : un téléphone portable dont la batterie commence à donner des signes de faiblesse.

 

N'en jetez plus... Comment cet homme peut-il espérer s'en sortir ? Et justement, quelle sera la fin ?

 

Ce film, qui joue de façon diabolique avec nos terreurs les plus primitives, réussit le tour de force de captiver le spectateur une heure et demie durant sans jamais sortir d'un volume d'un demi-mètre cube. Avec des morceaux de bravoure absolument jubilatoires quand par exemple on devine une ondulation à l'intérieur de la jambe du pantalon du monsieur : un serpent s'est invité à l'intérieur de la boîte... Ou encore quand ledit chauffeur qui cherche hystériquement à s'en sortir se  voit congédier au téléphone par un obscur juriste de son entreprise (je n'ose dire sa boîte...) pour prise de risque inconsidérée.

 

"Buried" est un "petit film" donc, de facture très européenne, refusé par Hollywood car bien loin des codes prévalant dans les blockbusters, et tourné par un réalisateur espagnol. C'est un exercice de style brillantissime avec un sens du suspense absolument époustouflant, de facture extraordinairement aboutie et que l'on pourrait comparer, quoique dans un  registre différent à "Duel" qui révéla Spielberg au grand public.

 

Inutile de dire que je suis resté scotché dans mon fauteuil jusqu'à la fin qui... mais non, on n'est pas sur Télérama ici, je ne dirai rien ! Un final donc, absolument éblouissant (enfin, façon de parler) qui clôture en apothéose cette séance éprouvante pour les nerfs.

 

Après, relax.

 

A peine sortis de la salle, encore tout tourneboulés, nous sommes allés nous promener Parc de la Tête d'Or. La lumière d'automne était triomphante, au soleil il faisait presque chaud et les ombres des arbres s'allongeaient déjà sur les pelouses. Nous avons mangé un hot dog dans un petit cabanon.

 

Que la vie était belle !

 

Puis j'ai repensé, je ne sais pourquoi, à Arthur Rimbaud, l'"homme aux semelles de vent", dont le destin m'a toujours fasciné. Alors, arrivé à la maison, j'ai ouvert ses oeuvres complètes, aux éditions La Pléiade. Le marque-page était toujours à la page 704, là où j'avais repéré la phrase qui m'avait ému.

 

Il était question des notes d'Isabelle Rimbaud datant du 4 octobre 1891, veillant son frère revenu d'Ethiopie qui vivait ses dernières heures en France avant de succomber d'un cancer du genou.

 

... En se réveillant, il regarde par la fenêtre le soleil qui brille toujours dans un ciel sans nuage et se met à pleurer en se disant que jamais plus il ne verra le soleil dehors. "J'irai sous la terre, me dit-il, et toi tu marcheras dans le soleil !"


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Samedi 27 novembre 2010 6 27 /11 /Nov /2010 09:26

Foch 1963

Quand j'étais enfant, j'habitais en haut d'une tour de béton, bâtie par un certain Auguste Perret  au sortir de la guerre, sur les ruines de la ville pilonnée par des bombardiers anglais. Située à la fin d'une vaste avenue, elle faisait face à la mer. L'endroit était pompeusement baptisé  "Porte océane". De la fenêtre du salon on voyait les bateaux qui allaient et venaient depuis le port du Havre.

 

Pour accéder à ces hauteurs en ménageant ses efforts, il fallait emprunter un de ces ascenseurs  sinistres de marque SACEM. Cabine en bois ciré, interdite comme il se doit "aux enfants non accompagnés". Une fois appuyé sur le bouton le système émettait un drôle de bruit de déglution et nous entraînait vers le ciel. Je me souviens aussi de l'odeur, dedans. Très particulière. Totalement indéfinissable. Agissant puissamment sur mon inconscient, les rares fois où je suis retourné là-bas, à la façon de la madeleine de Proust.

 

Autre temps autre moeurs, le principe de sécurité n'avait pas encore envahi notre monde, on voyait durant la montée défiler la paroi lisse.

 

Cette paroi lisse justement, qui avait valu, un jour de malheur, à la petite fille du sixième de se coïncer la jambe dedans. Ce drame avait institué une sorte de non-dit parmi les habitants de la tour et hantait lourdement les esprits. Et il nous arrivait de croiser la pauvre enfant avec sa prothèse, toujours accompagnée de ses parents. On la regardait sans rien dire. Les mères de famille baissaient les yeux en la voyant, elles répétaient à leur progéniture "fais attention à toi, sinon, tu vois ce qui peut arriver".

 

Au premier, mon copain Patrick, au sixième le gros Fifi avec qui j'entretenais des rapports plus que heurtés depuis un certain soir de malheur où, victime d'une sorte de racket j'avais dû lui abandonner la quasi-totalité de mon stock de billes, une fille très délurée prénommée Marie-Pierre au dixième. Je voyais parfois sortir de l'appartement d'en face les voisins accompagnés d'un chien obèse dénommé Padouc.

 

A la fin de ses jours, mon grand père Yves avait pris l'habitude de venir nous voir. Malade, sentant ses jours comptés, il restait dans son fauteuil à contempler la mer en silence. Breton d'origine, il avait toujours rêvé de prendre sa retraite à Saint-Malo, mais n'avait pas quitté Melun (Seine et Marne). Toute la journée, il observait les mouvements de cette flotille qui s'éparpillait devant ses yeux.

 

Le paquebot France, bien entendu, la sirène qui signalait son arrivée, accompagnée par trois vagues engendrées par son étrave, qui se fracassaient contre la digue.


Il nommait les navires de noms étranges que je ne connaissais pas : pinardier, marie-salope. Je le regardais, intrigué, il me désignait les manoeuvres de la drague qui creusait le chenal d'accès à la rade. Et puis l'épave du Jean-Bart, coulé pendant la guerre, et qui affleurait à marée basse.

 

Il aimait qu'on lui prépare des filets de merlan, il faut dire qu'à Melun...

 

Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit tout ça. Je voulais simplement faire une introduction pour parler du film "Buried" que je viens d'aller voir. Une sorte d'introspection pour tenter d'analyser les raisons de ma tendance à la claustrophobie.  Mais je me rends compte que j'ai un peu divagué.

 

Ah si...  En haut de la rangée de boutons de l'ascenseur, il y en avait un dénommé "urgence", que l'on pouvait actionner à grand peine en se haussant sur la pointe des pieds quand on avait atteint l'âge à se hasarder seul dans la cabine. Celui qu'il m'est arrivé d'actionner une ou deux fois. Ces jours-là, on sentait que quelque chose de bizarre allait se passer. L'ascenseur ne s'était pas arrêté exactement au niveau du sol. On hésitait et puis pfff... pas question  de s'infliger onze étages à pied. Avec un zeste d'inquiétude on finissait par se décider à y aller. Et ce que l'on avait redouté finissait par se produire : comportement hésitant de la machine. Arrêt inopiné entre deux niveaux. Le coeur qui bat... Tentatives de relancer. On ré-appuie fiévreusement sur le bouton. Rien... Panique. On tape contre la porte. Et puis, la cabine qui finit par se remettre en route de façon impromptue. Hésitations. Secousses. Arrêt à l'étage non désiré. On pousse de toutes ses forces contre la porte qui finit par s'ouvrir, on émerge au septième à bout de souffle en jurant croix de bois, croix de fer, qu'on ne nous y reprendra plus...

 

Curieux, quand on y pense, de se dire que pour accéder au ciel, il faille d'abord s'enfermer.

                                            

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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 14:47

Hartley 2Quel est cet étrange objet turgescent ?

 

Un champignon ?

Un ludion ?

Une haltère ?

Un concombre lumineux ?

Un saucisson à cuire pistaché de Lyon ?

 

Non. La comète Hartley 2, prise de la sonde "Deep Impact" à 700 km de distance, le 4 novembre dernier.

 

On remarquera les jets de lumière en bas à droite, constituant la queue. Celle-ci est formée d'un mélange de gaz ionisé et de poussières résultant de la sublimation de matière volatile sous l'effet de la chaleur du soleil.

 

Etonnant, non ?

 

Par ErMa - Publié dans : Commenter
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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 09:06

 

C'était avec un plaisir non dissimulé que j'avais appris il y a quelque temps que l'adaptation au ciné d'un des romans les plus connus de Douglas Kennedy était en préparation.

 

Dans la production de l'auteur, "l'homme qui voulait vivre sa vie" est en fait le bouquin que je préfère, et de très loin. Pourquoi ? Très certainement parce qu'il réunit un certain nombre d'ingrédients parmi les plus universels, de ceux qui font partie de ce que l'on pourrait nommer le "sel de la vie". Je citerai au hasard comme ils me viennent : les rapports entre les hommes et les femmes, le mensonge, la fidélité, l'amour dans ses multiples dimensions, et surtout, omniprésent, volant par dessus tout, le besoin irrépressible de s'accomplir et de donner un sens à sa vie malgré tous les obstacles. Et en particulier le premier d'entre eux : la contradiction entre soif de liberté et les attaches qui nous lient à ceux qui nous ont jusqu'alors ont accompagné.

 

Je ne vais pas raconter ici l'histoire, certains de mes lecteurs qui n'ont pas lu le bouquin pourraient m'en vouloir. Disons pour résumer qu'il s'agit de l'itinéraire d'un homme amené par les circonstances à disparaître de la circulation et qui devra donc refaire sa vie loin de son pays, loin de ses enfants. En lui donnant l'occasion de s'accomplir dans un domaine où jusqu'alors il n'avait toujours été qu'un obscur dilettante : la photographie. Une histoire assez classique dont les compagnies d'assurances doivent avoir une certaine expérience !

 

J'avais aimé du roman de Douglas Kennedy l'absolue maîtrise de la progression de l'histoire, le cynisme sous-jacent, certains tics du maître qui surgissent de façon incontournable et qui nous le rendent familier (sa passion pour les budgets et les papiers peints) et surtout tout ce qui concerne l'ambiance typically US (qui est le pays d'origine de l'auteur). Avec deux aspects : la critique feutrée mais néanmoins virulente de la bonne société, mais surtout l'ambiance grands espaces qui surgit dans la dernière partie, et qui illustre de façon saisissante l'élan qui nous pousse à partir à la rencontre de  notre propre liberté avec le risque de n'y découvrir qu'angoisse et vacuité. 

 

Qu'allais-je donc découvrir dans cette adaptation française (ayant toutefois reçu l'onction de l'auteur) ? Volà qui ne manquait pas de titiller ma curiosité, car pour les grands espaces, en France, on peut repasser (quoique, le Massif Central...).

 

Eh bien, au bout du compte, ce n'est pas mal du tout. Même si c'est différent. Très différent. Je n'aurais pas franchement choisi Romain Duris pour incarner le héros, mais bon... La high society dont fait partie notre homme habite le Vésinet, ce qui semble somme toute une  adaptation assez pertinente. Quant aux principaux éléments qui ponctuent l'itinéraire, ils sont assez fidèlement reconstitués dans leur enchaînement. Avec toutefois des surprises et notamment la première d'entre elles concernant le lieu de l'exil. Je m'étais vaguement demandé avant d'y aller "où pouvait donc se trouver le far west de la France ?" Mystère mystère. Au fil de l'histoire, cet ailleurs s'est dévoilé pas à pas. Au delà de l'Autriche... Passé la frontière, des caractères cyrilliques. Un pays âpre, un bouge où le fugitif fait relâche, il vomit dans dans la cuvette des chiottes les derniers restes de sa vie d'avant. Un pays âpre à l'habitat un peu dévasté comme au sortir d'une guerre.  Et puis on bascule, on se découvre immergé dans  des paysages absolument sublimes, mi-montagneux, mi-maritimes, avec une sorte de brutalité et de grandeur qui émergent du tableau. "You won't be bothered by tourists" assure l'aubergiste. Pour sûr. De touristes aucun. Seul l'excellentissime Niels Arestrup en expat' à la dérive, qui accueille notre homme en cavale. Le hiatus est créé et on ne s'en débarrasse pas jusqu'à la fin : ah ces cargos monumentaux en cale sèche surmontés par de grandioses montagnes boisées, ces plages désertes de galets balayées par le ressac, la rudesse et la simplicité des habitants !... Le résultat est là, qui nous vaut d'être projeté hors de nos repères. Ni le Wyoming ni l'Idaho, juste le Montenegro, mais avec l'intention primitive qui subsiste et l'on se découvre accaparé, scotché à son fauteuil par l'intensité et la singularité de la fuite en avant.  

 

Au final donc, plutôt une bonne surprise, qui, à la réflexion, caractérise peut-être ce qui fait l'intérêt d'une adaptation réussie d'un bouquin au cinéma. Loin d'une retranscription académique avec le risque de froideur et de manque de relief, une transposition plutôt intelligente qui, évitant la fadeur de l'exercice de style, vient en complément de l'oeuvre littéraire et la renouvelle sans la corrompre.


Par ErMa - Publié dans : Voir
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 17:08

INGSOC

 

Big Brother est parmi nous. Non pas celui du roman de George Orwell, mais un Big Brother mou, protéiforme, insaisissable, qui modèle nos comportements sans que nous nous en apercevions.

 

Je reproduis ci-contre in extenso le texte attribué à Noam Chomsky sur les dix techniques de manipulations et publié initialement sur le site pressenza. J'ai trouvé intéressant d'endosser mon habit de contestataire et protestataire pour illuster ces dix aphorismes avec quelques séquences et commentaires tirés de la vie politique actuelle. Travail fait rapidement sous le coup de l'excitation, et qui mériterait d'être approfondi.

 

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux. »

Le renvoi des roms après la séquence Banier - Woerth - Bettencourt.


2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

Il est clair que certaines organisations syndicales et plus particulièrement la CGT sont otages de leurs éléments les plus durs, et il faut bien admettre que ces irréductibles sont les premiers responsables de la désorganisation actuelle et des désordres subis par nos compatriotes. Mais le manque d'agressivité à débloquer la situation dans les points de blocage (dépôts de carburants, grèves dans les raffineries,...) et les provocations à l'égard des "jeunes" que j'ai constatées personnellement en me promenant côté Bellecour sont quand même troublants. On voudrait manipuler l'opinion en tentant de la retourner massivement contre l'ensemble des manifestants que l'on ne procéderait pas autrement..


3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

Qu'est-il advenu du grand "plan Marshall des banlieues"  promis avec grand tapage et sensé être mis en place par Fadela Amara ?

 

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ».

Voir l'exemple ci-dessous :


 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

La surrenchère compassionnelle nauséabonde à chaque fait divers sanglant et la création de nouvelles lois alors que les anciennes ne sont pas appliquées... La mayonnaise autour de la déchéance de la nationalité après l'affaire du niquab (est-ce actuellement le problème n°1 en France ?)

 

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures.

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

Une certaine "Princesse de Clèves" pour illustrer :

 

 

 

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

A mon sens le point-clé. Ceci nécessiterait un long développement que je ferai peut-être un jour dans ce blog...

 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.


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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 21:14

Jean-Louis Murat

 

C'est en voisin que le pâtre auvergnat neurasthénique est venu donner l'un des quelques concerts programmés en cette fin d'année accompagné de ses musiciens, originaires de Saint-Etienne, Saint-Chamond et... Lyon.

 

Climat décontracté et quasi-familial à la maison de la culture de Saint-Genis. Bâtiment moderne, une salle de spectacle avec des sièges, contrairement aux autres concerts de JLM où j'avais eu l'occasion d'assister, à Mulhouse et à Dijon. L'ambiance pépère et le confort des fauteuils en velours synthétique bleu constitueraient-ils un obstacle pour apprécier dans de justes conditions tout le talent du MAÎTRE ?

 

Première partie de Amélie. Venue de Lille, cette jeune chanteuse en devenir, un mélange de Amy McDonald et Björk, a vraiment assuré. Début a capela plein de tension, puis troquant en milieu de  partie sa guitare sèche contre une sorte d'instrument inconnu mi-accordéon, mi-harpe, mi-ukulélé elle a donné un aperçu de son répertoire dans le registre pop/folk. N'empêche que la fille qui faisait un court commentaire d'une toute petite voix entre chacun de ses morceaux est apparue attachante. Et bourrée de talent. Souhaitons-lui de l'avenir. Sur la base de ce qu'elle a montré, elle le mérite.

 

Après une courte entracte, une fois l'obscurité revenue, dans un déferlement de lumière bleutée est apparu le MAÎTRE. Silencieux, nonchalant, un peu bougon, il a avancé vers le public puis après quelques instants de concentration a aussitôt entamé son répertoire.

 

L'essentiel de la prestation était bien entendu concentré autour des principaux morceaux de son dernier CD "Le cours ordinaire des choses". J'ai repéré sur le web un excellent "compte-rendu" de la soirée de jeudi dernier qui en dira beaucoup plus que mes quelques impressions notées en ordre dispersé : l'interprétation que j'attendais du magnifique "Taïga", une version un peu boostée de "Falling in love again", l'incontournable "Chanter est ma façon d'errer" puis, élargissant le spectre, JLM s'est lancé dans une réinterprétation de certains des titres de ses précédents albums : le très émouvant "Les voyageurs perdus" ("Tristan") puis une version somptueuse du "Train bleu" ("Dolorès").

 

Quelques temps morts et passages de moins bien, il faut le reconnaître, notamment un ou deux inédits? que je n'ai pas reconnus. Car JLM est un auteur prolifique qui n'évite pas une certaine part de déchet dans sa production. Mais vite oubliés quand s'est amorcée cette version agressive et acérée du sublime et emblématique "Se mettre aux anges", où les claviers et la guitare avaient remplacé les violons. 

 

Applaudissements. Une nappe de synthés a enflé et empli la salle. Lente et majestueuse. Puis a retenti LA VOIX, solennelle, hiératique qui déclamait :

 

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit :
 Aujourd'hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d'un hérétique

 

Magique. J'ai reconnu - avec un peu de retard - le très baudelairien "Examen de minuit" issu du CD "Charles & Léo". Une redécouverte pour un final en forme d'apothéose, tout en recueillement.

 

Chanteur au timbre unique, guitariste de grand talent, poète, musicien fécond, auteur d'au moins un album par an, Jean-Louis Murat n'a recueilli jusqu'alors qu'un succès d'estime et se contente de remplir les maisons de la culture ou les petites salles de province, là ou d'autres investissent le Parc des Princes. Maintenant que j'y pense, ses mélodies ont accompagné une part non négligeable de ma vie, elles ont alimenté nombre de mes rêveries de promeneur solitaire depuis qu'un certain jour de 1993 déferla sur les ondes le titre "Si je devais manquer de toi" qui allait le révéler un temps au grand public (il alla même jusqu'à enregistrer en duo avec Mylène Farmer le tube "Regrets"). Et j'ose espérer que dans notre monde du consommable et du périssable, scandé chaque année par l'apparition sur scène de chanteurs (j'allais dire produits) formatés, sitôt apparus, sitôt oubliés, l'histoire de la musique française saura se souvenir du troubadour de la Bourboule.

 

Sitôt terminé son concert, il s'en est retourné dans ses montagnes quelque part près de Clermont-Ferrand. Enfin j'imagine. En attendant un prochain concert prévu si je ne m'abuse à l'espace culturel de Rombas (Moselle).

 

Mais une chose est sûre : la prochaine fois qu'il apparaîtra dans la région, je serai là pour aller l'écouter.  

   

Par ErMa - Publié dans : Ecouter
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Mercredi 20 octobre 2010 3 20 /10 /Oct /2010 20:58

Manif retraites

 

J'ai fini par me persuader que la retraite avait remplacé le paradis dans l'imagerie populaire. Comme si tout dans notre monde aujourd'hui sécularisé avait avancé d'un cran.

 

Mais ce temps que l'on entrevoit comme une récompense après une vie de labeur passée à faire un tas de choses pas très intéressantes, cette promesse de félicité semble s'éloigner de jour en jour comme l'horizon vu sur la mer et que l'on n'atteindra jamais. Et chacun finit par se demander s'il y accédera un jour sans être trop décati, à ce monde du temps libre, des voyages et du bricolage, sans  chefs mal lunés, sans pression, sans tâches infaisables à réaliser pour hier.

 

Ceci peut donc d'une certaine manière expliquer l'angoisse qui  ne manque pas d'étreindre nos compatriotes à la simple pensée de voir reculer l'âge du grand soulagement.

 

Retour samedi dernier. Il se trouve que le grand rassemblement populaire avait lieu pas loin de notre appart. Quand je dis pas loin, je ne mens pas : le cortège se formait juste sous nos fenêtres, à proximité de la place Jean-Jaurès (la bien nommée).

 

Donc à 14 heures, l'essentiel du cortège était constitué dans une ambiance bon enfant : camionnettes sonorisées, aboyeurs (talentueux) devant leur porte-voix, vendeurs de merguez sur le trottoir. Puis il s'est ébranlé en direction de Saxe-Gambetta.

 

La composition de la manif ressemblait à la France moyenne et revendicative telle qu'on se l'imagine : employés, fonctionnaires, cadres moyens. Pas de patrons de PME, de professions libérales, de jeunes de banlieues, de chômeurs et de SDF. J'ai noté, je ne sais pas pourquoi, un pourcentage de types qui roulent leurs cigarettes plus important que la moyenne. Et au milieu du défilé, une troupe compacte de lycéens, solidement encadrés par un service d'ordre aussi présent que discret.

 

Tout ce monde défilait sans vraiment sourire. Une certaine forme d'inquiétude se lisait sur les visages. Un parfum de résignation aussi, comme l'expression d'un baroud d'honneur. Et surtout, c'était étrange et ça m'a surpris, un manque total d'agressivité. Une foule anesthésiée que n'arrivait pas à réveiller les bons mots du mec qui, debout dans la camionnette de la CGT, haranguait les foules. A un moment, il a laissé la place à une femme. Je ne me souviens plus ce qu'elle racontait exactement mais je sais qu'au delà des habituels poncifs du genre "de l'argent y'en a", et du jeu d'acteur habituel, certains de ses mots m'ont touché, il y avait dedans de la sincérité mais aussi une certaine forme de désespoir. Presque pathétique.

 

Voilà. Ensuite, nous avons remonté le cortège à rebrousse-poil. La CGT devant. Une représentation de SUD un peu plus loin, avec des bannières de toutes les couleurs. Au milieu, des militant de FO bien regroupés, avec le même tee-shirt rouge bien propre spécialement fabriqué pour l'occasion. Vers la fin les drapeaux orange de la CFDT comme des oriflammes.

 

Parvenus sous la voie SNCF, à hauteur de la gare Jean Macé, le cortège se terminait brutalement. Des camions balayettes aspiraient les quelques maigres reliquats issus du passage de la troupe : mégots, gobelets en plastique, tracts divers. Deux Peugeot 307 blanches de la police barraient la route. Au delà, la vie de tous les jours. En évitant de regarder derrière on aurait pu imaginer que rien de tout celà n'avait existé.


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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 09:56

& L'attrape-coeurs"L'attrape-coeurs" de J.D. Salinger - Pocket.

 

Le jeune Holden Caulfield, jeune garçon de la bonne bourgeoisie est viré du collège de Pencey pour cause de résultats insuffisants "sauf en littérature".

 

Peu soucieux d'annoncer la nouvelle à ses parents, il n'ose rentre chez lui et amorce un vagabondage  dans la ville de New-York qui se prépare aux fêtes de Noël.

 

Ce bouquin, un "phénomène littéraire", "roman de l'adolescence le plus lu au monde entier" ne m'a pas laissé un souvenir impérissable. D'abord parce qu'il ne s'y passe pas grand chose, à tel point que j'ai dû me forcer pour ne pas caler au début, ensuite parce que le sujet m'a paru des plus convenus. Certes une certaine ambiance se dégage : Central Park disparaissant sous la neige, l'incertitude des lendemains, les rencontres de fortune, etc,... 

 

Seul point novateur à mon sens : le style, volontairement retranscrit du langage parlé, ponctué de "ouah !" et de "et tout ..." en fin de phrases qui, n'en déplaise à certains, m'a plutôt amusé.

 

Ces déambulations à la recherche de soi-même et des autres paraissent aujourd'hui bien fades et sans grand relief. Et cette mise en scène des émois et désarrois de l'adolescence et la recherche d'une certaine forme de pureté dans un monde parfois hostile et corrompu ne s'accompagne pas à mon sens d'une réflexion d'une grande profondeur ni d'une réelle originalité. Disons-le sans ambages : ce roman, écrit en 1947,  a beaucoup vieilli. ll doit son aura et sa postérité plus à la nature du sujet (la jeunesse éternelle) et à la personnalité de son auteur qu'à ses qualités intrinsèques. Car J.D. Salinger  disparût de la circulation pendant de longues années, contribuant ainsi à entretenir le mystère et à nourrir le mythe de l'ouvrage définitif dont de multiples résurgences se manifestent à intervalles réguliers. Citons à titre d'exemple Holden, ce duo de la "nouvelle scène française", inspiré du prénom du héros, et auteur de quelques titres très cool dont celui ci-dessous :

 

 

Ni chef-d'oeuvre ni nanar, un truc à classer dans la catégorie "pas mal sans plus" et donc largement surfait. Overrated comme diraient les anglo-saxons.


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Samedi 2 octobre 2010 6 02 /10 /Oct /2010 11:19

Un p'tit air de techno pop branchouille qui s'est invité l'autre jour sur Deezer tandis que j'écoutais de la musique. Une resucée de Elli et Jacno (sans Jacno) un vague air de Nico sans le Velvet Underground, un produit un peu froid et désincarné, mais qui procure une émotion pendant un certain temps et que j'offre à mes fidèles lecteurs.

 

Voilà après tout une façon comme une autre de célébrer mon 300ème article !

 

 


 

PS : mais qu'est donc cet objet blanc à l'allure de suppositoire vivant apparaissant dans le clip ? Son graphisme fait penser aux animaux étranges apparaissant dans les BD de la série "Bételgeuse" et "Aldébaran".

 

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