Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /Juin /2008 18:47


Retour au Havre, à l'occasion du mariage de ma nièce, un certain nombre d'années (je ne dirai pas combien) après avoir quitté cette ville où j'ai passé toute ma jeunesse,

Depuis le temps, tout a bien changé. J'avais connu le temps de la glaciation post-soviétique, tendance béton, murs gris, crachin quotidien, et voici que tout se dévoile sous l'apparence beaucoup plus sympathique du tableau de Monet représenté ci-dessus.

Même l'architecture d'Auguste Perret apparaîtrait presque esthétique. Le long de l'avenue Foch, les arbres ont poussé. La perspective s'ouvre sur la mer, ce jour bleu étincelant (mais oui,...) et le promeneur curieux ne manquera pas de remarquer, sur les murs de certains immeubles, des piliers discrètement incongrus, des curieux moulages, qui évoqueraient presque des bas-reliefs antiques.

Chemin faisant, on apprend que ceci n'a pas échappé à certains qui y croyaient vraiment, puisque la cité est désormais inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Certes, la ville, traditionnellement, profondément ouvrière, est toujours divisée. Les riches familles : négociants en café, coton, etc,... (dont le maire actuel est originaire) continuent de régner en maîtres discrets, et les classes populaires se débattent toujours dans les mêmes difficultés : un taux de chômage toujours élevé, des fermetures d'entreprises, des quartiers "difficiles", mais quand même...

... on sent depuis quelques années un souffle nouveau. Le label "Station Balnéaire" (Glop(*)), un casino (Pas Glop), la mise en place du projet "Port 2000" (Glop), la montée en flèche du prix de l'immobilier (pas Glop)...

Le Havre, c'est (quand même) l'histoire d'une renaissance... A méditer les soirs de cafard.

(*) le lecteur averti n'aura pas manqué de remarquer l'allusion au journal "Pif le chien", très en vogue à l'époque...

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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /Juin /2008 14:12
... ou le Principe d'Hélios

Nouvelle séance de l'atelier d'écriture ce matin. Malgré un emploi du temps surchargé, Floriane a pu nous préparer une série d'exercices. J'ai choisi de poster ma production concernant le thème suivant :

"soit un monde où les inventions sont interdites. Imaginez un dialogue".

Le texte ci-dessous peut être lu à deux niveaux.  Il s'agit d'un échange entre A (que chacun aura reconnu, sinon ouvrir le lien) et son esclave Hélios. Je ne suis pas sûr d'avoir été très subtil quant au traitement, mais bon, ça n'est qu'un exercice....


A  : Passe-moi le savon, mon bon Hélios.

H  : Voilà, Maître.

A :  Et puis, l'éponge, celle que tu vois sur la table.

H : Tenez, Maître.

Par delà la salle de bains, on voit la mer bleue, et les toits de Syracuse. La silhouette d'Hélios se découpe devant le ciel.

A : J'ai plein d'idées qui me traversent la tête, un tas d'idées un peu bizarres, ça me fait un effet dérangeant...

H : Vous devez être malade, Maître.

A : Oui, c'est bien ca que je craignais... Comment peut-on soigner çà ?

H : Rien de tel qu'un bon jet d'eau glacée pour ramener l'esprit dans des dispositions plus normales, Maître.

A : Que veux-tu dire par là, mon bon Hélios ?

H : Je veux dire que le froid vif sollicite les réactions les plus primaires du corps et  évite l'échauffement inapproprié de l'esprit.

A  : Oui, mais encore ?

H : Eh bien Maître, en procédant de la sorte, on se replace dans la disposition la plus confortable : faire ressurgir, au moins pour un temps, le grand vide qui est en nous.

A : Alors, vas-y et vite, car je sens que je suis sur le point de commettre un acte fort répréhensible.

Splash.

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Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 20:34
Temps à l'orage et ambiance familiale et conviviale, vendredi soir à la Roseraie de Vieux-Thann pour le concert privé des Horlas [le nom du groupe rappelera quelque chose aux anciens de l'atelier d'écriture]...

L'entrée est gratuite, moyennant la présentation de quelques victuailles, liquides et solides. Des trombes d'eau à l'extérieur, mais ça chauffe à l'intérieur. Gaël, Raphaël, Christian et Stéphane enchaînent quelques compositions de leur cru, entrecoupées de standards parmi lesquels on aura reconnu les incontournables "Stand by me" ou "Knockin' on heaven's door". Une version spécialement arrangée de "Rocamadour" valait également le déplacement.

Cette soirée avait valeur de répétition générale avant le Fête de la Musique. Les Horlas se produiront le 21 Juin à Mulhouse devant "le Baromètre". Qu'on se le dise !

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Samedi 31 mai 2008 6 31 /05 /Mai /2008 17:02

Il y a bien longtemps...

Un royaume ou d'étranges ziggourats pointaient vers le ciel étoilé, un royaume parcouru par un vaste fleuve majestueux et calme qui arrosait une plaine fertile. Et les Dieux paraissaient cléments tant les récoltes étaient abondantes, chacun mangeait à sa faim, et les princes qui s'étaient succédé sur ce royaume avaient su préserver l'harmonie.

Vint un jour un autre prince. Différent.

Aucune de ses épouses n' avait été en mesure de lui donner un fils. Et de ces unions guidées par l'unique volonté - on pourrait dire l'obsession - de lui accorder enfin un héritier mâle ne naissaient chaque fois que des filles qui grossissaient un peu la cohorte de ses enfants.

Un jour pourtant, ce qu'il considérait comme la marque suprême de la félicité lui fût accordée. La fraîcheur d'une nuit d'automne, une étreinte fugitive avec une jeune hétaïre, nouvelle dans son harem, et sans doute plus langoureuse que les autres... La malédiction sembla cesser, et de ces quelques instants de volupté naquit enfin un héritier.

Enron - c'était son nom - grandit dans l'amour du père qui voyait là dans cet événement inespéré la marque de la bienveillance des Dieux. D'une beauté fulgurante, d'un caractère heureux, il se développait harmonieusement et le peuple se réjouissait du bonheur de son souverain.

Mais le prince était cupide. Sentant venir l'automne de sa vie, il entreprit de tout faire pour amasser des richesses qu'il céderait à son fils aimé à l'heure de sa mort. Ainsi - selon lui - serait assurée la richesse de son héritier en même temps que la prospérité future de son royaume. Les paysans furent donc priés de redoubler d'ardeur à la tâche. Une armée de questeurs fut envoyée, qui arpentait sans relâche tout le royaume, jusqu'aux confins les plus reculés, pour soutirer à chacun une part toujours plus importante de son travail. Fût ainsi constitué un trésor, un butin d'une taille insensée, un amas d'or, de diamants, des pierres précieuses de toute sorte, qui faisaient comme une montagne qui étincelait. Et le tas devenait si grand que les siècles n'auraient pas suffi pour que le fils du prince puisse les dépenser, même en vivant dans le luxe le plus ostentatoire et la prodigalité la plus débridée.

Croulant sous les impôts, les citoyens se découragèrent. Certains arrêtèrent même de travailler. Pour augmenter encore les rendements, la jachère fût abandonnée. Mais la terre, épuisée, devint infertile. Et là où de riches plantations autrefois se développaient harmonieusement ne subsista plus qu'un désert sans vie. Le grand fleuve s'écoulait silencieusement dans des étendues vides délaissées par la végétation et le vent ne bruissait plus dans le feuillage des grands arbres disparus. La famine s'empara des lieux.

Insoucieux du sort funeste de son peuple, tout à sa folie, le prince entreprit d'édifier une tour immense, semblable aux autres ziggourats, qui saurait contenir ses richesses et les mettre à l'abri des envieux. Ceux-ci, pensait-il, ne manqueraient pas de profiter de la moindre faiblesse de sa part pour s'emparer du butin. Il convoqua donc l'architecte le plus illustre de son royaume. L'homme était de grand renom, une personne minutieuse, efficace et organisée. Il lui fût demandé de bâtir un édifice capable de contenir l'ensemble des richesses, et protégé par de lourdes portes en bronze. Le jour dit, à l'issue de la construction, le tout serait y enfermé irréversiblement, et un mécanisme d'horlogerie libérerait les ouvertures le jour où le jeune prince atteindrait sa majorité, afin de lui permettre de jouir du pactole amassé par son père.

Malgré le caractère déraisonnable du projet, la construction se déroula sans encombre. Le grand architecte ne souhaita pas s'interroger plus avant sur le dessein du prince et l'origine de ses motivations et se contenta d'effectuer son travail. Absorbé par la tâche, il voyait petit à petit l'ouvrage prendre forme et partir à l'assaut du ciel. Tout juste la pensée le traversa que c'était la première fois qu'un tel bâtiment était édifié, non pas pour honorer Zoroastre, mais simplement pour contenir une richesse bien matérielle.

Au moment où l'édifice terminé et désormais rempli de tout le trésor n'attendait plus qu'à être irrémédiablement clôturé, et cela pour longtemps (car Enron venait d'atteindre l'âge de huit ans), le prince s'avisa qu'il serait juste de convier son peuple à un banquet afin de le remercier de sa contribution et de célébrer ce moment unique.

Une part infime du trésor fut ainsi ponctionnée pour faire parvenir des quatre coins du royaume les mets les plus raffinés, les victuailles les plus précieuses, les vins les plus chargés d'arômes. Et c'était pitié que de voir ces pauvres créatures efflanquées errer parmi la montagne de nourriture, l'oeil égaré, le teint livide. Des spasmes incoercibles parcouraient leur estomacs rétrécis par la privation, et il arriva même que certains soient malades  ou même succombent pendant que ripaillaient le prince et sa cour. On mit les tonneaux en perce, et l'ivresse se répandit parmi la populace, une gorgée d'oubli après une vie de misère pour la plupart. Durant trois jours et trois nuits, ce fut ainsi. Est-ce ainsi que certains hommes vivent ? se disaient-ils...  L'idée de vengeance traversa-t-elle leur esprit ? C'est difficile à dire... Mais écoutons la suite.

Au matin du troisième jour arriva le moment unique où le mécanisme serait mis en branle et scellerait les lourdes portes de bronze. Ainsi nul de serait plus en mesure d'ouvrir ce coffre fort jusqu'à ce que le programme mis en oeuvre par le grand architecte en décide ainsi. Prenant conscience que celui-ci connaissait dans ses détails les plus intimes le fonctionnement de ces centaines d'engrenages et de cliquets, et soucieux de préserver la protection du butin jusqu'à l'heure dite, il lui demanda de venir à ses côtés et le fit égorger. Le sang qui jaillissait de son cou s'unit aux rigoles de vin corrompu qui ruisselaient sur les grandes dalles de pierre. Son cadavre fût ensuite laissé en pâture aux hyènes qui, attirées par les reliefs de nourriture rôdaient dans les parages. "Ainsi sera préservé le secret et l'ordre des choses", pensait-il.

A l'heure exacte où le soleil atteignait son zénith, le prince actionna une lourde manette et l'on vit  alors le portail se fermer lentement dans un mouvement d'une rigueur et d'une précision sans égales.

Le prince regardait tout cela l'air absent. Déchirant brutalement le silence, un claquement sec vint signaler la fermeture définitive des portes et le tira de sa rêverie. "Tout est consommé maintenant", se dit-il. Le silence  s'empara de nouveau des lieux. Inhabituel. L'ensemble des convives semblait s'être dispersé, certains, repus,  nauséeux, dormaient, achevant de dissoudre leur ivresse dans les brumes du sommeil.

Il pensa à son fils, gai, joyeux, plein de vie. Il pensa au silence, assourdissant, puis à son fils de nouveau. Il se souvint qu'il ne l'avait pas vu depuis plusieurs heures déjà. Il n'était pas à ses côtés. Enron, le sang de son sang, la fleur de sa semence... Il l'appela. Pas de réponse.

Il réveilla les gardes, convoqua le grand intendant du palais, mobilisa les vestiges de son armée, du moins ceux qui avaient résisté tant bien que mal à la torpeur des lendemains d'agapes. Il ordonna une battue. A chaque fois les hommes revenaient le visage défait, n'osant avouer l'échec de leurs recherches. A chacun il posait toujours la même question : "as-tu vu mon fils"  à laquelle lui était toujours retournée la même réponse : "non, sire".

Des jours passèrent. Enron ne reparaissait pas. Et un jour, la rumeur parvint à ses oreilles, selon laquelle son fils serait resté prisonnier à l'intérieur de la tour. Ceci le glaça d'effroi, en même temps qu'il acquit la certitude qu'il s'agissait malheureusement de la triste, de l'insoutenable vérité. Il se souvint qu' Enron avait l'habitude de partager ses jeux avec certains  autres enfants du palais, les fils ou les filles des membres de sa cour. Il fit venir le plus âgé le plus débrouillé d'entre eux et lui posa la question suivante : "quand as-tu  vu mon fils pour la dernière fois". Et ce qu'il redoutait entre tout lui fut confirmé. Enron avait voulu, par jeu ou par défi, voir une dernière fois le trésor qui lui était promis et les portes, c'était maintenant sûr car il l'avait vu de ses propres yeux, s'étaient refermées sur lui.

Une douleur lancinante le terrassa. Submergé par une rancune absurde, il se saisit de son glaive et décapita son interlocuteur, comme si l'assassinat du porteur de mauvaises nouvelles aurait pu lui rendre le fils adoré... Puis, ruisselant de sueur et de sang mêlés, il se jeta contre le mur de la tour : en un effort dérisoire, il  tenta de se frayer un chemin vers l'intérieur en repoussant de la main les blocs de pierre cyclopéens... mais ne réussit qu'à se retourner un ongle et s'arracher quelques fragments de peau. Il se laissa tomber au sol, la face contre le sable, en hurlant. Dévasté par le désespoir, il pensa à son fils prisonnier, si loin, si proche. Il l'imagina, de l'autre côté de la paroi monumentale, errant dans les ténèbres, dévoré par la faim et la soif, attendant avec résignation que la mort choisisse enfin de le délivrer de son interminable attente. Il entrevit son squelette que l'ouverture du mécanisme finirait par dévoiler dans quelques années. Serait-il encore vivant pour le voir ? Il pensa aux quantités de nourriture et de boisson qu'il aurait pu s'acheter avec tout le trésor, mais rien à faire, il était enfermé, et l'or et les pierreries : diamants, rubis, topaze, ça ne se mange pas...

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Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 21:16

Les Imaginales d'Epinal, c'est mon petit plaisir à moi, auquel je m'adonne avec volupté. Ce n'est pas bien souvent, et pour pas bien longtemps, mais... sur les berges de la Moselle, dans un cadre ombragé, se déroule une fois par an un le "festival des mondes imaginaires"...

Quelques images en vrac de l'édition 2008 :

Jean-Marc Ligny, auteur "engagé", parti dans une envolée lyrique, vitupérant contre le capitalisme prédateur qui nous mène à notre perte,

Jean-Pierre Luminet, astrophysicien éminent, expliquant l'histoire de la NASA côté "dessous des cartes",

J'ai vu également une dame dans un jardin qui racontait de drôles d'histoires, et d'autres dames d'un certain âge qui me parlaient de leur terroir.

J'ai retrouvé la face blême de Sire Cédric qui dédicaçait son dernier roman.

J'ai entendu des écrivains connus et d'autres un peu moins nous expliquer comment leur venaient les idées, d'où ils puisaient leur inspiration, comment ils s'organisaient pour écrire.

La marque de fabrique de ce festival, c'est le débat. Un petit groupe d'auteurs échange face au public sur un thème choisi à l'avance (exemple : "rêver le futur ; cauchemar ou espérance ?"). Un animateur organise les choses, relance quand c'est nécessaire (j'ai constaté que malgré l'apparente décontraction, côté "joyeux foutoir", ces débats étaient sans doute minutieusement préparés). Les participants peuvent éventuellement intervenir s'ils le souhaitent.  NB : il y a  systématiquement dans la salle une espèce d'illuminé (est-ce le même chaque année, je ne saurais le dire) qui ne peut pas s'empêcher de la ramener en posant des questions parfaitement incongrues, le rôle de l'animateur consistant dans ce cas à le neutraliser proprement afin d'éviter qu'il ne perturbe trop la séance.

Contrairement à ce que l'on pourrait redouter, la discussion ne tombe en général pas dans le poncif ou l'enfonçage de portes ouvertes. Bien au contraire, des réflexions assez subtiles voire passionnantes pouvaient s'amorcer sur des sujets a priori complètement pipo au départ.

Il est loin le temps (2002 plus précisément) où deux pelés et trois tondus avaient lancé cette idée folle de créer un festival de SF au coeur des Vosges. A cette heure-là, les animateurs des rencontres arrivaient en retard dans un état "second" parce qu'ils avaient trop fait la fête la veille. L'audience se réduisait à sa plus simple expression : quelques curieux, deux ou trois passionnés... Je me souviens en particulier d'un déjeuner-débat avec Robin Hobb où nous étions à peine une demi-douzaine autour de la table dans un petit restaurant d'Epinal.


Aujourd'hui le festival est sponsorisé tous azimuts, l'audience s'est bien étoffée, et les salles sont désormais bien remplies. Des auteurs réputés : Robin Hobb, Bernard Werber, Pierre Bordage, Ayerdhal, Jean-Claude Dunyach ou encore Catherine Dufour (les spécialistes apprécieront) y viennent régulièrement. Le petit côté gaucho-écolo-anti américain-altermondialiste qui caractérise la SF Française perdure évidemment, mais s'est dilué dans quelque chose de plus grand, de plus varié, tout en se professionnalisant. Désormais, d'autres courants ont droit de cité, comme la Fantasy ou le roman historique. Bien sûr, la posture de base (pessimiste, forcément) reste la dénonciation ex-abrupto du monde de m.... dans lequel nous vivons avec le nucléaire, les OGM, la mondialisation ultralibérale, etc, etc,... et qui nous mène inéluctablement au cataclysme final. Ce n'est pas demain que l'on verra des auteurs comme par exemple Poul Anderson y être invités (d'autant plus qu'il est mort en 2001), mais j'observe quand même (avec intérêt pour être honnête) depuis un ou deux ans une inflexion vers un peu moins de manichéisme. Bien sûr, dans la tête de la plupart, la science est quelque chose de suspect, voire de fondamentalement MAL, ce qui paraît être un comble s'agissant de la position défendue par un auteur de... science fiction (il a même été suggéré par plusieurs participants de remplacer ce terme par "anticipation", le mot "science" semblant agir comme un repoussoir auprès du public...).

Il est également intéressant d'épier les rapports entre écrivains et scientifiques professionnels. Il m'a semblé constater que, en présence de Jean-Pierre Luminet, un certain nombre d'entre eux semblaient gênés, un peu sur la défensive. Comme si la présence d'un de leurs représentants, les privait de leur liberté d'action... A méditer...

Bref, pour conclure, je suis revenu d'Epinal, où j'ai passé le vendredi (j'avais pris un jour de congés tout exprès) et le dimanche la tête pleine de rêves et le cabas bien garni de quelques nouveaux livres que j'envisage de consommer (avec modération) dans les prochains jours.

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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 20:56

Vendredi matin, en direction d'Epinal. Le moteur de ma Peugeot ronronne doucement. Passé le col de Bussang, le son de l'autoradio se noie dans des crachotements de mauvais aloi (la ligne bleue des Vosges doit quelque part faire obstacle à la réception de Europe 1). Après une tentative avortée de mon RDS pour accrocher la station, je zappe sans conviction. Un débat apparemment très très "high level" est en train de se tenir sur France Culture. Il semble y être question de la médicalisation de la société. Un parterre d'éminents philosophes pérore sur l'évolution de la médecine dans les dernières décennies. Ca jargonne à tout va. Quelques perles émaillent le discours. Il faut décidément être sur France Culture pour entendre ça... Vraiment jubilatoire... Fébrilement je cherche à les capter, mais je déclare forfait tant ce déluge verbal m'engloutit. Vite, m'arrêter !... Une station service... Rapidement, je déniche un stylo dans la boîte à gants et je griffonne sur un ticket de parking ces formules définitives avant qu'elles ne s'évadent définitivement de mon cerveau. Petit florilège des tournures les plus grandioses : la "techno-science", la "réification de l'expérience corporelle", "l'homme neuro-économique dépourvu de subjectivité", le "corps hyper-textuel aux temporalités multiples". A intégrer dans son vocabulaire pour briller en société, non ?

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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 20:19

Samedi dernier, atelier d'écriture à la maison. Pour la première fois, nous voici tous réunis : Christine, Chantal, Manue, Elise, Frédérique, Claude, Thomas, Stéphane et moi. Sans oublier bien sûr Floriane, notre sympathique et dévouée animatrice, qui nous soumet au jeu du Je et à l'implacable portrait chinois.

Je dois dire que  je n'avais jamais eu l'occasion de réfléchir à moi-même, du moins sur ces bases, aussi cet exercice où il s'agit (quand même) de se dévoiler m'a laissé quelque peu perplexe et  dépourvu d'imagination, ce que j'ai d'ailleurs mentionné dans le texte. Quant au portait chinois, il s'apparentait un peu, vu l
es circonstances, au supplice du même nom.

Bref, voici ce que j'ai commis dans le feu du l'action. Cet exercice mériterait pour moi d'être approfondi devant une feuille blanche en tête à tête avec moi-même, peut-être sur un intervalle de temps un peu plus long.
 

J'aime/J'aime pas
J'aime la première respiration, dehors le matin.
J'aime pas les narcissiques, les violents, les arrogants et les grincheux.
J'aime la bière, le pain et les sardines à l'huile.
J'aime pas me promener sous la chaleur en plein soleil.
J'aime pas les fourbes, les faux-culs et les flatteurs.
J'aime prendre ma liberté quand c'est nécessaire.
J'aime pas les histoires drôles pas drôles.
J'aime quand on me demande mon avis.
J'aime pas être pris au dépourvu.
J'aime pas trop les chanteurs à textes, ou alors il faut qu'ils soient vraiment bons.
J'aime pas ceux qui parlent pour ne rien dire.
J'aime ceux qui ne parlent pas et qui ont des choses à dire.
J'aime la glace à la vanille.
J'aime quand ça fait de bonnes vibrations.
J'aime les paradoxes.
J'aime le cinéma russe des années 80.
J'aime infiniment les très très bons écrivains comme Albert Camus ou Julien Gracq.
J'aime pas le jeu pour l'argent.
J'aime bien qu'on m'explique où je vais.
J'aime pas les charlatans.
J'aime la science, la fiction et la science-fiction.


Portrait chinois

Si j'étais une onomatopée, je serais : Ouf,... mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire ?
Si j'étais une partie du corps, je serais les yeux, bien sûr, mais pourquoi pas le pied, pour te botter le derrière...
Si j'étais une catastrophe naturelle, je serais l'Orage, m'as tu vu une fois en colère ?
Si j'étais un arbre, je serais un saule pleureur, il a le bras long et les pieds hors de l'eau...
Si j'étais un animal, je serais un alligator. Pour l'œil immobile qui dépasse et te fixe, juste au dessus de la ligne de flottaison.
Si j'étais un métier, je serais un architecte, pour tirer les ficelles.
Si j'étais un tableau, je serais « Mystère et mélancolie d'une rue » de Giorgio de Chirico, pour le jeu violent d'ombres et de lumières, et la vérité qui gît au détour d'une rue.

 

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Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /Mai /2008 21:16
Voici les trois derniers livres que j'ai lus... Chose étrange (bizarre, vous avez dit bizarre), c'est bien longtemps après les avoir terminés que je me suis rendu compte qu'ils commençaient par la même formule :
POUR EN FINIR AVEC....


Comme quoi l'inconscient à sans doute des raisons que la raison (évidemment) ignore...

Le premier, "Pour en finir avec le Moyen-âge" a été acheté lors d'une visite faite à l'abbaye de Sénanque. Il y a toujours, dans le hall d'accès de ce type d'édifices, une boutique qui  permet de valoriser certains "produits dérivés". On a beau être moine, on en est pas moins attaché à la bonne marche des affaires. Le thème est maintenant classique, il ne l'était pas forcément à l'époque où l'ouvrage avait été publié milieu des années 70. Régine Pernoud, une vénérable dame passée par l'école des Chartes, s'est attachée à démontrer que le Moyen-âge a été longtemps injustement décrié, notamment via l'école de Jules Ferry. Pourtant, c'est la première fois où l'homme a retrouvé assez d'audace pour se dégager des canons imposés par l'Antiquité et forger un monde radicalement nouveau, en rupture avec ce paradigme étouffant.


Le deuxième traite de... Dieu, sujet vaste s'il en est. Richard Dawkins est un éminent généticien, inventeur du concept de "gène égoïste", héritier du Darwinisme, et dans cette ligne, défenseur d'un athéisme militant et décomplexé. Il y a dans cet ouvrage tout un tas d'idées et de concepts intéressants. Les développer ici serait trop long, mais on peut livrer certaines réflexions qui résument la thèse de l'auteur, et qui sans que le lecteur souscrive nécessairement, méritent d'être méditées :
- C'est une imposture de croire qu'il y a  une relation entre religion et sens moral.
- les athées sont probablement bien plus nombreux qu'on ne le pense, mais ils se cachent car il y a une énorme pression culturelle pour nier cet état de fait. Ceci est également souligné dans le "Traité d'Athéologie" de Michel Onfray.
-  Les figures et images qui accompagnent la représentation d'un "Dieu personnel" sont des inepties qui ne résistent pas à l'analyse scientifique : la "virginité " de Marie, etc,...
- les racines de l'acquisition de la religion sont basées sur des mécanismes que l'on commence à comprendre, et qui semblent revêtir un certain caractère d'universalité. Cette thèse est également  développée par l'anthropologue Français Pascal Boyer, dont je ne désespère pas de finir le livre un jour (à raison de deux pages par jour tous les matins dans mon bain, je devrais être bon à la fin 2008). Dans la thèse de Dawkins le mécanisme invoqué est d'essence essentiellement Darwinienne, c'est à dire visant à la conservation de certaines caractéristiques d'un groupe. Pour donner un exemple trivial, il  paraît souvent beaucoup plus efficace d'entrer dans la tête d'un enfant la CROYANCE "le feu ça brûle", plutôt que de lui laisser acquérir sa propre CONNAISSANCE via ses propres expériences, au risque de périr carboniser et d'affaiblir le groupe.
- de la même manière que le  processus de sélection naturelle tend à préserver les gènes, les religions assurent la conservation d'entités immatérielles : idée ou croyance que l'auteur désigne par analogie des "mêmes".
- le principe de Non Recouvrement des Magistères sépare science et religion de la même manière que la laïcité sépare politique et religion. Il n’y a rien de bien scandaleux à ce postulat, a priori. Or celui-ci est en généralement allègrement bafoué par les zélateurs de la religion à tout crin avec des aphorismes du type : si la science démontre que Dieu existe, j’accepte le verdict de la science et Dieu existe. Si la science démontre que Dieu n’existe pas, alors j’accepte ce que me dit la foi puisque la foi  est au dessus de tout. Autrement dit, la version métaphysique du beurre et de l’argent du beurre…  
- les démonstrations tendant à prouver l'existence de Dieu reposent en général sur l'argument qu'il est inconcevable d'imaginer l'existence de certaines choses présentant un haut degré d'achèvement où de complexité, sans invoquer un créateur qui en aurait été à l'origine. C'est la thèse actuellement développée aux USA par les tenants d'une mouvance appelée "dessein intelligent" mais qui ne serait en fait que le cache-nez des créationnistes, c'est à dire ceux qui croient que Dieu avait une grande barbe blanche et qu'il a créé le monde en six jours et qui militent activement pour imposer cet enseignement comme au mieux une alternative également valable à la théorie évolutionniste, au pire comme l'unique vérité révélée. Ce genre de démonstration est vivement réfutée, en utilisant l'argument que la complexité du créateur d'une chose est nécessairement plus grande que la chose elle-même : une raffinerie, paraît effectivement un peu plus compliquée qu'un litre d'essence pour donner un exemple d'actualité, aussi le raisonnement consistant à invoquer un créateur se trouve confronté au créateur du créateur et ainsi de suite, ce qui rend la conclusion encore un peu plus périlleuse à chaque étape... A l’opposé de la démonstration de Dawkins, je trouve toutefois ce recours incontournable au créateur potentiel, du moins comme étape de la démonstration, un peu factice. Une bonne illustration en est le concept d’automate cellulaire qui a donné naissance au jeu de la vie inventé par John Conway. Il est fascinant de noter qu’à partir d’un certain nombre de règles extrêmement simples il soit possible de faire émerger des structures d’une complexité totalement inattendue, sans recourir à un quelconque principe transcendant qui sous-tendrait le tout.
J'arrête là car ce livre est extraordinairement riche et foisonnant. Malheureusement, les démonstrations ont parfois tendance à s'égarer dans des pages et des pages de baratin non indispensable, et le style à sombrer dans la facilité via des témoignages outranciers des uns et des autres qui n'apportent pas grand chose à la démonstration. Toutefois, il tranche agréablement avec un ouvrage traitant vaguement du même sujet, où l’auteur, Jean Staune, auto-proclamé multi-diplômé en paléontologie, mathématiques, informatique, gestion, sciences politiques et économiques (ouf, excusez du peu…), s’est donné pour mission de « réenchanter le monde» par un  rapprochement entre science et religion. Le tout argumenté dans un raisonnement cousu de fil blanc sous-tendu par l’idée suivante : «si Dieu n’existait pas, ça serait quand même bien triste d’être seul dans l’univers sans but, donc Dieu existe», ou la méthode Coué appliquée à la science. Il se dégage ce discours le fumet bien caractéristique et reconnaissable de la pseudo-science, le principe de la manipulation consistant à se présenter comme un éminent scientifique auprès du public, user de vocables à dessein incompréhensibles pour lui faire gober n’importe quoi, discipline dans laquelle sont passés maîtres les inénarrables jumeaux Bogdanov.


Quant au troisième ouvrage, il s'agit d'un opuscule traitant du bilan de la colonisation en Algérie. Il analyse avec une certaine clairvoyance l'entreprise de reconstruction de l'histoire menée par un certain courant de pensée tendance masochiste-politiquement correcte, présentant la colonisation comme une entreprise radicalement immonde, et poursuivant le dessein de faire expier ses crimes à l'occident. Il s'apparente donc au premier, car il dénonce certaines idées bien ancrées dans l"inconscient collectif". Pour n'en donner qu'une, citons le lieu commun qui voudrait que la colonisation n'ait été qu'une vaste entreprise de pillage, thèse naturellement séduisante (peut-être trop ?), mais qui ne résiste pas à l'analyse des données économiques de base, démontrant précisément le contraire. Même si il revêt parfois l'apparence d'un pamphlet, ce livre  n'est pas pour autant manichéen, et demeure sans concessions sur les abus et les atrocités commises de part et d'autre de 1830 à l'époque actuelle, et c'est précisement ce qui renforce sa crédibilité.


PS : m'étant dit que je tenais là le début d'un vaste programme a priori non dénué d'intérêt, je viens de taper "pour en finir avec" sur Google, qui m'a renvoyé 669 000 réponses... Du pain sur la planche, donc...

Par ErMa - Publié dans : Lire
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 23:00
Morte-saison. Les hôtels du Chablais et du Valais Suisse sont tous fermés. Quelques randonneurs esseulés errent à Chatel comme des fantômes.

Il va faire chaud. Nous avons choisi sans conviction de longer la vallée qui monte de Morgins à Sassex. Là, un sentier dit "planétaire" longe la rive. Des disques de diamètre variable disposés à des distances bien précises figurent chacun des astres. Placé au tout début du parcours, le soleil est une arche qui surmonte la route. Nous garons la voiture quelque part à proximité de Vénus et nous engageons dans un sentier qui se faufile dans la forêt.



Au mois de Mai, la nature sait se montrer généreuse. Un torrent impétueux éclabousse de partout. La fonte des neiges le fait bouillonner, il bondit, il rugit. Des névés subsistent ça et là dans des recoins obscurs. L'un d'entre eux, plus vaste, plus mou que les autres, nous barre le passage. Délaissant le chemin, nous débouchons sur la route au voisinage de Neptune.

Nous traversons Sassex, pas âme qui vive, juste deux bergeries abandonnées dont les toits de schiste scintillent sous le soleil.

A la mi-journée, des grandes striures blanches envahissent le ciel. Passé Pluton, la voie décrit une vaste boucle avant de se diriger vers les bien nommées "Portes du Soleil". Un chasse neige Volvo garé un peu plus loin a ouvert la voie, laissant de chaque côté deux congères abruptes qui étincellent .



La piste finit par se perdre dans un vaste champ de neige. Impossible de continuer.... Un ersatz d'avalanche - quelques cailloux qui dégringolent de la falaise avant de s'immobiliser finalement dans la pente - nous incite à rebrousser chemin. A regret, nous délaissons ces étendues immaculées et mettons le cap sur la Terre.

Par ErMa - Publié dans : Explorer - Communauté : images du monde
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