Mardi 13 mai 2008
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Voici les trois derniers livres que
j'ai lus... Chose étrange (bizarre, vous avez dit bizarre), c'est bien longtemps après les avoir terminés que je me suis rendu compte qu'ils commençaient par la même formule :
POUR EN FINIR AVEC....
Comme quoi l'inconscient à sans doute des raisons que la raison (évidemment) ignore...
Le premier, "Pour en finir avec le Moyen-âge" a été acheté lors d'une visite faite à l'abbaye de Sénanque. Il y a toujours, dans le hall d'accès de ce type d'édifices, une boutique qui
permet de valoriser certains "produits dérivés". On a beau être moine, on en est pas moins attaché à la bonne marche des affaires. Le thème est maintenant classique, il ne l'était pas forcément à
l'époque où l'ouvrage avait été publié milieu des années 70. Régine Pernoud, une vénérable dame passée par l'école des Chartes,
s'est attachée à démontrer que le Moyen-âge a été longtemps injustement décrié, notamment via l'école de Jules Ferry. Pourtant, c'est la première fois où l'homme a retrouvé assez d'audace pour se
dégager des canons imposés par l'Antiquité et forger un monde radicalement nouveau, en rupture avec ce paradigme étouffant.
Le deuxième traite de... Dieu, sujet vaste s'il en est. Richard Dawkins est un éminent généticien, inventeur du concept de "gène
égoïste", héritier du Darwinisme, et dans cette ligne, défenseur d'un athéisme militant et décomplexé. Il y a dans cet ouvrage tout un tas d'idées et de concepts intéressants. Les développer ici
serait trop long, mais on peut livrer certaines réflexions qui résument la thèse de l'auteur, et qui sans que le lecteur souscrive nécessairement, méritent d'être méditées :
- C'est une imposture de croire qu'il y a une relation entre religion et sens moral.
- les athées sont probablement bien plus nombreux qu'on ne le pense, mais ils se cachent car il y a une énorme pression culturelle pour nier cet état de fait. Ceci est également souligné dans le
"Traité d'Athéologie" de Michel Onfray.
- Les figures et images qui accompagnent la représentation d'un "Dieu personnel" sont des inepties qui ne résistent pas à l'analyse scientifique : la "virginité " de Marie, etc,...
- les racines de l'acquisition de la religion sont basées sur des mécanismes que l'on commence à comprendre, et qui semblent revêtir un certain caractère d'universalité. Cette thèse est
également développée par l'anthropologue Français Pascal Boyer, dont je ne désespère pas de finir le livre un jour (à raison de deux
pages par jour tous les matins dans mon bain, je devrais être bon à la fin 2008). Dans la thèse de Dawkins le mécanisme invoqué est d'essence essentiellement Darwinienne, c'est à dire visant à la
conservation de certaines caractéristiques d'un groupe. Pour donner un exemple trivial, il paraît souvent beaucoup plus efficace d'entrer dans la tête d'un enfant la CROYANCE "le feu ça
brûle", plutôt que de lui laisser acquérir sa propre CONNAISSANCE via ses propres expériences, au risque de périr carboniser et d'affaiblir le groupe.
- de la même manière que le processus de sélection naturelle tend à préserver les gènes, les religions assurent la conservation d'entités immatérielles : idée ou croyance que l'auteur
désigne par analogie des "mêmes".
- le principe de Non Recouvrement des Magistères sépare science et religion de la même manière que la laïcité sépare politique et religion. Il n’y a rien de bien scandaleux à ce postulat, a
priori. Or celui-ci est en généralement allègrement bafoué par les zélateurs de la religion à tout crin avec des aphorismes du type : si la science démontre que Dieu existe, j’accepte le
verdict de la science et Dieu existe. Si la science démontre que Dieu n’existe pas, alors j’accepte ce que me dit la foi puisque la foi est au dessus de tout. Autrement dit, la version
métaphysique du beurre et de l’argent du beurre…
- les démonstrations tendant à prouver l'existence de Dieu reposent en général sur l'argument qu'il est inconcevable d'imaginer l'existence de certaines choses présentant un haut degré
d'achèvement où de complexité, sans invoquer un créateur qui en aurait été à l'origine. C'est la thèse actuellement développée aux USA par les tenants d'une mouvance appelée "dessein intelligent" mais qui ne serait en fait que le cache-nez des créationnistes, c'est à dire ceux qui croient que Dieu avait une grande barbe blanche et qu'il a créé le monde en six jours et qui militent
activement pour imposer cet enseignement comme au mieux une alternative également valable à la théorie évolutionniste, au pire comme l'unique vérité révélée. Ce genre de démonstration est
vivement réfutée, en utilisant l'argument que la complexité du créateur d'une chose est nécessairement plus grande que la chose elle-même : une raffinerie, paraît effectivement un peu plus
compliquée qu'un litre d'essence pour donner un exemple d'actualité, aussi le raisonnement consistant à invoquer un créateur se trouve confronté au créateur du créateur et ainsi de suite, ce qui
rend la conclusion encore un peu plus périlleuse à chaque étape... A l’opposé de la démonstration de Dawkins, je trouve toutefois ce recours incontournable au créateur potentiel, du moins comme
étape de la démonstration, un peu factice. Une bonne illustration en est le concept d’automate cellulaire qui a donné naissance au jeu de la
vie inventé par John Conway. Il est fascinant de noter qu’à partir d’un certain nombre de règles extrêmement simples il soit
possible de faire émerger des structures d’une complexité totalement inattendue, sans recourir à un quelconque principe transcendant qui sous-tendrait le tout.
J'arrête là car ce livre est extraordinairement riche et foisonnant. Malheureusement, les démonstrations ont parfois tendance à s'égarer dans des pages et des pages de baratin non indispensable,
et le style à sombrer dans la facilité via des témoignages outranciers des uns et des autres qui n'apportent pas grand chose à la démonstration. Toutefois, il tranche agréablement avec un ouvrage
traitant vaguement du même sujet, où l’auteur, Jean Staune, auto-proclamé multi-diplômé en paléontologie, mathématiques, informatique, gestion, sciences politiques et économiques (ouf, excusez du
peu…), s’est donné pour mission de « réenchanter le monde» par un rapprochement entre science et religion. Le tout argumenté dans un raisonnement cousu de fil blanc sous-tendu par
l’idée suivante : «si Dieu n’existait pas, ça serait quand même bien triste d’être seul dans l’univers sans but, donc Dieu existe», ou la méthode Coué appliquée à la science. Il se dégage ce
discours le fumet bien caractéristique et reconnaissable de la pseudo-science, le principe de la manipulation consistant à se présenter comme un éminent scientifique auprès du public, user de
vocables à dessein incompréhensibles pour lui faire gober n’importe quoi, discipline dans laquelle sont passés maîtres les inénarrables jumeaux Bogdanov.
Quant au
troisième ouvrage, il s'agit d'un opuscule traitant du bilan de la colonisation en Algérie. Il analyse avec une certaine clairvoyance l'entreprise de reconstruction de l'histoire menée par un
certain courant de pensée tendance masochiste-politiquement correcte, présentant la colonisation comme une entreprise radicalement immonde, et poursuivant le dessein de faire expier ses crimes à
l'occident. Il s'apparente donc au premier, car il dénonce certaines idées bien ancrées dans l"inconscient collectif". Pour n'en donner qu'une, citons le lieu commun qui voudrait que la
colonisation n'ait été qu'une vaste entreprise de pillage, thèse naturellement séduisante (peut-être trop ?), mais qui ne résiste pas à l'analyse des données économiques de base, démontrant
précisément le contraire. Même si il revêt parfois l'apparence d'un pamphlet, ce livre n'est pas pour autant manichéen, et demeure sans concessions sur les abus et les atrocités commises de
part et d'autre de 1830 à l'époque actuelle, et c'est précisement ce qui renforce sa crédibilité.
PS : m'étant dit que je tenais là le début d'un vaste programme a priori non dénué d'intérêt, je viens de taper "pour en finir avec" sur Google, qui m'a renvoyé 669 000 réponses... Du pain sur
la planche, donc...
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