Jean-Louis Murat à Saint-Genis Laval

Publié le par ErMa

Jean-Louis Murat

 

C'est en voisin que le pâtre auvergnat neurasthénique est venu donner l'un des quelques concerts programmés en cette fin d'année accompagné de ses musiciens, originaires de Saint-Etienne, Saint-Chamond et... Lyon.

 

Climat décontracté et quasi-familial à la maison de la culture de Saint-Genis. Bâtiment moderne, une salle de spectacle avec des sièges, contrairement aux autres concerts de JLM où j'avais eu l'occasion d'assister, à Mulhouse et à Dijon. L'ambiance pépère et le confort des fauteuils en velours synthétique bleu constitueraient-ils un obstacle pour apprécier dans de justes conditions tout le talent du MAÎTRE ?

 

Première partie de Amélie. Venue de Lille, cette jeune chanteuse en devenir, un mélange de Amy McDonald et Björk, a vraiment assuré. Début a capela plein de tension, puis troquant en milieu de  partie sa guitare sèche contre une sorte d'instrument inconnu mi-accordéon, mi-harpe, mi-ukulélé elle a donné un aperçu de son répertoire dans le registre pop/folk. N'empêche que la fille qui faisait un court commentaire d'une toute petite voix entre chacun de ses morceaux est apparue attachante. Et bourrée de talent. Souhaitons-lui de l'avenir. Sur la base de ce qu'elle a montré, elle le mérite.

 

Après une courte entracte, une fois l'obscurité revenue, dans un déferlement de lumière bleutée est apparu le MAÎTRE. Silencieux, nonchalant, un peu bougon, il a avancé vers le public puis après quelques instants de concentration a aussitôt entamé son répertoire.

 

L'essentiel de la prestation était bien entendu concentré autour des principaux morceaux de son dernier CD "Le cours ordinaire des choses". J'ai repéré sur le web un excellent "compte-rendu" de la soirée de jeudi dernier qui en dira beaucoup plus que mes quelques impressions notées en ordre dispersé : l'interprétation que j'attendais du magnifique "Taïga", une version un peu boostée de "Falling in love again", l'incontournable "Chanter est ma façon d'errer" puis, élargissant le spectre, JLM s'est lancé dans une réinterprétation de certains des titres de ses précédents albums : le très émouvant "Les voyageurs perdus" ("Tristan") puis une version somptueuse du "Train bleu" ("Dolorès").

 

Quelques temps morts et passages de moins bien, il faut le reconnaître, notamment un ou deux inédits? que je n'ai pas reconnus. Car JLM est un auteur prolifique qui n'évite pas une certaine part de déchet dans sa production. Mais vite oubliés quand s'est amorcée cette version agressive et acérée du sublime et emblématique "Se mettre aux anges", où les claviers et la guitare avaient remplacé les violons. 

 

Applaudissements. Une nappe de synthés a enflé et empli la salle. Lente et majestueuse. Puis a retenti LA VOIX, solennelle, hiératique qui déclamait :

 

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit :
 Aujourd'hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d'un hérétique

 

Magique. J'ai reconnu - avec un peu de retard - le très baudelairien "Examen de minuit" issu du CD "Charles & Léo". Une redécouverte pour un final en forme d'apothéose, tout en recueillement.

 

Chanteur au timbre unique, guitariste de grand talent, poète, musicien fécond, auteur d'au moins un album par an, Jean-Louis Murat n'a recueilli jusqu'alors qu'un succès d'estime et se contente de remplir les maisons de la culture ou les petites salles de province, là ou d'autres investissent le Parc des Princes. Maintenant que j'y pense, ses mélodies ont accompagné une part non négligeable de ma vie, elles ont alimenté nombre de mes rêveries de promeneur solitaire depuis qu'un certain jour de 1993 déferla sur les ondes le titre "Si je devais manquer de toi" qui allait le révéler un temps au grand public (il alla même jusqu'à enregistrer en duo avec Mylène Farmer le tube "Regrets"). Et j'ose espérer que dans notre monde du consommable et du périssable, scandé chaque année par l'apparition sur scène de chanteurs (j'allais dire produits) formatés, sitôt apparus, sitôt oubliés, l'histoire de la musique française saura se souvenir du troubadour de la Bourboule.

 

Sitôt terminé son concert, il s'en est retourné dans ses montagnes quelque part près de Clermont-Ferrand. Enfin j'imagine. En attendant un prochain concert prévu si je ne m'abuse à l'espace culturel de Rombas (Moselle).

 

Mais une chose est sûre : la prochaine fois qu'il apparaîtra dans la région, je serai là pour aller l'écouter.  

   

Publié dans Ecouter

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D

Très beau commentaire deu concert et de JLM tout court. K Je pense que dans ton CR on sentdavanrtage d'amour de JLM que dans celui de Pierrot. Tu as les mots justes. Ci joint un lien pour veniur
sur mon Blog qui neparle que de JLM.
Didier.


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P

merci pour le lien vers mon article, et sa qualification!
Félicitation à vous aussi.

Comme je le dis dans mon article, l'origine géographique des musiciens est variable en fonction des lieux... en fait, le batteur est de Thonon, Fred de SUisse vivant à paris, et Denis clavier est
d'auvergne... à bientôt


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