Je suis une boucle étrange
"Je suis une boucle étrange" de Douglas Hofstadter - Dunod. Le livre "Gödel Escher Bach, les brins d'une guirlande éternelle", du même auteur, paru en France en 1985 avait été pour moi une révélation, à tel point que je n'hésite pas à le situer parmi les dix ouvrages que j'emporterais sur une île déserte si tel était le choix qui m'était donné.
Le thème : une réflexion profonde sur les processus qui régissent notre pensée lorsque celle-ci s'exprime à propos d'elle-même. On observe alors des structures comparables à des miroirs se réfléchissant à l'infini (on pensera notamment à la célèbre illustration de la boîte de la "vache qui rit"), qui nous font entrer dans le monde vertigineux de l'auto-référence, à l'origine de paradoxes fascinants. Ce genre de situations impossibles défiant les lois de la logique ou de la physique a été brillamment illustré par Maurice Escher avec un degré de réalisme saisissant dans de nombreuses estampes universellement connues comme celle-ci, par exemple :

llustration n°1 : la vache qui rit porte des boucles d'oreille représentant une vache qui rit portant des boucles d'oreilles représentant, etc,...
Illustration n°2 : étonnante, cette perspective, non ? Il semblerait que l'on ait découvert le mouvement perpétuel...
Le point central du livre précédent concernait le théorème de Gödel, quelque chose de totalement déroutant. Je ne suis pas sûr à ce jour d'avoir maîtrisé toutes les subtilités du sujet, mais le principe part du concept suivant : tout ce qui est vrai n'est pas nécessairement démontrable, et Gödel a réussi le tour de force de bâtir à partir des axiomes servant de base à la théorie des nombres des phrases (auto-référentielles) conçues selon le schéma "je ne suis pas démontrable"...
Je laisse le soin au lecteur courageux qui serait parvenu à ce point de mon post de retourner cette phrase dans sa tête : elle phrase est forcément vraie car dans le cas contraire, etc,... Elle est donc vraie, et par conséquent indémontrable,... cqfd.
Je passe sur les détails, mais il faut savoir que le mémoire publié par Gödel en 1931 et qui dépasse largement mes capacités de compréhension a eu à cette époque un impact considérable sur l'histoire des idées. Bien sûr, ce mémoire était axé sur (les propositions de) la théorie des nombres, mais en généralisant (abusivement ?) il battait en brèche la croyance solidement installée dans les esprits selon laquelle il était possible de finir par tout savoir sur tout, principe énoncé dans la phrase célèbre de Hilbert déclamée au congrès international de mathématiques de Paris en 1900 : "wir musen wissen, wir werden wissen" et que l'on pourrait résumer par : TOUT CE QUI EST VRAI PEUT ÊTRE DEMONTRE. En d'autres termes, l'assimilation du vrai à ce qui pouvait connu, était réfutée, ce que que l'on serait tenté de formuler de la façon suivante : "il existe des vérités inaccessibles pour l'esprit humain".
Gödel, donc. Logicien d'origine autrichienne né en 1908, émigré aux USA suite à la montée de l'hitlérisme, qui est pour moi, une des personnes les plus géniales ayant jamais existé : on le voit d'ailleurs ci-dessous à côté d'un autre individu (moustachu) de son espèce, à Princeton. Sujet à de fréquentes dépressions, Kurt Gödel a développé à la fin de sa vie des tendances paranoïaques (il pensait être la cible d'un complot visant à l'empoisonner), ce qui l'avait conduit à quasiment cesser de s'alimenter. Gödel est le personnage central du premier livre de Douglas Hofstadter dont une partie très importante est consacrée à des longs développements sur son célèbre théorème.
Ayant été bluffé par l'ouvrage précédent, je pensais me plonger avec délectation dans les suites de l'aventure, presque 25 ans après. Mais là, déception...
Si le sujet paraît toujours aussi attractif, j'ai constaté qu'il n'y avait en fait rien de vraiment neuf sous le soleil, et la nouvelle livraison de Douglas n'était en fait qu'une pâle copie de la précédente.
Le thème était pourtant d'intérêt : l'explication du phénomène de la conscience. Oui "cogito, ergo sum" et ce qu'il y avait derrière. Et je dois dire que j'ai été déçu. Mis à part les quelques chapitres consacrés au théorème de Gödel (encore lui...) et l'interprétation selon laquelle les boucles étranges auto-référentielles développées par le logicien pouvaient être interprétées comme une métaphore de la conscience, mis à part une analyse qui m'a paru assez pertinente expliquant en quoi les phénomènes microscopiques agissant au sein de notre cerveau pouvaient expliquer l'émergence à un niveau supérieur de manipulations de symboles telles que les pratiquent un être pensant, le reste m'est apparu comme un salmigondis assez confus de considérations extrêmement longues et parfois largement dénuées d'intérêt (pour nuancer, disons toutefois que cet ouvrage présente la qualité importante d'amener le lecteur à se poser un certain nombre de questions une fois le livre refermé ce qui n'est quand même pas si mal).
Dommage. Un fait, présenté dans le livre donne peut-être un début d'explication. Douglas Hofstadter a perdu sa femme de façon tragique. Celle-ci, décédée à 43 ans d'une tumeur foudroyante au cerveau a laissé l'auteur désemparé, inconsolable. Peut-être, au delà de la dimension scientifique à mon sens décevante, le présent ouvrage est-il avant tout un chant, un hommage d'un époux à sa chère disparue.
Le thème : une réflexion profonde sur les processus qui régissent notre pensée lorsque celle-ci s'exprime à propos d'elle-même. On observe alors des structures comparables à des miroirs se réfléchissant à l'infini (on pensera notamment à la célèbre illustration de la boîte de la "vache qui rit"), qui nous font entrer dans le monde vertigineux de l'auto-référence, à l'origine de paradoxes fascinants. Ce genre de situations impossibles défiant les lois de la logique ou de la physique a été brillamment illustré par Maurice Escher avec un degré de réalisme saisissant dans de nombreuses estampes universellement connues comme celle-ci, par exemple :

llustration n°1 : la vache qui rit porte des boucles d'oreille représentant une vache qui rit portant des boucles d'oreilles représentant, etc,...
Illustration n°2 : étonnante, cette perspective, non ? Il semblerait que l'on ait découvert le mouvement perpétuel...
Le point central du livre précédent concernait le théorème de Gödel, quelque chose de totalement déroutant. Je ne suis pas sûr à ce jour d'avoir maîtrisé toutes les subtilités du sujet, mais le principe part du concept suivant : tout ce qui est vrai n'est pas nécessairement démontrable, et Gödel a réussi le tour de force de bâtir à partir des axiomes servant de base à la théorie des nombres des phrases (auto-référentielles) conçues selon le schéma "je ne suis pas démontrable"...
Je laisse le soin au lecteur courageux qui serait parvenu à ce point de mon post de retourner cette phrase dans sa tête : elle phrase est forcément vraie car dans le cas contraire, etc,... Elle est donc vraie, et par conséquent indémontrable,... cqfd.
Je passe sur les détails, mais il faut savoir que le mémoire publié par Gödel en 1931 et qui dépasse largement mes capacités de compréhension a eu à cette époque un impact considérable sur l'histoire des idées. Bien sûr, ce mémoire était axé sur (les propositions de) la théorie des nombres, mais en généralisant (abusivement ?) il battait en brèche la croyance solidement installée dans les esprits selon laquelle il était possible de finir par tout savoir sur tout, principe énoncé dans la phrase célèbre de Hilbert déclamée au congrès international de mathématiques de Paris en 1900 : "wir musen wissen, wir werden wissen" et que l'on pourrait résumer par : TOUT CE QUI EST VRAI PEUT ÊTRE DEMONTRE. En d'autres termes, l'assimilation du vrai à ce qui pouvait connu, était réfutée, ce que que l'on serait tenté de formuler de la façon suivante : "il existe des vérités inaccessibles pour l'esprit humain".
Gödel, donc. Logicien d'origine autrichienne né en 1908, émigré aux USA suite à la montée de l'hitlérisme, qui est pour moi, une des personnes les plus géniales ayant jamais existé : on le voit d'ailleurs ci-dessous à côté d'un autre individu (moustachu) de son espèce, à Princeton. Sujet à de fréquentes dépressions, Kurt Gödel a développé à la fin de sa vie des tendances paranoïaques (il pensait être la cible d'un complot visant à l'empoisonner), ce qui l'avait conduit à quasiment cesser de s'alimenter. Gödel est le personnage central du premier livre de Douglas Hofstadter dont une partie très importante est consacrée à des longs développements sur son célèbre théorème.Ayant été bluffé par l'ouvrage précédent, je pensais me plonger avec délectation dans les suites de l'aventure, presque 25 ans après. Mais là, déception...
Si le sujet paraît toujours aussi attractif, j'ai constaté qu'il n'y avait en fait rien de vraiment neuf sous le soleil, et la nouvelle livraison de Douglas n'était en fait qu'une pâle copie de la précédente.
Le thème était pourtant d'intérêt : l'explication du phénomène de la conscience. Oui "cogito, ergo sum" et ce qu'il y avait derrière. Et je dois dire que j'ai été déçu. Mis à part les quelques chapitres consacrés au théorème de Gödel (encore lui...) et l'interprétation selon laquelle les boucles étranges auto-référentielles développées par le logicien pouvaient être interprétées comme une métaphore de la conscience, mis à part une analyse qui m'a paru assez pertinente expliquant en quoi les phénomènes microscopiques agissant au sein de notre cerveau pouvaient expliquer l'émergence à un niveau supérieur de manipulations de symboles telles que les pratiquent un être pensant, le reste m'est apparu comme un salmigondis assez confus de considérations extrêmement longues et parfois largement dénuées d'intérêt (pour nuancer, disons toutefois que cet ouvrage présente la qualité importante d'amener le lecteur à se poser un certain nombre de questions une fois le livre refermé ce qui n'est quand même pas si mal).
Dommage. Un fait, présenté dans le livre donne peut-être un début d'explication. Douglas Hofstadter a perdu sa femme de façon tragique. Celle-ci, décédée à 43 ans d'une tumeur foudroyante au cerveau a laissé l'auteur désemparé, inconsolable. Peut-être, au delà de la dimension scientifique à mon sens décevante, le présent ouvrage est-il avant tout un chant, un hommage d'un époux à sa chère disparue.