Bob Morane

Publié le par ErMa

 

 

 

Bob MoranePour me changer un peu les idées, je me suis replongé pour voir dans la lecture d'une des aventures de ce héros qui avait marqué ma jeunesse.

 

Le bouquin que j'ai récupéré : "La croisière du Mégophias" avait les pages jaunies, une fâcheuse tendance à se déliter sous mes mains, une consistance un peu râpeuse sous les doigts et dégageait une acre odeur de poussière. Mais qu'importe : j'étais prêt à quelques sacrifices pour retrouver le parfum d'aventures. Et aussi voir si le charme opérait toujours.

 

Dans ledit ouvrage donc, l'indestructible Bob se débrouillait pour se faire embarquer comme passager semi-clandestin à partir de Seattle dans un yacht mystérieux piloté par un équipage de fortune constitué de marins aux mines patibulaires. But de l'expédition : la recherche du fameux serpent de mer dont un échantillon (une molaire de ...quarante centimètres de long) avait été remise au propriétaire du navire, un paléontologue de renom, par un individu franchement louche, faisant lui aussi partie du voyage (aïe !...).

 

Au cours d'une navigation pas vraiment de tout repos dans la mer de Behring, on verra donc Bob se confronter à des pirates chinois au lèvres minces et au sourire cruel, affronter des calmars géants, prendre la tête d'une troupe de mongols animistes, libérer le fameux mosasaure de la lagune où il était enfermé, pour finalement venir à bout de l'ignoble Lemontov, évadé d'un bagne de Sibérie et instigateur du piège diabolique dans lequel était tombé le naïf paléontologue.


L'histoire ressemble étrangement à un roman de Jack London "Le loup des mers" (que j'avais lu il y a trois ans après m'être rappelé l'avoir vu à la télé il y a longtemps sous forme de feuilleton), tellement qu'on peut carrément parler de plagiat, mais en beaucoup moins bien.

 

Pour le reste, le bouquin s'avère d'une affligeante médiocrité : maladresses d'écriture, (les méchants sont des forbans, des sacripants,...), recueil de clichés (les chinois cruels, le savant dans les nuages), schématisme des caractères, naïveté des situations. Vu avec le recul, c'est saisissant et amène à la question suivante : comment ne m'étais-je pas rendu compte plus tôt à quel point c'était niais ?

 

Il me semble que j'ai trouvé une grande partie de la réponse dans l'étymologie du mot "niais" dont j'ai recherché la définition dans le Robert : " 1. FAUCONN. Qui n'est pas encore sorti du nid, 2. COUR. Dont la simplicité, l'inexpérience va jusqu'à la bêtise". Oui, il s'agit bien de cela : de la façon dont fonctionne le cerveau et dont celui-ci se modèle avec le temps. Aux premiers âges de notre vie, un certain nombre de choses : le sens des limites, la complexité de certaines situations, la subtilité des idées ne sont pas accessibles à notre entendement et le référentiel duquel nous puisons les informations pour nous constituer notre jugement n'est pas encore bien nourri. Tout ceci, initialement schématique, mou, indistinct finit par se ramifier et se développer au fil du temps. Et, en même temps que le malléable devient rigide, la finesse de perception s'accroît en parallèle avec l'apprentissage du discernement, c'est à dire "2. DIDAC. l'opération de l'esprit par laquelle on discerne des objets de pensée". D'aucuns diraient la culture, les plus matérialistes se borneraient à constater l'acquisition d'une capacité à différencier, discriminer, distinguer, séparer qui est la marque du fonctionnement d'un organe "auto-apprenant" (avec son logiciel) sans cesse en cours d'évolution.

 

Ouf... J'espère ne pas m'être trop englué dans mes élucubrations. Il me reste à ajouter pour conclure qu'avec l'âge et l'expérience vient la faculté à prendre du recul, se mettre en position META. En quelque sorte savoir lire tout ceci au deuxième degré, et retrouver avec une certaine jubilation ce qui m'avait émerveillé quand j'étais adolescent.


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