Moby Dick

Publié le par ErMa


"Moby Dick" de Herman Melville - Phébus libretto.

Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'un livre dont je n'arriverai probablement jamais au bout. Oui, je dois l'avouer, je viens de caler à la page 291, découragé par la lenteur extrême et le style particulièrement ampoulé de l'auteur.

Pourtant cet ouvrage est traditionnellement présenté comme un monument de la littérature, traversé paraît-il d'un souffle épique et délivrant une vision  dantesque  de la condition humaine, conditionnement initial renforcé lors de la lecture de la préface, où la traduction d'Armel Guerne était présentée comme "indépassable". J'ajoute que j'avais été initié à cette histoire dès mon plus jeune âge après avoir reçu en livre de prix l'édition pour enfants dans la collection "les deux coqs d'or". Celle-ci, ornée de belles images très spectaculaires m'avait laissé une impression inoubliable, un mélange complexe de sensations que j'ai toujours du mal à analyser, même aujourd'hui.

Je ne vais pas m'infliger à cet instant un exercice d'introspection, mais  mon interprétation est que la  force du livre provient essentiellement de la puissance symbolique des archétypes mobilisés  pour le récit : le capitaine Achab comme la part de ténèbres qui réside en nous et la violence de nos obsessions qui peuvent nous dévorer. Quiequeg, le sauvage, représentation de l'altérité de ce que l'on ne comprend pas et qui nous effraie. Et le voyage, en lui-même, cette humanité embarquée dans une aventure dont les buts la dépassent et qui demeure pour elle un mystère absolu.

Sans oublier bien sûr la mer, menaçante, fluide, omniprésente, à l'image des méandres de notre inconscient, et de laquelle peuvent surgir à tout moment, à la manière de Moby Dick la baleine, des forces malveillantes qui finiront par nous réduire à néant.

Il faut donc avouer que, ainsi planté, le décor a de la gueule. Par son ampleur, son universalité et son caractère intemporel il recèle en lui-même tous les composants qui font qu'une oeuvre peut prétendre à passer à la postérité. Le tout déroulé dans une histoire complètement vraisemblable,
puisque nourrie de l'expérience personnelle de l'auteur et, oserais-je dire inévitable, c'est à dire coulant tellement de source qu'elle semblerait avoir été écrite depuis le commencement des temps.

A la lecture, déception totale. J'étais pourtant gonflé à bloc en entamant ce pavé de 796 pages, si épais qu'il est difficile d'en manier les pages, et je m'attendais à un trip maritime XIXè siècle façon Procul Harum dans "A Salty Dog".


Mais j'ai malheureusement pris contact avec un style lourdingue et ampoulé, probablement amplifié par la traduction "indépassable" qui s'est avérée à l'usage plus que médiocre. Pour gâcher le tout, la mise en place de l'histoire est interminable, qu'on en juge, puisqu'il faut attendre la page 171 pour que le Pequod appareille de Nantucket, la page 197 pour commencer à faire connaissance avec Achab non sans s'être vu infliger quelques chapitres soporifiques sur la classification complète des cétacés. Et c'est avec une certaine dose de soulagement que j'ai donc déclaré forfait piteusement sans avoir vu la couleur de la baleine blanche.


C'est certain, le monde d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec celui de Herman Melville. A l'époque, pas de routeur à terre pour communiquer la meilleure route à suivre, pas de balise Argos, pas de coque en carbone pour aller plus vite, et il arrivait que des navires disparaissent corps et biens sans que cela apparaisse le jour suivant en ouverture du journal de TF1.


Mais plus encore, il semble que la façon dont notre cerveau fonctionne ait elle aussi profondément changé. Dans ces temps pas si éloignés que ça, le temps apparent ne s'écoulait pas de la même façon et à la même vitesse et la dictature de l'immédiateté n'avait pas encore envahi les esprits. Les réflexes étaient différents, et il arrivait que souvent de longues plages soient nécessaires pour  planter un décor, décrire ou faire comprendre ce que l'on n'arrivait pas à appréhender par l'image, ou tout simplement... pour ne rien faire. D'où le nécessaire effort d'adaptation auquel je ne me suis pas montré capable pour l'instant, et mon inclination naturelle me porte plus à écouter à l'heure actuelle la musique de
Richard Melville Hall, alias Moby, que la prose de son illustre arrière-arrière-grand-oncle.
                                                 

Mais bon... Au moment où j'écris ces lignes, il me prend à éprouver comme un vague sentiment de culpabilité. Serais-je à ce point devenu paresseux et indolent ? Alors...

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