Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 17:25

BSA 

Bourg-Saint-Andéol, dernière semaine de l'année 2011, BSA pour certains, Bourg pour les autochtones.

 

Cette petite ville provençale juchée sur les premiers contreforts de l'Ardèche fait face au Rhône et domine la vaste plaine du Tricastin. Elle porte beau les reliques d'une certaine renommée maintenant passée.

 

C'est le soir. La nuit est venue. Un réseau de guirlandes bleues scintillantes inonde le ciel de lumière et camoufle la lueur vacillante des étoiles. Nous avons quitté l'hôtel "Le clos des oliviers", dont nous devons être les seuls occupants, à la recherche d'un troquet pour boire une bière. Nous arpentons des ruelles désertées, balayées par les bourrasques d'un mistral glacial, longeons d'anciennes demeures au prestige désormais très discret abritant le siège d'associations ou d'administrations diverses, parvenons à l'église un peu plus loin, dont j'ai entendu dire qu'elle abritait un sarcophage en marbre blanc : celui du malheureux quidam venu évangéliser la région et dont Septime-Sévère (le bien nommé) ordonna le martyre en l'an deux cent huit.

 

La brasserie dans laquelle nous nous réfugions, et dont j'ai oublié le nom, est faiblement chauffée. Tandis que je sirote une Affligem de Noël en grelottant, mon regard est capturé par quelque chose extrêmement étrange. A quelque mètres de moi, placé devant le bar, un traditionnel baby-foot qui fit le délice de mes années lycée, un de ces objets qui constitue un personnage à part entière du roman "le club des incorrigibles optimistes", que j'ai eu le plaisir de savourer avec délectation il n'y a pas si longtemps. Mais un exemplaire irrémédiablement, indéfectiblement différent et qui me plonge dans un abîme de perplexité. Les habituels joueurs bleus et rouges enchâssés sur des barres chromées, oui... Le meuble à la forme familière, bien kitsch, carrossé un peu à la façon d'une voiture américaine des années cinquante, OK. La pelouse en linoléum vert pastel rayé de blanc, soit,... mais sinon... pas de lignes arrières, pas de demis, un goal et les trois avants, quatre barres au lieu de huit dans une table à la taille étrangement réduite. Un baby-foot, de la marque Bonzini, comme il se doit, mais nain, un Bonzini bonzai...

 

Vertige. Nous sortons, remontons l'artère principale qui du Rhône rejoint la Place du Champ de Mars, débouchons sur la rue du Dieu Mithra. Un peu plus loin, en descendant vers un petit vallon encaissé dans lequel coule une rivière murmurante, il y a, je me souviens, un vieux lavoir imbriqué dans un ensemble de vieilles bâtisses de pierre. Pas loin d'ici, pour qui sait bien chercher, gravé dans une falaise de calcaire se cache un bas relief du dieu Mithra, patiné par le temps.

 

Oui, ceci n'est pas très connu, mais le dieu né de la pierre, qui sacrifia le taureau primordial fut l'objet d'un culte très vivace au cours des quatre premiers siècles de notre ère. Particulièrement implanté chez les soldats de l'armée romaine, il alla jusqu'à devenir un concurrent du christianisme... Cet avatar lointain du zoroastrisme véhiculant l'histoire de l'origine du monde aurait donc laissé sa trace ici ?

 

En marchant, je m'abandonne à rêver si... si le monde avait basculé... si Mithra avait supplanté Jésus... si toute cette histoire abordée dans le cycle imaginé par Rachel Tanner s'était en fait incarnée...

 

Mais non. La ruelle est sombre, Les lampadaires projettent le long des murs des ombres démesurées et je ne vois personne. Décembre 2011 se termine en pente douce avec ce curieux sentiment d'apesanteur. Comment dire ? L'impression d'être ailleurs. Quelque chose rappelant la sensation éprouvée à la lecture de ces très curieux romans de Valerio Evangelisti : les aventures de Nicolas Eymerich, grand inquisiteur devant l'éternel, homme tourmenté et détective hors pair évoluant dans un univers subtilement surnaturel.

 

L'inquisiteur général d'Aragon va-t-il apparaître devant moi, surgissant d'un porche obscur pour me soumettre à la question ? Cette idée m'effleure, sans plus. Car maintenant c'est une autre impression qui m'investit, allez-savoir pourquoi, peut-être inspirée par la noblesse et l'élégance des lieux. Celle de me mouvoir dans un roman de Jacques de Bourbon Busset. Ah, le charme un peu suranné de cet écrivain issu d'une famille de la grande noblesse française... belle langue, cohérence et équilibre...

 

Faut-il des circonstances particulières : état particulier de relâchement ? fatigue causée par un certain manque de sommeil ? intrusion de quelque chose d'inhabituel dans le champ de notre conscience ? pour arriver en un soir à convoquer tant de souvenirs ?

 

Retour à l'hôtel, fin de la promenade. Nous avons tous décidément besoin de nous raconter des histoires.

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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 14:15

Jean-Louis Murat au Kao à Lyon

 

C'est au Kao que Jean-Louis Murat avait choisi de faire étape dans le cadre de la tournée de promotion de son nouvel album  : "Grand lièvre", que j'avais pris la précaution d'acheter à la FNAC une dizaine de jours avant, afin de bien m'en imprégner.

 

Le Kao donc : adossé à la brasserie Ninkasi dans le quartier de Gerland, Lyon 7ème, une salle de concert classique et de taille modeste, aux murs totalement noirs, où l'on se tient debout. Étant arrivés de bonne heure, nous avons pu assister de très près (à quelques pas de l'estrade) à la prestation du Maître.

 

Un spectacle désormais sans surprise dans une salle archi-comble. JLM, jean et chemise noir et blanc, est apparu à l'heure et en bonne forme pour attaquer dare-dare par "Qu'est-ce que ça veut dire", un très beau mélange d'ironie amère et de détachement, typiquement muratien, dans une ambiance rappelant à la fois "Lilith" et "Moscou", et qui constitue pour moi le titre phare de son nouvel opus. Comme le veut la tradition, j'ai pu reconnaître défiler les principaux morceaux de "Grand Lièvre", dont le nonchalant "Je voudrais ne pas me perdre de vue" (au dandysme un peu abscons salué par la rédac' de Télérama), le très lyrique "Alexandrie", le pastoral "Vendre les près", dénonciateur de l'exode rural auquel est naturellement très sensible le pâtre auvergnat, puis une version rutilante des "Rouges souliers".

 

Est venu ensuite le temps des reprises avec une petite frustration quand même : l'auteur est si fécond et prolixe, son oeuvre si vaste (un album par an minimum depuis quinze ans) qu'il est difficile de trouver dans les choix faits pour une soirée de ce type une adéquation parfaite avec les morceaux que l'on aurait aimer voir jouer, au premier rang desquels je placerais "La chanson de Dolorès", "Se mettre aux anges" ou encore "La mésange bleue" (liste bien entendu non limitative). Mais qu'importe... Dans la demi-douzaine de titres à la tonalité résolument rock, qui tranchait avec le son plus soft de ses albums studio, j'ai noté une version de "Jim" de la même facture que celle de "Muragostang" et un titre très fréquemment recyclé : "Foule romaine", sans doute parce qu'il permet de faire monter l'ambiance en s'assurant de la participation du public lors du refrain.

 

A la fin, la température avait singulièrement monté, le public dansait, sur ma droite je voyais deux nanas qui chaviraient en regardant le Maître avec adoration. Après le traditionnel rappel, JLM est revenu sur scène en lançant des baisers à la foule avant de disparaître définitivement dans les coulisses.

 

Les portes se sont ouvertes en libérant la fraîcheur. Ouf ! Une partie du public faisait la queue pour la séance de dédicaces annoncée par l'affiche placardée à l'entrée de la salle. Devant nous un pré-ado accompagné de ses parents disait : "Papa qu'est-ce que tu vas bien pouvoir faire dédicacer, vu que les disques tu les as déjà TOUS ?". Ça m'a fait sourire. En rentrant (à pied...  quel bonheur !...), les oreilles encore bourdonnantes dans la fraîcheur du soir, longeant le restaurant le "Carnegie Hall" installé à la place des anciens abattoirs, je me suis rappelé que les disques de Jean-Louis Murat, moi aussi je les avais TOUS !


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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 13:34

Belle Etoile

 

Jusqu'ici, il faut le dire, je n'avais guère entendu parler des Bauges.

 

Jusqu'à remarquer que ce massif tabulaire, bien visible entre Chambéry et Albertville, ne manquait pas d'allure.

 

De quoi susciter l'envie d'y aller faire un tour.

 

Sitôt envisagé, sitôt fait (ou presque), donc, avec un départ de Lyon dimanche dernier pour une rando express, objectif le sommet de la "Belle Etoile".

 

Il faut pour arriver à pied d'oeuvre quitter la N90 à la sortie n° 14, direction col de Tamié. Du parking situé un peu au dessus (1070 m), un sentier s'engage dans la forêt domaniale. Une courte mais rude montée dans les bois fait déboucher presque en plein ciel à proximité de la Croix de Périlles (1710 m), surplombant la vallée de la Tarentaise. De ce promontoire s'engage un étroit chemin de crête avec belles sensations aériennes garanties.

 

Nous avons eu la chance de déboucher sur un sommet (1841 m) encore désert en cette heure pourtant pas si matinale. Cette impression n'a pas duré puisqu'une horde de promeneurs (comme nous...) - en grande majorité des régionaux - a rapidement fait son apparition jusqu'à quasi saturation de l'espace disponible : une plate-forme exiguë sur laquelle sont érigées une croix en ferronnerie blanche et une de ces magnifiques tables d'orientation en émail "Belle Époque" datée de 1913.

 

De là-haut, le panorama a de quoi laisser bouche bée avec vue à 360° sur les Alpes : le Mont-Blanc, bien sûr, trônant dans cet ensemble, mais aussi Beaufortain, Vanoise, Belledonne, Vercors, Aravis, etc...

 

Abbaye de TamiéInenvisageable de ne pas profiter au retour de la proximité de l'abbaye cistercienne de Tamié, fondée en 1132, bien visible lors de la montée et enchâssée dans un océan de verdure.

 

Selon l'expression consacrée celle-ci "ne se visite pas" mais la balade alentour constitue une pause rassérénante après l'effort.


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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 11:13

Lac de la Glière

 

Le prolongement quasi-obligé de ce qui précède, et qui contribue à meubler de façon optimale un week-end de deux jours en Vanoise, puisqu'il permet d'observer la Grande Casse par son autre versant.

 

Départ du Laisonnay-d'en bas (1559 m) que l'on atteint depuis Champagny-en-Vanoise. Passé un verrou rocheux, la route serpente agréablement le long du vallon très champêtre creusé par le Doron de Champagny, illuminé ce matin par les rayons obliques du soleil.

 

La montée est facile et agréable sur un sentier coupant régulièrement une piste forestière. A droite, les pentes boisées de la Grande Casse dans une belle ambiance automnale : arbres roussis dominés par falaises abruptes et névés étincelants.

 

Croix des EcuriesLa Croix des Écuries (2235 m) n'est qu'un signal de taille modeste planté au milieu d'une longue ligne de crête. Celle-ci surgit au sein d'un immense vallonnement peuplé de quelques bergeries et fromageries qui donne accès au col du Palet puis à la station de Tignes. De ce belvédère original, une belle ambiance de montagne sauvage.

 

Notamment par la vision de l'immense plaine alluviale du lac de la Glière, au pied de la face nord de la Grande Casse et (pour qui a pris le soin de lire le guide) du souvenir de la tragédie qu'elle inspire : en juillet 1904, suite à un orage particulièrement violent provoquant la crue du ruisseau de Bonrieu, une vague énorme déferla sur le village de Bozel en tuant onze personnes.


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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 09:51

Col de la Vanoise

 

Ah ! La Montagne en arrière saison !

 

Le matin, froid vif en entamant la montée depuis les Fontanettes au dessus de Pralognan. Presque à en regretter de ne pas avoir emporté des gants.

 

Montée rude dans un grand chaos de roches surmonté par la silhouette de l'aiguille de l'Arcellin. A l'approche du col de la Vanoise est apparu un désert minéral d'une nudité presque absolue : le Lac des Assiettes, entièrement asséché, d'une austérité totale dominé par la masse grandiose de la Grande Casse.

 

Pique-nique VanoiseAu refuge, planté dans une vaste pelouse déjà bien ocre, température 13°C et un zeste de brise. On entendait les éclats de voix d'un groupe de djeuns qui se rassemblaient avant de redescendre dans la vallée. Une fois ceux-ci partis le calme s'est installé avec uniquement le bruit du vent. Quelques promeneurs isolés plantés là dans la prairie pique-niquaient comme nous. Des ombres profondes sillonnaient les pentes de la Grande Casse sans qu'il faille attendre les premières heures du soir. Les glaciers de la Vanoise scintillaient, je voyais autour de moi des sommets reculés que j'essayais d'identifier en m'imprégnant de l'ambiance très particulière qui habitait ces hauteurs : un mélange inexprimable de paix, d'étrangeté et d'éloignement... Oui, quelque chose comme ça. Je me suis étendu sur le sol pour faire une courte sieste, et je pense que le terme lézarder au soleil s'avérait ici particulièrement juste : juste assez chaud pour ne pas frissonner, juste assez froid pour ne pas rôtir, un équilibre très-très subtil ! Hmmm !...

 

Le soir, dans le village désert, quelques touristes désoeuvrés hantaient les rues désertes et seul le café du Bochor était ouvert. Un groupe d'indigènes achevait consciencieusement de se pochetronner (bière + cocktail type Margarita amélioré à la sauce locale) en jouant au black jack. A un moment, l'un d'eux, appelons le "Julian de Pralognan" ou quelque chose comme ça, un peu plus imbibé que les autres, s'est levé en titubant et s'est mis à déclamer devant nous : "c'est ça la montagne en automne !"


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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 08:55

& Sexus politicus "Sexus politicus" de Christophe Deloire & Christophe Dubois - J'ai Lu.

 

Eh bien non... Le bouquin, paru initialement aux éditions Albin Michel en 2006, s'est vu remettre au goût du jour pour les raisons que l'on sait "avec de nouvelles aventures" promises sur le bandeau bleu affiché ostensiblement en couverture. Succès immédiat donc, guidé par la curiosité et le souhait d'en savoir un peu plus, non pas sur ce qui s'est réellement passé dans la fameuse chambre du Sofitel de Manhattan, mais plutôt ce qui trotte dans la tête de certains de nos politiques et des personnes qui les environnent.

 

Pour ce qui est du scoop à l'état pur, zéro donc, comme prévu. Pas de révélations sur les raisons qui ont porté Giscard à emboutir un camion de laitier dans un petit matin parisien  blême, pas d'anecdotes croustillantes qui auraient permis d'illustrer le sobriquet de Chirac " 5 minutes douche comprise", pas de coming out resté jusqu'alors confidentiel, rien sur les groupies dévouées qui portaient l'abnégation jusqu'à tout mettre en oeuvre pour éviter à Tonton de se sentir trop seul dans son lit le soir après tel meeting électoral dans une sous-préfecture obscure de la France profonde

 

Seulement, et c'est de toute manière cela l'essentiel, un panorama de l'histoire des moeurs sous notre république, balayant large, qui observe avec acuité les comportements de nos politiques et analyse avec pertinence les raisons qui les portent à agir ainsi : d'un côté une certaine propension des élites à se croire tout permis, de l'autre le goût affiché et revendiqué de leur entourage pour le pouvoir, quitte à payer de leur personne.

 

Un ouvrage sociologique de bonne tenue, tant il est évident que des révélations fracassantes auraient déclenché de la part des mis en cause une salve d'actions en justice pour contrer les "insinuations malveillantes", signe également que malgré une montée en influence du mode de vie à l'anglo-saxonne, la France demeure encore (pour combien de temps) un pays où la séparation vie privée - vie publique demeure effective.

 

Parions qu'une nouvelle version de l'ouvrage en question suite à la mise à la table d'un certain "Dodo la saumure" est envisageable dans un futur proche. Mais pour ce qui est des détails, pas d'illusions...


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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 18:28

Buckingham

 

Y-a pas a dire : ce qui fait l'intérêt des voyages c'est le le caractère résolument nouveau, différent, singulier de ce que l'on voit par rapport à ce que l'on aurait pu imaginer. Question de quantité d'informations, notre pauvre petite tête ne pouvant faire mieux que de tourner en rond, ou presque. 

 

Ce qui irremplaçable, donc, c'est le thrill, une sorte de sensation brute de fonderie, résultant de la superposition de la réalité qui nous saute au visage avec la représentation que nous nous en sommes faite. Un exercice un brin dérangeant, la confrontation entre ce que nous voyons avec nos yeux et des réminiscences de Monet, Gainsborough, Turner, Woody Allen, Hitckock, Dickens, Procol Harum, et j'en passe, bref le jamais-vu avec en toile de fond une sorte de déjà-vu.

 

Londres, donc. Ville traversée il y a très longtemps, lors d'un séjour de perfectionnement linguistique type "à nous les petites anglaises" de laquelle ne survivaient que quelques souvenirs épars très-très défraîchis.

 

Première surprise : il fait beau. Au delà du Londres monumental classique : Saint Paul's Cathedral, Buckingham, Westminster Palace (impressionnant tout de même)... l'impression prégnante d'une ville tournée vers le futur avec ses nouveautés : le London Eye, Millennium Bridge, Canary Wharf. Pas spécialement propre ni apprêtée. Pas de splendeurs architecturales conservées dans la naphtaline, à la manière des villes muséifiées bien de chez nous. L'underground, n'est pas franchement top, Oxford Street un peu crade, ceinturée de palissades derrière lesquelles de mystérieux travaux sont en cours, et bien moins classieuse que les Champs. Au fil de la balade on passe d'un coin du monde à un autre : Chine, Inde, Pakistan, etc,... pour retrouver ensuite les classiques maisons proprettes, sagement alignées au calme.

 

Hyde Park (immense) présente le charme discret de la nature domestiquée mais pas trop,  Portobello Road semble si provinciale et, last but not the least, aux abords de Tower Bridge, on constate que la Tamise est soumise au phénomène des marées. Court alors ce frisson qui nous relie à l'image de ce monde disparu mais qui se prolonge maintenant, un monde où des clippers partaient de la capitale Britannique pour rayonner vers le monde entier.

 

Tower Bridge

 

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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 15:06

Gare de Saint-Clair-Les Roches

 

Fin d'après-midi, dix-huit heures peut-être. Le TER filait consciencieusement en remontant la vallée du Rhône. Le soir venait, les ombres s'allongeaient. Une jeune femme derrière moi, visiblement débordée, essayait sans succès de canaliser les hurlements sauvages de son fils, un dénommé Ryan, qui s'acharnait, malgré son interdiction formelle, à vouloir traverser le wagon dans le sens de la longueur en passant sous les sièges des passagers.

 

A côté de moi, un adolescent boutonneux, de retour d'un tournoi de tennis, se lamentait d'avoir rencontré un adversaire tellement nul qu'il avait fini par le faire perdre.

 

Je rêvassais en regardant par la fenêtre.

 

Quand tout à coup, un choc. Comme si on avait projeté quelque chose contre la paroi du wagon. Quelques instants après, le train s'est arrêté. Puis la voix d'un homme annonçant que : "suite à un incident de personne, le train était arrêté pour une durée indéterminée avec interdiction aux passagers de descendre sur la voie".

 

Incident de personne... Délicat euphémisme pour faire savoir que voici quelques minutes, un désespéré avait choisi de mettre fin à ses jours en se précipitant sous les roues de notre locomotive.

 

Alors,... attente. Des passagers se déplacent vers les autres voitures. Mouvements. Conciliabules. Un agent de la SNCF apparaît pour nous expliquer que, en pareille situation, deux heures d'attente sont un minimum incontournable. L'homme, le look classe dans son costume violet nous apprend que nous sommes arrêtés à proximité immédiate de la gare de Saint-Clair-les Roches et nous propose de descendre en prenant soin de remonter le train pour sortir sur le quai.

 

Dehors, un officiel, questionné par un groupe de voyageurs,  confirme le suicide, comme si le fait de se trouver à l'extérieur avait libéré la parole. Rapidement nous voici canalisés sur une petite placette bordée de platanes dans lesquels les rayons du soleil déclinant dessinent de jolis rayons de lumière. Au loin, on reconnaît la masse sombre du mont Pilat. Derrière un bloc de maisons j'aperçois les cheminées de l'usine chimique Rhodia des Roches de Condrieu.

 

L'essentiel du dispositif utilisé en pareille circonstance semble en place depuis un certain temps : SAMU, sapeurs pompiers, gendarmes, police municipale et chacun se hâte avec lenteur, circonspection  et professionnalisme. Des groupes se forment : étudiants de retour chez eux pour le week-end, retraités, travailleurs. Une fille à côté de moi, la trentaine bien entamée, mini-jupe noire et talons hauts s'indigne  : "celui-là, il emmerde toute le monde, il n'avait qu'à se tirer une balle, est-ce que j'aurais l'idée de me suicider, moi ?". Un groupe de d'étudiantes lui fait remarquer qu'il était peut-être très malheureux et qu'il est difficile de se mettre dans la tête des gens, elle n'en démord pas : "se tirer une balle, se pendre, réfléchir un peu quoi...". Je renonce à intervenir, explique qu'il vaut mieux rater son train que d'être mort, mais à quoi bon... Une femme entre deux âges m'accoste, me demande si je suis au courant de quelque chose, me dit qu'elle s'inquiète pour sa correspondance. A l'intérieur du bâtiment de la gare, une file s'est formée pour s'enquérir d'un remboursement possible. Une dame intervient pour expliquer que, concernant les personnes décidées à mettre fin à leur jours, la SNCF ne maîtrise pas vraiment grand chose, et qu'elle ne saurait être tenue pour responsable de ce "contretemps". Un voyageur vindicatif vitupère bruyamment contre l'incapacité de la SNCF à respecter les horaires.


Retour dehors. Un officiel résume la situation : "par mesure de sécurité, la circulation de tous les trains sur la voie à été interrompue jusqu'à nouvel ordre" et : "l' application de la procédure dans pareil cas prend un certain temps car il est interdit au conducteur de la locomotive de poursuivre le parcours, il nous faut donc trouver un remplaçant si possible. Sinon, il restera à affrêter des cars mais ça durera plus longtemps : de deux à quatre heures d'habitude".

 

Un petit nombre de voyageurs isolés s'est posté un peu plus loin pour observer les sauveteurs en action en contournant une sorte de paravent destiné à première vue à masquer les détails les plus gore mais ils se font rabrouer par les sauveteurs : "nous ne sommes pas au cirque". Un homme à côté de moi commente : "ils doivent être en train de ramasser les morceaux sur la voie".

 

Enfin, le même officiel habillé de violet s'annonce et nous informe que tout est réglé, que les passagers sont invités à regagner leur wagon et que le train devrait repartir d'ici une vingtaine de minutes. Aussitôt, la foule se met en mouvement, je vois même certains, un peu plus jeunes ? un peu plus audacieux ? escalader les barrières pour gagner quelques précieuses secondes... Sait-on jamais ? Que le train parte sans eux ?

 

Le médecin du SAMU, blouse blanche, le stéthoscope bien en vue, l'air satisfait du devoir accompli, s'installe dans la fourgonnette blanche où l'attendent ses collègues. Le camion rutilant des sapeurs pompiers démarre et regagne la caserne.

 

Le train que je voyais stationné depuis dix minutes s'ébranle enfin après avoir fait mugir longuement sa sirène dans l'air surchauffé du soir.

 

Je reste là sur la place maintenant presque vide où deux pelés et trois tondus habitant sans doute pas trop loin attendent encore qu'une de leurs connaissances vienne les chercher.

 

Avec une sorte d'impression nauséeuse. Individualisme. Indifférence. Il semblerait que ce soit là la marque de notre siècle.

 

 Damiens, après avoir tenté d'exécuter Louis XV et subi la torture fut, paraît-il, exécuté dans un luxe de cruauté inimaginable au milieu d'une foule se repaissant avec volupté du spectacle.

 

Sommes nous meilleurs ou sommes-nous pires qu'avant ? Que faut-il penser de cette inaptitude à l'empathie, de cette orientation vers la satisfaction de nos pulsions les plus futiles, matérialisée par notre totale incapacité à attendre ?

 

Compassion et cruauté sont deux sentiments antagonistes qui nous relient à la souffrance des autres. Mais nous ne semblons plus capables du premier et peut-être même, horreur ultime, du second.

 

Nous ne voyons plus, hélas, que nous.

 

J'en suis là de mes réflexions quand je vois apparaître la silhouette familière de la 107 d'Anne que j'ai appelée il y de cela trois quarts d'heures et qui s'était proposée avec dévouement de venir me chercher. J'avoue d'ailleurs ne pas me sentir si à l'aise que ça dans le rôle du donneur de leçons mais bon...

 

Nous quittons les lieux alors que deux hommes en costume gris enfournent une forme oblongue dans un camion Mercédès gris arrivé quelques instants auparavant sans tambour ni trompette.

 

Nous traversons Ampuis. Longeons une place avec un café où des hommes en marcel sirotent un pastis à l'ombre des platanes. C'est déjà le sud ici... Le soleil disparaît derrière les collines. Le courant d'air de la clim que j'ai mise à fond me balaie le visage. Mon Dieu que c'est bon d'être VIVANT ! 


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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 13:50

HasardIl était question il n'y a pas si longtemps d'une personne, un "quinquagénaire dans l'industrie" ayant gagné deux fois de suite trois millions d'euros au loto. Avec cette interrogation : étant donné que les chances de gagner une fois sont infimes, les chances de rééditer cet exploit une seconde fois le sont bien plus encore, comme le démontre sans problème l'algèbre combinatoire. Ce M. X aurait-il été béni des dieux, ou aurait-il découvert une quelconque combinaison magique ?

 

Pour peu que l'on prenne de soin de regarder les choses plus en détail, on aura remarqué (chose que peu de médias soulignent) que la personne aura consacré une partie très significative de l'argent qu'elle avait engrangé au premier gain pour continuer à jouer, ce que font peut-être également les heureux "élus" ayant décroché le gros lot. Bien entendu, il ne suffit pas de procéder comme ça pour gagner à coup sûr, mais parmi les joueurs dans cette situation, arrivera toujours le moment ou quelqu'un finira par gagner une seconde fois. Et cette sorte de distorsion cognitive qui accompagne chaque événement extraordinaire mais néanmoins appelé statistiquement à apparaître finira par le rendre surnaturel alors qu'il n'en est rien. Voila qui ne manquera pas de satisfaire un esprit imprégné de rationalité comme le mien et les croyants en une sorte de baraka qui entourerait certaines personnes en resteront pour leurs frais.

 

..................

 

Vol Lyon-Londres de la British Airways, un certain jour du mois d'août. Un petit bout de femme se fraye un chemin dans le couloir de l'Airbus en croisant l'hôtesse distribuant notre en-cas (un sandwich industriel à la dinde) afin d'accéder aux toilettes. Anne me fait remarquer : "on dirait Jeannie Longo". Je lui réponds avec effronterie : "et moi je suis la reine d'Angleterre !.." mais quand même un peu troublé tant il est vrai que la dame ressemble fort à notre cycliste vétérane nationale. Et je serai amené à manger mon chapeau quand, à la réception des bagages de l'aéroport d'Heathrow, je la verrai s'emparer d'un bizarre paquet tout plat, emballé dans une housse noire.

 

Un vélo... Bigre !

 

..................

 

Gare TGV de Valence, lundi de la semaine dernière. Le train est prêt à prendre son départ quand une petite dame toute fluette arrive en courant pour s'engouffrer dans un wagon de première.

 

L'impression est fugitive, mais je me demande immédiatement : "où ai-je donc vu cette personne, récemment ?"; Et puis " elle ressemble à... à..." Et puis : " Bon dieu mais c'est bien sûr, c'est ... Jeannie Longo".

 

Ceci m'a troublé, je dois dire. Comment expliquer cette double apparition en l'espace d'un mois alors que je n'avais jamais rencontré Jeannie Longo auparavant ? Ceci paraissant du même tonneau que de gagner deux fois de suite au loto...

 

Et puis, pas plus tard qu'hier, Anne (qui enseigne une discipline scientifique et est donc pourvue d'un esprit rationnel au plus haut point) m'a fait remarquer que les prochains Jeux Olympiques se déroulaient à Londres, ce qui explique que certains compétiteurs puissent dès maintenant se déplacer là-bas, par exemple pour reconnaître le parcours. Et je me suis également souvenu que ladite dame habitait aux environs de Grenoble et que la gare TGV de Valence constituait donc le point le plus naturel pour se rendre à Paris afin de rallier ensuite... Londres, au hasard.

 

Sans oublier que nous nous sommes établis dans la région voici un an tout juste.

 

Élémentaire, mon cher Watson !

 

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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 11:09

Vesta

 

Je suis heureux de commenter deux événements qui ne font pas franchement le buzz par les temps qui courent mais qui continuent néanmoins à susciter mon émerveillement.

 

Vesta (ci-dessus) :

La sonde Dawn, lancée le 27 Septembre 2007, s'est mise en orbite autour de l'astéroïde Vesta en juillet 2011 avant un départ prévu en juillet 2012 pour Cérès, un autre (et le plus massif) de ces planétoïdes, qu'elle atteindra en février 2015.

 

Actuellement, Dawn se rapproche progressivement ("spiralling down") de la surface de Vesta, à partir d'une altitude initiale de 2400 km jusqu'à 180 km dans les semaines à vinir, ce qui nous vaut ces images spectaculaires de sa surface, avec un degré de précision appelé à aller croissant.

 

Ces images sont visibles sur le site du Jet Propulsion Laboratory pour qui s'intéresserait au sujet.

 

Sur ce corps patatoïdal de 560 x 544 x 454 km de diamètre, naviguant quelque part entre Mars et Jupiter, un homme de 70 kg ne pèserait plus que l'équivalent de 1,6 kg et pourrait se déplacer par bonds gigantesques. Un avion type Airbus, une fois la phase décollage passée, atteindrait une vitesse suffisante pour se satelliser et poursuivre indéfiniment sa trajectoire, tous moteurs coupés.

 

La Lune (ci-dessous) :

Avec cette image prise par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter qui tourne en rase-motte autour de notre satellite naturel depuis le mois de juin 2009, et met en évidence, avec une grosse dose de nostalgie, la trace de la mission Apollo 17 (module de descente du LEM visible en agrandissement sur l'encadré).

 

Apollo 17

© Nasa/GSFC/Arizona State Univ./LRO

Par ErMa - Publié dans : Explorer - Communauté : images du monde
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