Bourg-Saint-Andéol, dernière semaine de l'année 2011, BSA pour certains, Bourg pour les autochtones.
Cette petite ville provençale juchée sur les premiers contreforts de l'Ardèche fait face au Rhône et domine la vaste plaine du Tricastin. Elle porte beau les reliques d'une certaine renommée maintenant passée.
C'est le soir. La nuit est venue. Un réseau de guirlandes bleues scintillantes inonde le ciel de lumière et camoufle la lueur vacillante des étoiles. Nous avons
quitté l'hôtel "Le clos des oliviers", dont nous devons être les seuls occupants, à la recherche d'un troquet pour boire une bière. Nous arpentons des ruelles désertées, balayées par les
bourrasques d'un mistral glacial, longeons d'anciennes demeures au prestige désormais très discret abritant le siège d'associations ou d'administrations diverses, parvenons à l'église un peu plus
loin, dont j'ai entendu dire qu'elle abritait un sarcophage en marbre blanc : celui du malheureux quidam venu évangéliser la région et dont Septime-Sévère (le bien nommé) ordonna le martyre en
l'an deux cent huit.
La brasserie dans laquelle nous nous réfugions, et dont j'ai oublié le nom, est faiblement chauffée. Tandis que je sirote une Affligem de Noël en grelottant, mon regard est capturé par quelque chose extrêmement étrange. A quelque mètres de moi, placé devant le bar, un traditionnel baby-foot qui fit le délice de mes années lycée, un de ces objets qui constitue un personnage à part entière du roman "le club des incorrigibles optimistes", que j'ai eu le plaisir de savourer avec délectation il n'y a pas si longtemps. Mais un exemplaire irrémédiablement, indéfectiblement différent et qui me plonge dans un abîme de perplexité. Les habituels joueurs bleus et rouges enchâssés sur des barres chromées, oui... Le meuble à la forme familière, bien kitsch, carrossé un peu à la façon d'une voiture américaine des années cinquante, OK. La pelouse en linoléum vert pastel rayé de blanc, soit,... mais sinon... pas de lignes arrières, pas de demis, un goal et les trois avants, quatre barres au lieu de huit dans une table à la taille étrangement réduite. Un baby-foot, de la marque Bonzini, comme il se doit, mais nain, un Bonzini bonzai...
Vertige. Nous sortons, remontons l'artère principale qui du Rhône rejoint la Place du Champ de Mars, débouchons sur la rue du Dieu Mithra. Un peu plus loin, en descendant vers un petit vallon encaissé dans lequel coule une rivière murmurante, il y a, je me souviens, un vieux lavoir imbriqué dans un ensemble de vieilles bâtisses de pierre. Pas loin d'ici, pour qui sait bien chercher, gravé dans une falaise de calcaire se cache un bas relief du dieu Mithra, patiné par le temps.
Oui, ceci n'est pas très connu, mais le dieu né de la pierre, qui sacrifia le taureau primordial fut l'objet d'un culte très vivace au cours des quatre premiers siècles de notre ère. Particulièrement implanté chez les soldats de l'armée romaine, il alla jusqu'à devenir un concurrent du christianisme... Cet avatar lointain du zoroastrisme véhiculant l'histoire de l'origine du monde aurait donc laissé sa trace ici ?
En marchant, je m'abandonne à rêver si... si le monde avait basculé... si Mithra avait supplanté Jésus... si toute cette histoire abordée dans le cycle imaginé par Rachel Tanner s'était en fait incarnée...
Mais non. La ruelle est sombre, Les lampadaires projettent le long des murs des ombres démesurées et je ne vois personne. Décembre 2011 se termine en pente douce avec ce curieux sentiment d'apesanteur. Comment dire ? L'impression d'être ailleurs. Quelque chose rappelant la sensation éprouvée à la lecture de ces très curieux romans de Valerio Evangelisti : les aventures de Nicolas Eymerich, grand inquisiteur devant l'éternel, homme tourmenté et détective hors pair évoluant dans un univers subtilement surnaturel.
L'inquisiteur général d'Aragon va-t-il apparaître devant moi, surgissant d'un porche obscur pour me soumettre à la question ? Cette idée m'effleure, sans plus. Car maintenant c'est une autre impression qui m'investit, allez-savoir pourquoi, peut-être inspirée par la noblesse et l'élégance des lieux. Celle de me mouvoir dans un roman de Jacques de Bourbon Busset. Ah, le charme un peu suranné de cet écrivain issu d'une famille de la grande noblesse française... belle langue, cohérence et équilibre...
Faut-il des circonstances particulières : état particulier de relâchement ? fatigue causée par un certain manque de sommeil ? intrusion de quelque chose
d'inhabituel dans le champ de notre conscience ? pour arriver en un soir à convoquer tant de souvenirs ?
Retour à l'hôtel, fin de la promenade. Nous avons tous décidément besoin de nous raconter des histoires.
"Sexus politicus" de Christophe Deloire & Christophe Dubois - J'ai Lu.
Il était question il n'y a pas
si longtemps d'une personne, un "quinquagénaire dans l'industrie" ayant


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