Stalker
... ou mon expérience du cinéma d'auteur soviétique.
Ayant beaucoup aimé Solaris de Tarkovski, j'avais fini par acheter le DVD d'un autre film du même réalisateur : Stalker (évalué à TTTT dans le "guide du cinéma chez soi de Télérama", donc génial, forcémént génial). Je n'avais pour l'instant jamais estimé être dans un état de concentration suffisant pour apprécier un tel chef d'oeuvre - sorti en 1979 dans l'URSS de Brejnev - à sa juste valeur, et ledit DVD sommeillait dans une anfractuosité de ma bibliothèque. Hier donc, enfin, j'ai eu LE sursaut, je me suis estimé paré désormais pour cette expérience.
J'ouvre la jaquette, elle contient contient deux DVD, le film étant divisé en deux parties. Bien... J'aurai donc droit à une mi-temps pour assimiler les messages.
Bien calé dans mon fauteuil, je guette la première séquence. Ouverture sur un bruit de gouttes qui tombent. Noir absolu sur l'écran. Ça c'est du Tarkovski... Le génie. Immédiat, et à l'état brut : quelle métaphore plus appropriée que l'obscurité totale pour exprimer l'au delà de l'image, il fallait y penser ! «l'image n'est pas une quelconque idée exprimée par le réalisateur, mais tout un monde miroité dans une goutte d'eau» a dit, me semble-t-il, le Maître. Décidément, le film s'annonce sous les meilleures auspices... Et ça dure... Bravo ! Oui, voilà le moyen définitif d'exprimer l'ineffable ! Anne, qui avoue avoir un peu de mal à partager mon émoi esthétique, commence à trouver ça long et entreprend de farfouiller derrière le téléviseur... Le câble de liaison avec le lecteur DVD était mal branché... Après remise en service, toute honte bue de ma part, retour de l'image. Ambiance d'une glauquitude extrême, un homme, le regard fatigué, s'extrait de son lit. C'est le Stalker, un être simple (vous ? moi ?), une sorte de G.O. qui fait visiter à qui veut la Zone, une étendue mystérieuse peut-être créée par la chute d'un météorite. Il doit être vraiment fatigué, car il en met du temps, à se lever... Il regarde l'écran d'un air pénétrant. Effet de lumière. Sa femme, qui n'a pas l'air d'apprécier son départ, se jette par terre en se tordant, dans des gestes d'une théâtralité sublime. Allons bon... Les scènes suivantes montrent le Stalker avec lequel nous venons de faire connaissance partir à la recherche de deux autres personnes, l'Ecrivain et le Scientifique qui - les initiés l'auront immédiatement deviné - jouent un rôle symbolique puissant. Ils errent dans espace mi-terrain vague, mi-friche industrielle, puis, chevauchant une draisine miraculeusement apparue par là (pourquoi une draisine, il doit y avoir un message fort la dessous), partent en direction de la Zone...
Séquence suivante (1/2 heure). Ces messieurs sont dans un champ envahi par les mauvaises herbes, au loin quelques ruines. Ils discutent. Le permier disque s'achève en eau de boudin alors que ma perplexitude a cru exponentiellement. Avec sagesse, je décide de remettre le deuxième disque au lendemain.
Le jour d'après, me revoilà fidèle au poste devant la télé, armé de courage, et bien décidé à venir à bout de ce monument.. Petit moment de doute, car la suite s'annonce un peu plus coriace : 92' contre 63'. Dès les premières minutes, on reste dans le ton : ça discute, ça pérore, ça philosophe dans des ambiances de sous-sols défoncés. Les trois compères sont souvent étendus par terre, vautrés dans la boue (il doit y avoir un message derrière : éloge de l'homme faible ? de la terre nourricière ?) puis se relèvent et d'un ton pénétré nous assènent des sentences dont celle-ci par exemple : "l'homme, en venant au monde, est faible et souple. Quand il meurt, il est fort et dur... La dureté et la force sont les compagnons de la mort". Arrivés dans "la chambre des désirs", l'endroit ultime, où ces messieurs vont se révéler à eux-mêmes et accéder à leur désirs, l'Ecrivain y déniche une couronne d'épines (sic) et le Savant... une bombe atomique qu'il se met à tripatouiller dangereusement. Décidément ça symbolise à tout va. Puis, pschitt, plus rien, et, inexplicablement, on se trouve soudain projeté à la case départ. On voit l'Ecrivain et le Scientifique comme si rien ne s'était passé boire une bière dans un bar, tandis que le Stalker est désespéré (il y a à coup sûr une vérité essentielle la-dedans). Plan de fin : une petite fille (celle du Stalker ?) regarde fixement des verres qui se mettent à bouger pendant qu'on entend un train passer sur fond de ... Marseillaise, comme au début du film ?! Là, j'avoue, au risque de passer pour un demeuré : rien compris.
Je suis donc ressorti psychologiquement exténué de le vision ce "chef-d'oeuvre intemporel". Parti avec une grande dose de bienveillance, j'ai progressivement bifurqué vers la perplexité, puis l'ennui, pour terminer par une mauvaise humeur non dissimulée. Faut quand même pas pousser... Au final, si cette oeuvre est pétrie de bonnes intentions, et effleure à priori des thèmes importants, c'est au bout du compte lent (surtout), phraseur, artificiel, prétentieux, et proche de l'imposture intellectuelle. Le Monde a changé depuis, et l'intérêt majeur de ce film hors de la réalité, et témoin d'une époque, est qu'il semble annoncer de façon saisissante la décrépitude de l'Empire Soviétique.
J'ouvre la jaquette, elle contient contient deux DVD, le film étant divisé en deux parties. Bien... J'aurai donc droit à une mi-temps pour assimiler les messages.
Bien calé dans mon fauteuil, je guette la première séquence. Ouverture sur un bruit de gouttes qui tombent. Noir absolu sur l'écran. Ça c'est du Tarkovski... Le génie. Immédiat, et à l'état brut : quelle métaphore plus appropriée que l'obscurité totale pour exprimer l'au delà de l'image, il fallait y penser ! «l'image n'est pas une quelconque idée exprimée par le réalisateur, mais tout un monde miroité dans une goutte d'eau» a dit, me semble-t-il, le Maître. Décidément, le film s'annonce sous les meilleures auspices... Et ça dure... Bravo ! Oui, voilà le moyen définitif d'exprimer l'ineffable ! Anne, qui avoue avoir un peu de mal à partager mon émoi esthétique, commence à trouver ça long et entreprend de farfouiller derrière le téléviseur... Le câble de liaison avec le lecteur DVD était mal branché... Après remise en service, toute honte bue de ma part, retour de l'image. Ambiance d'une glauquitude extrême, un homme, le regard fatigué, s'extrait de son lit. C'est le Stalker, un être simple (vous ? moi ?), une sorte de G.O. qui fait visiter à qui veut la Zone, une étendue mystérieuse peut-être créée par la chute d'un météorite. Il doit être vraiment fatigué, car il en met du temps, à se lever... Il regarde l'écran d'un air pénétrant. Effet de lumière. Sa femme, qui n'a pas l'air d'apprécier son départ, se jette par terre en se tordant, dans des gestes d'une théâtralité sublime. Allons bon... Les scènes suivantes montrent le Stalker avec lequel nous venons de faire connaissance partir à la recherche de deux autres personnes, l'Ecrivain et le Scientifique qui - les initiés l'auront immédiatement deviné - jouent un rôle symbolique puissant. Ils errent dans espace mi-terrain vague, mi-friche industrielle, puis, chevauchant une draisine miraculeusement apparue par là (pourquoi une draisine, il doit y avoir un message fort la dessous), partent en direction de la Zone...
Séquence suivante (1/2 heure). Ces messieurs sont dans un champ envahi par les mauvaises herbes, au loin quelques ruines. Ils discutent. Le permier disque s'achève en eau de boudin alors que ma perplexitude a cru exponentiellement. Avec sagesse, je décide de remettre le deuxième disque au lendemain.
Le jour d'après, me revoilà fidèle au poste devant la télé, armé de courage, et bien décidé à venir à bout de ce monument.. Petit moment de doute, car la suite s'annonce un peu plus coriace : 92' contre 63'. Dès les premières minutes, on reste dans le ton : ça discute, ça pérore, ça philosophe dans des ambiances de sous-sols défoncés. Les trois compères sont souvent étendus par terre, vautrés dans la boue (il doit y avoir un message derrière : éloge de l'homme faible ? de la terre nourricière ?) puis se relèvent et d'un ton pénétré nous assènent des sentences dont celle-ci par exemple : "l'homme, en venant au monde, est faible et souple. Quand il meurt, il est fort et dur... La dureté et la force sont les compagnons de la mort". Arrivés dans "la chambre des désirs", l'endroit ultime, où ces messieurs vont se révéler à eux-mêmes et accéder à leur désirs, l'Ecrivain y déniche une couronne d'épines (sic) et le Savant... une bombe atomique qu'il se met à tripatouiller dangereusement. Décidément ça symbolise à tout va. Puis, pschitt, plus rien, et, inexplicablement, on se trouve soudain projeté à la case départ. On voit l'Ecrivain et le Scientifique comme si rien ne s'était passé boire une bière dans un bar, tandis que le Stalker est désespéré (il y a à coup sûr une vérité essentielle la-dedans). Plan de fin : une petite fille (celle du Stalker ?) regarde fixement des verres qui se mettent à bouger pendant qu'on entend un train passer sur fond de ... Marseillaise, comme au début du film ?! Là, j'avoue, au risque de passer pour un demeuré : rien compris.
Je suis donc ressorti psychologiquement exténué de le vision ce "chef-d'oeuvre intemporel". Parti avec une grande dose de bienveillance, j'ai progressivement bifurqué vers la perplexité, puis l'ennui, pour terminer par une mauvaise humeur non dissimulée. Faut quand même pas pousser... Au final, si cette oeuvre est pétrie de bonnes intentions, et effleure à priori des thèmes importants, c'est au bout du compte lent (surtout), phraseur, artificiel, prétentieux, et proche de l'imposture intellectuelle. Le Monde a changé depuis, et l'intérêt majeur de ce film hors de la réalité, et témoin d'une époque, est qu'il semble annoncer de façon saisissante la décrépitude de l'Empire Soviétique.