Rencontre avec un prix Nobel

Publié le par ErMa

Jeudi dernier, conférence de Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie 1987  sur le thème de "la chimie et la vie".

L'audience : une grande majorité de scolaires et un nombre  certes plus limité mais raisonnable d'amateurs éclairés, ce qui au bout du compte permettait presque de emplir la grande salle du relais culturel. Pas si mal que ça donc, en cette époque marquée par un scepticisme grandissant voire de la défiance par rapport à tout ce qui concerne la science.

Par delà la légitime fierté de voir en vrai un Prix Nobel Français, on aura été rapidement captivé par l'exposé, qui développe le principe selon lequel la nature est douée de facultés d'auto-organisation surprenantes mises en oeuvre dès la création du Monde. La conférence  débutait donc comme il se doit par une diapo représentant schématiquement  les différentes étapes de l'évolution de l'Univers depuis le Big-Bang originel jusqu'à l'apparition de l'être pensant et doué de conscience : l'Homme, en effleurant au passage une question fascinante : qu'y aura-t-il après ?

Le domaine dans lequel le Professeur Lehn a consacré sa vie de chercheur concerne la chimie supra-moléculaire : au delà des classiques liaisons entre atomes, certaines structures peuvent développer entre elles des interactions tendant à constituer des composés de plus en plus complexes : cages, hélices, clés & serrures,... Ceci est à la base d'une discipline totalement nouvelle, et dont on entend relativement peu parler mais très prometteuse en ce qui concerne des applications potentielles pour améliorer notre vie de tous les jours.

L'exposé de une heure environ s'est achevé en apothéose par une photo de l'épitaphe inscrite sur la tombe de David Hilbert à Göttingen :

wir mussen wissen, wir werden wissen (*).

La partie questions-réponses qui s'en est ensuivie était particulièrement instructive. J'attendais avec  grande impatience l'opinion de cette personnalité éminente sur un certain nombre de sujets de société qui ne manqueraient pas de sortir. Je cite ci-dessous trois exemples assez représentatifs de l'échange. 

Q : Que pensez-vous des OGM ?
R (en trois éléments, que je retranscris librement) :
1) ce terme ne veut pas dire grand chose, tout ce qui est naturel est aussi OGM, puisque la nature s'est elle-même chargée de modifier génétiquement toutes les espèces depuis la nuit des temps.
2) il ne faut pas mélanger l'aspect scientifique et l'aspect économique : politique de MONSANTO, etc,...
3) que vaut-il mieux : donner du riz doré OGM pour éviter de faire mourir de faim  des pays du tiers-monde ou refuser cette possibilité parce que certains en occident ont décidé que c'était MAL ?

Q : Quel est le concepteur (Dieu ?) derrière tout tout ça ?
R : Dieu n'a rien à voir dans tout ça.

Q : Que pensez-vous du principe de précaution ?
R (en forme de parabole) : une personne veut traverser la route. Situation habituelle : elle jette un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche et elle traverse. Principe de précaution : elle reste du même côté.

Totalement impertinent, voire carrément politiquement incorrect en ces temps où la bien-pensance officielle véhiculée par les médias nous intime de rejeter tout ce qui concerne la technique (forcément mauvaise, polluante et dangereuse) et les scientifiques (arrogants, ça tombe sous le sens).

Un grand moment donc.



(*) nous devons savoir, nous saurons.


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