La tyrannie de la pénitence

Publié le par ErMa

"La tyrannie de la pénitence" de Pascal Bruckner - Le Livre de Poche.

Nous sommes habités depuis 1945 par les "tourments de la repentance". Ayant inventé au siècle dernier toutes les abominations possibles et imaginables, nous entretiendrions avec ténacité le feu sacré du remords, afin de nous maintenir dans cet état délectable de contrition permanente qui ne serait en fait que le visage de l'abdication et du renoncement..


Pendant 250 pages, nous avons droit à une délectation morose et masochiste, dans la ligne des éditoriaux du Figaro Magazine. La mortification, l'auto-flagellation, la culpabilité sont passées en revue dans une rumination interminable qui, in fine, contribue à alimenter plus qu'à dénoncer les tares dont nous sommes sensés être l'objet : la haine de nous-même, le goût de la souffrance, la propension à nous ériger en victimes, la culpabilité que nous nourrissons quant à notre "héritage colonial".  Ce qui nous vaudrait la tentation de reconstruire l'histoire sur la canevas universel de la shoah, singularité européenne, dont nous serions les deus ex machina.

Même si on perçoit sans peine dans les propos de l'auteur un large fond de vérité, cette délectation sans bornes sur notre impuissance mise en parallèle avec l'admiration d'une Amérique au faîte de sa grandeur et de sa vitalité a quelque chose d'agaçant :  on a envie, au bout de 50 pages, de déclarer forfait, et de crier à Pascal Bruckner "n'en jetez plus, et dites ce que vous proposez".
 
Et c'est là un peu le problème. Car cet essai manque pour moi singulièrement de recul. Certes, la construction, ne manque pas d'élégance, sur le mode intello-chic bien de chez nous,  avec un auteur qui convoque par moments des exemples sortis du chapeau pour renforcer la thèse. Mais à vouloir dénoncer nos tares de façon intransigeante,  il reste le cul entre deux chaises, englué sous l'emprise d'un monde bien à lui, l'Europe et la France en particulier, en se nourrissant de ce qu'il prétend dénoncer. En ce sens, Pascal Bruckner n'est qu'un Français parmi tant d'autres, peut-être un peu schizophrène, mais à coup sûr habité des mêmes faiblesses que nos concitoyens.

Je n'aimerais pas avoir Pascal Bruckner pour médecin. Il excelle dans l'art de détecter et analyser les symptômes, avec une réelle empathie pour son patient. Mais en ce qui concerne les remèdes, on est prié d'aller chercher ailleurs. Pour être crédible, un tel ouvrage aurait mérité d'être résolument tourné de l'autre côté (de l'Atlantique), celui de gens qu'il n'est pas interdit de respecter, des cousins à la fois proches et éloignés, qui ne sont pas câblés comme nous. Alors là j'aurais été en droit d'attendre une deuxième partie au moins aussi longue que la première et qui se serait intitulée :

... so what, alors que fait-on maintenant ?

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