Vingt ans au soleil du Temple

Publié le par ErMa

"Vingt ans au soleil du Temple" de Charles Dauvergne - Desclée de Brouwer.

Disons-le tout de suite : voici un livre qui met particulièrement mal à l'aise. Mais pas pour les raisons que j'imaginais. Je m'attendais à l'analyse d'un processus d'asservissement, de mise en coupe réglée d'un individu initialement normal par la puissance destructrice et organisée d'une secte, et non des moindres, puisque celle-ci conduisit au suicide collectif d'un certain nombre de ses adeptes.

Ce n'est pas exactement de ça qu'il s'agit : ici il est en fait question d'une névrose, celle de son auteur, dont on suit pas à pas le développement : un enfermement, la chute d'un esprit initialement un peu dérangé, qui, au contact de confrères encore plus dérangés que lui va sombrer encore plus avant dans l'abîme.

Ce livre est sinistre. C'est l'histoire d'une régression implacable dans un univers délirant, régi par la seule règle de liturgies sans aucun sens pour le commun des mortels : Templiers, Rose-Croix,  Ordres bizarres, personnages évanescents, structures gigognes,  pseudo-dignitaires avançant masqués, illusions organisées, artifices divers, ésotérisme de pacotille avec déguisements abracadabrantesques (mais auquels tous croient ou font semblant de croire) : comme si l'auteur se fuyait lui-même, pour meubler le vide insondable qui s'ouvrait sous ses pieds.

Un détail qui me semble à la réflexion essentiel a finalement attiré mon attention et agi comme un révélateur : l'auteur a épousé une membre de la secte, a eu avec elle deux enfants, et pas plus de dix lignes leur sont consacrées dans les 200 pages du livre. Rien non plus sur le monde du dehors, le monde réel : oui, celui avec le vent qui souflle, les odeurs, les actus, la beauté d'un paysage, la chaleur d'un regard extérieur, le bruit d'un rire. Non. Rien de tout ça. Juste l'histoire de ces ruminations mortifères.

"La vraie vie est ailleurs" disait Rimbaud. Ouf...

 

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