Ô vanité...

Publié le par ErMa

Pèlerinage annuel à Epinal pour rendre une visite à ce festival sur les "mondes de l'imaginaire". En clair, SF et Fantasy, avec suffisamment de bons auteurs présents pour que je me décide à prendre une journée de congés pour assister à ces fameux débats sur des thèmes un peu pipô, mais qui présentent l'intérêt incomparable de voir en vrai des grands écrivains et essayer de comprendre comment ils fonctionnent et d'où leur vient leur imagination débridée.

J'avais choisi le jeudi, car ce jour il y avait possibilité d'assister à un déjeuner-débat avec Andreas Eschbach, un écrivain que je révère, auteur du remarquable "des milliard de tapis de cheveux", paru aux éditions l'Atalante il y a une bonne dizaine d'années.

Me voilà donc présent au rendez-vous à midi au café-restaurant "La côte de boeuf" en attendant de discuter avec l'illustre personnage. A l'heure dite, il s'est présenté, discret, flegmatique, presque timide, accompagné d'une dame dont le nom m'échappe, mais  qui s'est avérée être l'auteure
apparemment très connue d'oeuvres pour la jeunesse, ayant tiré à grand nombre d'exemplaires.

A ma grande surprise, seulement sept personnes étaient présentes au repas dont... deux festivaliers : votre serviteur et une nana d'apparence sympa quoique pas très bavarde, les deux écrivains en question et trois individus survoltés. L'un d'entre eux, mince, costard noir, à peu près mon âge, s'est assis sur un quart de fesse à mes côtes, il m'a négligemment demandé qui j'étais, s'attendant à voir en moi une personnalité éminente venue rendre une visite incognito, bref quelqu'un de son niveau. Hélas,... il m'a fallu me résoudre à lui avouer que je n'étais qu'un simple festivalier, un touriste lambda... Il m'a regardé avec bienveillance et s'est présenté comme directeur du festival. Par politesse, je me suis risqué à prolonger l'échange en le questionnant sur l'audience : avait-elle progressé ces dernières années ? Et d'ailleurs, comment la mesurait -on ? Je pense que j'ai dû proférer une insanité, ou du moins quelque chose d'incongru dans le monde de la Kulture, car  il m'a regardé comme si je venais de la planète Mars et s'est lancé dans un discours véhément dont j'ai compris en substance qu'il n'en savait rien. Ma question était après tout sûrement idiote, car que vaut l'audience quand la Kulture gouverne le monde ? L'élite dont il est,  naturellement, donne le tempo, et les masses suivent, c'est bien connu. Puis, maintenant renseigné sur l'insignifiance de ma propre personne, il ne s'est plus intéressé à moi, pas plus qu'aux deux auteurs qui étaient quand même censés constituer l'attraction principale, pour se lancer dans une conversation apparemment d'un intérêt stratégique majeur avec sa collaboratrice en face de lui.

Quant à la troisième personne, il devait s'agir d'une adjoindre à la Kulture de la mairie d'Epinal, ou quelque chose comme ça. Aux questions qu'elle posait, il aparaissait évident qu'elle n'avait aucune idée de qui était Andreas Eschbach. Toujours soucieux d'être poli, j'ai engagé une conversation avec la dame. Quelle était l'activité économique d'Epinal ? ai-je demandé, question  qui a semblé déstabiliser mon interlocutrice. De l'explication confuse qui s'est ensuivie, dans laquelle j'ai happé aux passage quelque mots en ordre dispersé : "pépinière d'entreprises", "entrepreneuriat", etc,... j'ai fini par comprendre qu'elle ne savait pas trop, mais qu'il s'agissait  probablement de l'hôpital. J'ai renoncé à demander à la dame comment était financée la Kulture si les entreprises qui brillaient par leur absence ne crachaient pas au bassinet, mais je dois le reconnaître, j'ai été lâche, j'ai abandonné. 


Des personnages très très importants, donc, ou du moins se considérant comme tels. Importants et très speed, ils ont convoqué la serveuse, se sont fait servir avant tout le monde, prétextant un emploi du temps surchargé et un rendez-vous urgent. Il ont donc englouti leur repas à la vitesse grand V, puis se sont esquivés en abandonnant un ticket prépayé (par qui ?) sur le comptoir, alors que mon steak (et celui d'Andreas Eschbach) arrivaient tout juste sur la table.

Le reste du repas a été heureusement plus à la hauteur de mes espérances. J'ai eu le  privilège et le bonheur d'interroger ces deux écrivains, d'apprendre quelles étaient leurs sources d'inspiration, leurs thèmes de prédilection, leur façon d'écrire, d'organiser leur temps, etc,...  Leurs réponses mériteraient amplement un deuxième article que je vais peut-être (sans doute ?)  écrire, mais ceci m'écarterait de mon propos.

Même si la première moitié de ce repas n'a pas été celle que j'attendais, elle est quand même riche d'enseignements. Mais comme je suis un gars genre paisible et courtois (du moins j'essaye...), je n'irai pas plus loin.

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