Un balcon en forêt
"Un balcon en forêt" de Julien Gracq - José Corti. Avis aux amateurs. Il ne se passe rien (ou presque) durant les 252 pages du récit. Tout est donc question d'atmosphère, comme semble donc l'augurer l'apparence du livre : éditeur condidentiel (auquel Julien Gracq restera fidèle toute sa vie), couverture blanche, aspect un brin hiératique, pages non massicotées, qu'il faut prendre bien soin de séparer avec un couteau très tranchant. Exercice difficile, en quelque sorte un échauffement, une mise en condition avant d'aborder la lecture.
Car un roman de Julien Gracq, ça se mérite, et je dois avouer d'ailleurs que je m'étais laissé un peu aller ces derniers temps, puisque le marque-page étant resté obstinément scotché aux alentours de la page 60. Mais un récent voyage en train m'a finalement donné l'occasion d'en venir à bout.
L'histoire se déroule en 1939 dans les Ardennes françaises. La guerre a été déclarée, mais rien ne s'est encore passé. L'aspirant Grange est installé dans un fortin au beau milieu de la forêt. A la tête d'un détachement de quelques hommes, relié de façon lâche et épisodique au poste de commandement resté dans la vallée, il attend le déclenchement des hostilités.
Voilà, c'est tout. Tout l'univers de l'auteur y est. L'attente. La frontière. Une sorte d'entre-deux-mondes, l'impression de choses en suspens qui se manifeste à notre perception par une succession de signes subtils indiquant l'imminence d'une menace pourtant difficile à cerner, à croire que la "drôle de guerre" n'ait été inventée que pour Julien Gracq puisse la raconter.
Cet ouvrage ressemble donc de façon assez frappante au "Rivage des Syrtes", auquel il a succédé à 7 ans d'intervalle (1958 contre 1951), même si cette fois-ci le cadre du récit est bien délimité dans l'espace et le temps, a contrario du royaume d'Orsenna dans le roman précédent, ce qui peut sembler d'une certaine manière paradoxal, tant l'Eden pastoral dans lequel nous nous promenons semble revêtir un aspect intemporel.
Soit. Mais ce qui continue de me subjuguer, c'est l'écriture. Le rythme, la justesse du vocabulaire, l'acuité de la perception magnifiée par le choix des mots : "mots-climat" destinés à provoquer un ébranlement vibratile, "mots-nourriture" plus compacts, alimentant notre imaginaire, convoquées dans le texte selon une petite musique sous-jacente, jamais répétés, se répondant les uns aux autres, tout cela contribue à agir sur l'esprit de façon quasi-hypnotique.
Envoûtant.
Car un roman de Julien Gracq, ça se mérite, et je dois avouer d'ailleurs que je m'étais laissé un peu aller ces derniers temps, puisque le marque-page étant resté obstinément scotché aux alentours de la page 60. Mais un récent voyage en train m'a finalement donné l'occasion d'en venir à bout.
L'histoire se déroule en 1939 dans les Ardennes françaises. La guerre a été déclarée, mais rien ne s'est encore passé. L'aspirant Grange est installé dans un fortin au beau milieu de la forêt. A la tête d'un détachement de quelques hommes, relié de façon lâche et épisodique au poste de commandement resté dans la vallée, il attend le déclenchement des hostilités.
Voilà, c'est tout. Tout l'univers de l'auteur y est. L'attente. La frontière. Une sorte d'entre-deux-mondes, l'impression de choses en suspens qui se manifeste à notre perception par une succession de signes subtils indiquant l'imminence d'une menace pourtant difficile à cerner, à croire que la "drôle de guerre" n'ait été inventée que pour Julien Gracq puisse la raconter.
Cet ouvrage ressemble donc de façon assez frappante au "Rivage des Syrtes", auquel il a succédé à 7 ans d'intervalle (1958 contre 1951), même si cette fois-ci le cadre du récit est bien délimité dans l'espace et le temps, a contrario du royaume d'Orsenna dans le roman précédent, ce qui peut sembler d'une certaine manière paradoxal, tant l'Eden pastoral dans lequel nous nous promenons semble revêtir un aspect intemporel.
Soit. Mais ce qui continue de me subjuguer, c'est l'écriture. Le rythme, la justesse du vocabulaire, l'acuité de la perception magnifiée par le choix des mots : "mots-climat" destinés à provoquer un ébranlement vibratile, "mots-nourriture" plus compacts, alimentant notre imaginaire, convoquées dans le texte selon une petite musique sous-jacente, jamais répétés, se répondant les uns aux autres, tout cela contribue à agir sur l'esprit de façon quasi-hypnotique.
Envoûtant.