Hurtigruten 4 | Îles Lofoten

Entendu dans un demi-sommeil un haut parleur annoncer que nous avions franchi le cercle polaire.
Un peu plus tard une escale est annoncée à Ørnes. A chasser la lumière, la nuit (ou plutôt la période de sommeil) a été courte et il est un peu difficile d'émerger. J'écarquille à grand peine les yeux devant de gros nuages noirs et lourds qui drapent un ciel bleu profond habillant la mer de teintes plombées. Face à moi, une chaîne de montagnes sombres, austère et silencieuse. On aperçoit plusieurs glaciers qui dévalent vers la mer. C'est fabuleux et inattendu, grandiose et en même temps presque un peu... inquiétant.
Le Trollfjord fait donc une courte halte à Ørnes, si courte qu'il n'est pas question de débarquer, juste le temps de prendre définitivement pied dans le monde réel en s'imprégnant de cette ambiance inattendue et particulière, et nous voilà déjà repartis. Le navire longe toujours ce massif. Le ciel s'éclaircit, les mêmes montagnes, revêtues de vert, s'étirent vers les lointains, le soleil maintenant visible dessine à leur surface des ombres veloutées, révélant leur texture (des thuyas ? des pins ?).
En début d'après-midi, escale à Bodø, ville moderne et sans relief, sans charme particulier, presque totalement détruite lors de la dernière guerre et depuis reconstruite. Tout juste peut-elle se targuer d'abriter une sorte de cathédrale moderne style design scandinave 50s, aux formes acérées. Sur le port ,un navire en piteux état achève de rouiller. Sa coque bleue arbore le nom : "Canlill", peint grossièrement en blanc par dessus l'ancien, que je déchiffre laborieusement : "Courier". Je revois les fulgurances du capitaine Haddock dans "le crabe aux pinces d'or" reconnaissant le Karaboudjan, chargé d'opium, sous l'apparence du Djebel Amilah.
Un peu plus tard une escale est annoncée à Ørnes. A chasser la lumière, la nuit (ou plutôt la période de sommeil) a été courte et il est un peu difficile d'émerger. J'écarquille à grand peine les yeux devant de gros nuages noirs et lourds qui drapent un ciel bleu profond habillant la mer de teintes plombées. Face à moi, une chaîne de montagnes sombres, austère et silencieuse. On aperçoit plusieurs glaciers qui dévalent vers la mer. C'est fabuleux et inattendu, grandiose et en même temps presque un peu... inquiétant.
Le Trollfjord fait donc une courte halte à Ørnes, si courte qu'il n'est pas question de débarquer, juste le temps de prendre définitivement pied dans le monde réel en s'imprégnant de cette ambiance inattendue et particulière, et nous voilà déjà repartis. Le navire longe toujours ce massif. Le ciel s'éclaircit, les mêmes montagnes, revêtues de vert, s'étirent vers les lointains, le soleil maintenant visible dessine à leur surface des ombres veloutées, révélant leur texture (des thuyas ? des pins ?).
En début d'après-midi, escale à Bodø, ville moderne et sans relief, sans charme particulier, presque totalement détruite lors de la dernière guerre et depuis reconstruite. Tout juste peut-elle se targuer d'abriter une sorte de cathédrale moderne style design scandinave 50s, aux formes acérées. Sur le port ,un navire en piteux état achève de rouiller. Sa coque bleue arbore le nom : "Canlill", peint grossièrement en blanc par dessus l'ancien, que je déchiffre laborieusement : "Courier". Je revois les fulgurances du capitaine Haddock dans "le crabe aux pinces d'or" reconnaissant le Karaboudjan, chargé d'opium, sous l'apparence du Djebel Amilah.

Autres temps, mêmes artifices, différentes latitudes.
Le soir s'annonce, départ pour le Vestfjord, bras de mer très fréquenté séparant le continent des îles Lofoten.
Temps calme, le soleil brille ardemment dans un ciel bleu intense (presque) sans nuages. Au loin, la puissante muraille des Lofoten a surgi de derrière l'horizon. On la voit grandir au fur et à mesure que le Trolfjord s'approche, les contours des hautes cîmes se précisent, les flancs sombres des montagnes sont lacérés par moments de névés bleutés.
Le soleil scintille durement sur la mer.
Courte escale à Stamsund, modeste port de pêche, ou le Trollfjord décharge quelques marchandises, puis nouveau départ vers Svolvær, capitale des îles, pour un arrêt d'une petite heure. A Svolvær il ya des morues qui achèvent de se dessécher sur des sortes d'échafaudages conçus à cet effet. Des rorbus, cabanes de pêcheurs, se reflètent dans les eaux sombres. La masse formidable d'une montagne noire toute proche domine la ville. La lumière est indescriptible : fauve et obscure et à la fois, avec des contrastes violents. Il est dix heures du soir et le soleil, haut dans le ciel, n'arrête pas de briller.
Nous nous dirigeons maintenant vers le Trollfjord : deux kilomètres de long, à peine cent mètres de large à l'embouchure, surmonté par le Trolltindan (1 084 m). Une partie des passagers est avec nous à l'étrave du bateau et regarde défiler les parois qui nous dominent. De minces filets de neige semblent ruisseler le long de ces pentes en partant à la rencontre de ces eaux obscures. L'ambiance est au silence, à la concentration, presque au recueillement. On entend des chuchotements, des flashs qui crépitent. En laissant vagabonder l'imagination, on pourrait très bien s'imaginer qu'un cataclysme a envahi la Terre, ne laissant émerger que les sommets les plus élevés des plus hautes montagnes. Arrivé au bout du bras de mer, le navire fait demi-tour, ses hélices broient consciencieusement ces masses liquides sombres, à la viscosité étrange, laissant derrière elles un sillage d'eaux mortes, à l'aspect presque lustral.
Minuit est maintenant passé (mais pas minuit heure solaire, je reviendrai la dessus plus tard). Le Trollfjord taille sa route, de nouveau, chacun part se coucher.
Moi aussi, mais à regret.
Un peu plus tard, je me relève. Je regarde ma montre : deux heures quinze. Je m'extirpe de ma couchette, sors de la cabine, en T-shirt. Dehors, il fait frais (12°c). Un vent doux, venant de la vitesse du bateau (15 noeuds). Devant moi, un grand soleil mordoré flotte au dessus de collines impassibles, il se reflète dans la mer, presque violette. Je reste un certain temps comme ça, en frissonnant, à profiter du spectacle.

Je retourne me coucher en traversant le bar salon. Face au soleil qui illumine la paroi de verre, une serveuse achève de débarasser des tables. Sinon, personne.
Le soir s'annonce, départ pour le Vestfjord, bras de mer très fréquenté séparant le continent des îles Lofoten.
Temps calme, le soleil brille ardemment dans un ciel bleu intense (presque) sans nuages. Au loin, la puissante muraille des Lofoten a surgi de derrière l'horizon. On la voit grandir au fur et à mesure que le Trolfjord s'approche, les contours des hautes cîmes se précisent, les flancs sombres des montagnes sont lacérés par moments de névés bleutés.
Le soleil scintille durement sur la mer.
Courte escale à Stamsund, modeste port de pêche, ou le Trollfjord décharge quelques marchandises, puis nouveau départ vers Svolvær, capitale des îles, pour un arrêt d'une petite heure. A Svolvær il ya des morues qui achèvent de se dessécher sur des sortes d'échafaudages conçus à cet effet. Des rorbus, cabanes de pêcheurs, se reflètent dans les eaux sombres. La masse formidable d'une montagne noire toute proche domine la ville. La lumière est indescriptible : fauve et obscure et à la fois, avec des contrastes violents. Il est dix heures du soir et le soleil, haut dans le ciel, n'arrête pas de briller.
Nous nous dirigeons maintenant vers le Trollfjord : deux kilomètres de long, à peine cent mètres de large à l'embouchure, surmonté par le Trolltindan (1 084 m). Une partie des passagers est avec nous à l'étrave du bateau et regarde défiler les parois qui nous dominent. De minces filets de neige semblent ruisseler le long de ces pentes en partant à la rencontre de ces eaux obscures. L'ambiance est au silence, à la concentration, presque au recueillement. On entend des chuchotements, des flashs qui crépitent. En laissant vagabonder l'imagination, on pourrait très bien s'imaginer qu'un cataclysme a envahi la Terre, ne laissant émerger que les sommets les plus élevés des plus hautes montagnes. Arrivé au bout du bras de mer, le navire fait demi-tour, ses hélices broient consciencieusement ces masses liquides sombres, à la viscosité étrange, laissant derrière elles un sillage d'eaux mortes, à l'aspect presque lustral.
Minuit est maintenant passé (mais pas minuit heure solaire, je reviendrai la dessus plus tard). Le Trollfjord taille sa route, de nouveau, chacun part se coucher.
Moi aussi, mais à regret.
Un peu plus tard, je me relève. Je regarde ma montre : deux heures quinze. Je m'extirpe de ma couchette, sors de la cabine, en T-shirt. Dehors, il fait frais (12°c). Un vent doux, venant de la vitesse du bateau (15 noeuds). Devant moi, un grand soleil mordoré flotte au dessus de collines impassibles, il se reflète dans la mer, presque violette. Je reste un certain temps comme ça, en frissonnant, à profiter du spectacle.

Je retourne me coucher en traversant le bar salon. Face au soleil qui illumine la paroi de verre, une serveuse achève de débarasser des tables. Sinon, personne.