Nous étions jeunes et insouciants

Publié le par ErMa

"Nous étions jeunes et insousciants" de Laurent Fignon - Grasset.

Un bouquin "easy reading", acheté en gare de l'est pour meubler un voyage en train de retour au bercail.

Il faut dire que je suis depuis longtemps fasciné (sans doute pour des raisons un peu obscures que je n'ai pas encore entièrement décortiquées) par le vélo, le phénomène de dopage et toute la culture qui va avec. A l'appui de cet intérêt, je crois  d'ailleurs avoir acheté l'essentiel de la littérature récente à ce sujet.

J'ai donc un peu tendance à prendre tout ceci pour la version moderne des jeux du cirque, posant de façon implicite un questionnement important sur le sens de la vie, notamment via l'interrogation suivante : "jusqu'à quel point peut-on accepter de mettre sa santé en péril (ou du moins accepter de ne pas se poser trop de questions) pour la gloire où la satisfaction de battre des records".

A moins (ceci me vient en écrivant ces lignes et je crois que  c'est en fait l'explication la plus probable)  que tout ceci participe d'un système
auto-reproductible un peu archaïque, à tendance mafieuse, entretenu par des directeurs sportifs maquignons et à finalité bassement matérielle.

Laurent Fignon donc. Surnommé à l'époque "l'intello du peloton", personnalité un peu à part dans le milieu. L'intéressé  rage d'être plus connu à cause du Tour de France 1989 qu'il perdit de 8 secondes derrière Greg Lemon que de ses succès d'ailleurs multiples dans de nombreuses épreuves dont Le Giro et Milan-San Remo. Au fil des pages, j'ai donc découvert un Laurent Fignon assez différent de celui que j'imaginais, moins consensuel, presque hargneux, une forte personnalité, un peu tête brûlée, n'hésitant pas à égratigner (et même  un peu plus que ça) nombre de ses collègues, bref très différent de l'image du rêveur à lunettes fabriquée par les médias.

Un témoignage intéressant sur cette époque glorieuse du cyclisme, où le dopage se pratiquait de façon artisanale, où ces messieurs n'hésitaient pas à faire un peu trop la fête, même si leurs performances du lendemain devaient en pâtir. Et c'est avec effroi que l'on suit les dernières pages : Laurent Fignon encore dans la fleur de l'âge se faisant lâcher dans la route du col de la Bonette par un peloton de seconds couteaux qui pédalaient sans respirer.

Le chant du cygne d'un monde définitivement révolu, donc.


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