Imaginales

Publié le par ErMa


Les Imaginales d'Epinal, c'est mon petit plaisir à moi, auquel je m'adonne avec volupté. Ce n'est pas bien souvent, et pour pas bien longtemps, mais... sur les berges de la Moselle, dans un cadre ombragé, se déroule une fois par an un le "festival des mondes imaginaires"...

Quelques images en vrac de l'édition 2008 :

Jean-Marc Ligny, auteur "engagé", parti dans une envolée lyrique, vitupérant contre le capitalisme prédateur qui nous mène à notre perte,

Jean-Pierre Luminet, astrophysicien éminent, expliquant l'histoire de la NASA côté "dessous des cartes",

J'ai vu également une dame dans un jardin qui racontait de drôles d'histoires, et d'autres dames d'un certain âge qui me parlaient de leur terroir.

J'ai retrouvé la face blême de Sire Cédric qui dédicaçait son dernier roman.

J'ai entendu des écrivains connus et d'autres un peu moins nous expliquer comment leur venaient les idées, d'où ils puisaient leur inspiration, comment ils s'organisaient pour écrire.

La marque de fabrique de ce festival, c'est le débat. Un petit groupe d'auteurs échange face au public sur un thème choisi à l'avance (exemple : "rêver le futur ; cauchemar ou espérance ?"). Un animateur organise les choses, relance quand c'est nécessaire (j'ai constaté que malgré l'apparente décontraction, côté "joyeux foutoir", ces débats étaient sans doute minutieusement préparés). Les participants peuvent éventuellement intervenir s'ils le souhaitent.  NB : il y a  systématiquement dans la salle une espèce d'illuminé (est-ce le même chaque année, je ne saurais le dire) qui ne peut pas s'empêcher de la ramener en posant des questions parfaitement incongrues, le rôle de l'animateur consistant dans ce cas à le neutraliser proprement afin d'éviter qu'il ne perturbe trop la séance.

Contrairement à ce que l'on pourrait redouter, la discussion ne tombe en général pas dans le poncif ou l'enfonçage de portes ouvertes. Bien au contraire, des réflexions assez subtiles voire passionnantes pouvaient s'amorcer sur des sujets a priori complètement pipo au départ.

Il est loin le temps (2002 plus précisément) où deux pelés et trois tondus avaient lancé cette idée folle de créer un festival de SF au coeur des Vosges. A cette heure-là, les animateurs des rencontres arrivaient en retard dans un état "second" parce qu'ils avaient trop fait la fête la veille. L'audience se réduisait à sa plus simple expression : quelques curieux, deux ou trois passionnés... Je me souviens en particulier d'un déjeuner-débat avec Robin Hobb où nous étions à peine une demi-douzaine autour de la table dans un petit restaurant d'Epinal.


Aujourd'hui le festival est sponsorisé tous azimuts, l'audience s'est bien étoffée, et les salles sont désormais bien remplies. Des auteurs réputés : Robin Hobb, Bernard Werber, Pierre Bordage, Ayerdhal, Jean-Claude Dunyach ou encore Catherine Dufour (les spécialistes apprécieront) y viennent régulièrement. Le petit côté gaucho-écolo-anti américain-altermondialiste qui caractérise la SF Française perdure évidemment, mais s'est dilué dans quelque chose de plus grand, de plus varié, tout en se professionnalisant. Désormais, d'autres courants ont droit de cité, comme la Fantasy ou le roman historique. Bien sûr, la posture de base (pessimiste, forcément) reste la dénonciation ex-abrupto du monde de m.... dans lequel nous vivons avec le nucléaire, les OGM, la mondialisation ultralibérale, etc, etc,... et qui nous mène inéluctablement au cataclysme final. Ce n'est pas demain que l'on verra des auteurs comme par exemple Poul Anderson y être invités (d'autant plus qu'il est mort en 2001), mais j'observe quand même (avec intérêt pour être honnête) depuis un ou deux ans une inflexion vers un peu moins de manichéisme. Bien sûr, dans la tête de la plupart, la science est quelque chose de suspect, voire de fondamentalement MAL, ce qui paraît être un comble s'agissant de la position défendue par un auteur de... science fiction (il a même été suggéré par plusieurs participants de remplacer ce terme par "anticipation", le mot "science" semblant agir comme un repoussoir auprès du public...).

Il est également intéressant d'épier les rapports entre écrivains et scientifiques professionnels. Il m'a semblé constater que, en présence de Jean-Pierre Luminet, un certain nombre d'entre eux semblaient gênés, un peu sur la défensive. Comme si la présence d'un de leurs représentants, les privait de leur liberté d'action... A méditer...

Bref, pour conclure, je suis revenu d'Epinal, où j'ai passé le vendredi (j'avais pris un jour de congés tout exprès) et le dimanche la tête pleine de rêves et le cabas bien garni de quelques nouveaux livres que j'envisage de consommer (avec modération) dans les prochains jours.

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