Beretta
"Quand Beretta est morte" de Nadia Bouzid - Grasset. J'ai eu le privilège de rencontrer récemment l'auteure à l'occasion d'une balade dans le massif du Taennchel : au détour d'une conversation, lors de la redescente vers la Grande Verrière, celle-ci expliquait qu'elle avait soumis un manuscrit à Grasset, aussitôt publié par cet éditeur prestigieux : pour un coup d'essai, quel coup de maître, non ?
Pressée de questions sur le sujet du livre, elle avait répondu de façon peu loquace : "c'est l'histoire de deux collégiennes qui s'ennuient".
Ceci m'a évidemment donné envie d'en savoir plus : Nadia ayant expliqué que le Monde de l'édition suivait des lois immuables, à savoir qu'immanquablement, à chaque année, l'ensemble des publications était recouvert par tout ce qui constitue la "rentrée littéraire", je me suis dépêché d'acheter le roman sur Amazon.
Et je dois dire que je n'ai pas été déçu. Comme quoi ceux qui lisent les manuscrits doivent avoir quand même un minimum de compétences. Le livre, qui s'inscrit parfaitement dans l'air du temps, se lit d'une seule traite. Un mécanisme bien pensé, lié à un décalage, une distorsion entre la nature anodine des personnages (deux adolescentes d'une quinzaine d'années que l'on suit depuis la rentrée scolaire) et comment dire... la monstruosité des faits (je n'irai pas plus loin au risque de dévoiler l'intrigue) nous met immédiatement mal à l'aise, comme en déséquilibre.
Tout ceci est totalement crédible, solidement ancré dans le réel et d'un cynisme total et assumé. Le style est basique, concis, agile, caustique, parsemé d'allusions un peu plus subtiles qu'il est possible de discerner avec un minimum d'attention, notamment celle-ci, qui ne m'a pas échappé : après s'être fait offrir les oeuvres de Rimbaud dans la Pléiade, l'héroïne marche dans la rue les poings dans ses poches crevées (*).
Même si la fin aurait pu à mon sens être un peu plus développée, l'ensemble est saisissant, et on quitte l'ouvrage avec un sentiment trouble. Peut-être le malaise que l'on pourrait éprouver face à la part d'ombre que nous couvons au fond de nous.
(*) Référence à "ma bohème" :
Pressée de questions sur le sujet du livre, elle avait répondu de façon peu loquace : "c'est l'histoire de deux collégiennes qui s'ennuient".
Ceci m'a évidemment donné envie d'en savoir plus : Nadia ayant expliqué que le Monde de l'édition suivait des lois immuables, à savoir qu'immanquablement, à chaque année, l'ensemble des publications était recouvert par tout ce qui constitue la "rentrée littéraire", je me suis dépêché d'acheter le roman sur Amazon.
Et je dois dire que je n'ai pas été déçu. Comme quoi ceux qui lisent les manuscrits doivent avoir quand même un minimum de compétences. Le livre, qui s'inscrit parfaitement dans l'air du temps, se lit d'une seule traite. Un mécanisme bien pensé, lié à un décalage, une distorsion entre la nature anodine des personnages (deux adolescentes d'une quinzaine d'années que l'on suit depuis la rentrée scolaire) et comment dire... la monstruosité des faits (je n'irai pas plus loin au risque de dévoiler l'intrigue) nous met immédiatement mal à l'aise, comme en déséquilibre.
Tout ceci est totalement crédible, solidement ancré dans le réel et d'un cynisme total et assumé. Le style est basique, concis, agile, caustique, parsemé d'allusions un peu plus subtiles qu'il est possible de discerner avec un minimum d'attention, notamment celle-ci, qui ne m'a pas échappé : après s'être fait offrir les oeuvres de Rimbaud dans la Pléiade, l'héroïne marche dans la rue les poings dans ses poches crevées (*).
Même si la fin aurait pu à mon sens être un peu plus développée, l'ensemble est saisissant, et on quitte l'ouvrage avec un sentiment trouble. Peut-être le malaise que l'on pourrait éprouver face à la part d'ombre que nous couvons au fond de nous.
(*) Référence à "ma bohème" :
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !