Jean-Paul Dubois


"Les accommodements raisonnables" et "Hommes entre eux" de Jean-Paul Dubois - éditions de l'Olivier.
Quiconque est un tant soi peu familier avec l'univers de Jean-Paul Dubois s'attendra à y retrouver immanquablement :
- une femme (qui s'appelle presque toujours Anna), et sa part de mystère inaltérable,
- un homme (prénommé Paul), un peu désabusé, à la recherche de quelque chose (souvent lié au point précédent),
- une voiture, un bateau, une tondeuse à gazon, etc,... bref une machine pourvue d'un moteur thermique,
- une part d'oisiveté, sans doute propice au déroulement de belles atmosphères,
- l'Amérique ou le Grand Nord canadien (souvent),
- un psychanalyste (souvent aussi),...
Tout ceci ne suffit pas à faire un bon roman, me direz-vous. Mais patience, je n'ai pas encore parlé du sujet.
Dans le premier, Paul Stern délaisse sa femme en proie à une grave dépression pour partir à L.A., invité pour écrire le remake - avec la "French Touch", bien sûr - d'un scénario sans aucun intérêt. L.A. et ses mirages, sa démesure... Sur place, il fait la connaissance du sosie de celle-ci, mais... avec trente ans de moins. Que va-t-il se passer ? A partir de ce thème fascinant basé sur I'inquiétante étrangeté, je me serais attendu à un traitement nostalgique et mystérieux, à la manière du film "Obsession" de Brian de Palma. En fait pas du tout. C'est totalement inattendu, d'un extrême détachement, avec une ironie mordante parfois à la limite du "too much", mais quand même franchement jubilatoire.
Quant au deuxième, il se déroule au Canada. Paul Hasselblank, vindicatif et aigri, est une sorte d'Aguirre contemporain, condamné à terme par une maladie dégénérative. Mû par un appel irrépressible, le voilà lancé sur les traces de devinez qui ?.. son ex, qui l'avait naguère quitté. Dans les profondeurs de l'Ontario enneigé, il parviendra, au terme d'un huis clos étouffant avec le dernier témoin qui l'ait rencontrée, une sorte d'homme primordial vibrant avec la nature, au bout de sa quête. La fin est surprenante, mais ne comptez pas sur moi pour vous la livrer. Le ton de cet ouvrage, écrit avant le précédent, est plus grave, un poil plus amer.
Il faut lire Jean-Paul Dubois. D'abord ce n'est pas n'importe qui : chroniqueur au Nouvel Obs, il a obtenu le prix Fémina en 2004 pour "une vie française" que je recommande également. Ensuite, au delà de la qualité de l'écriture, c'est intrigant et plein de mystère, nourri par le vécu, et les archétypes qu'il déploie sont autant de résonances qui nous font explorer, parfois à notre corps défendant, les arcanes de notre propre espace intérieur.