Othello, euh non, Mogador

Publié le par ErMa













 















Essaouira, l'ancienne Mogador, avait de très vagues airs de Saint-Malo. Des maisons blanches, aveuglantes sous le soleil. Une escale sompteuse,
bordée par L'Atlantique, à deux heures de route de la fournaise de  Marrakech, discrètement connue et appréciée de quelques happy few...  Il se murmurait que Jimi Hendrix y avait séjourné plusieurs mois et que Mick Jagger aimait s'y reposer entre deux tournées. Orson Welles y tourna "Othello", l'image ci-dessus tentant de reproduire un des plans les plus célèbres du film.

Sur les remparts de pierre de la vieille citadelle portugaise, de massifs canons de bronze défiaient l'Atlantique,  et on voyait la houle du large se fracasser contre les rochers qui ceinturaient la ville. La baie était un espace infini de sable blanc cerné par les îles Purpuraires. A la lisière de l'océan, de vastes étendues de broussailles marquaient ce no man's land étrange entre mer et désert.


Sur le port, les chalutiers ventrus, étendaient à leur retour de la pêche leur filets pourpres à l'orée des pontons. Les étals du marché regorgeaient de poissons bizarres : les ceintures, plats et luisants, vaguement effrayants, et des squales bâtards, mi-roussette mi-requin... Un peu plus en retrait, la braise d'un kanoun laissait s'échapper des volutes de fumées âcre, des odeurs entêtantes de sardines grillées. Dans la vieille ville, les échoppes de nombreux ébénistes exhalaient des senteurs lourdes de thuya et d'huile d'argan.

Ô charme surrané... Même aux heures les plus chaudes de l'été, la température, modérée par les vents alizés, restait toujours supportable. Mais c'était il y a si longtemps.

Depuis, tout a tant changé... Les babas cools en partance pour Katmandou n'y font plus étape, la Beat Generation et les enfants de Timothy Leary se sont esquivés. Définitivement. Plus de combis Volkswagen déglingués, mais des 4*4 imma(tri)culés et rutilants.  La ville s'est démesurément agrandie, des quartiers totalement nouveaux sont apparus, témoins de l'intense pression démographique qui règne au Maroc. Maintenant, des hordes de touristes estampillées FRAM arpentent la rue principale de la médina. La plomberie du petit hôtel Tafoukt dans lequel nous descendions a beaucoup souffert... Des surfistes bronzés y ont élu domicile, certains à l'année. Et les petits bouis-bouis à l'ancienne ont cédé la place à des restaurants haut de gamme qui, pour un prix d'ami, nourriront les estomacs des bobos en leur épargnant la tourista.

Souvenirs, souvenirs... En fait, je voulais faire une introduction pour parler de "Othello" que je viens de terminer, dans le cadre de mes lectures Shakespeariennes, mais je constate, chemin faisant, que je me suis un peu égaré...

A la prochaine pour de nouvelles aventures littéraires, donc.

Publié dans Explorer

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article