Colin, cracheur de feu : IV - Parvis du palais

Publié le par ErMa














Colin, cracheur de feu : I - Colin

J'ai laissé le corps sans vie d'Astrid étendu sur le trottoir et je suis retourné comme un automate sur le parvis du palais. Les échoppes ouvraient boutique. Des employés affairés roulaient des fûts de bière sur le sol.


Des balayeurs sénégalais vêtus de vert poussaient devant eux des montagnes de prospectus.


On passait le trottoir à grande eau pour effacer les traces d'urine et de vomissures.


Je suis resté comme ça, planté, je ne savais plus quoi faire. A une encoignure, d'un café tout juste ouvert s'échappait une odeur de croissant chaud.


Je me suis approché.


Deux hommes élégants, costard-cravate, debout contre le bar, devisaient de choses et d'autres en buvant un expresso. En face d'eux le garçon, veste bordeaux et chemise blanche, passait la serpillière sur le comptoir. Je suis resté comme ça un long moment hébété, devant eux, sans rien dire. Leur conversation était pour moi un tohu-bohu indescriptible dont émergeaient par moment des phrases isolées, dénuées de sens.


J'étais dans un de ces états...

 

 

J'en étais-là à me débattre avec ce chaos dans ma tête quand une voix a émergé du brouhaha. J'ai levé la tête. Le barman me regardait. Il me disait quelque chose comme « Monsieur, vous allez bien,... Monsieur ? ». Je l'ai regardé, je ne savais pas quoi lui dire. Il a insisté «Eh ! Monsieur, vous êtes sûr que ça va bien ? ». Je restais irrémédiablement muet. Alors l'autre a émis un vague geste de dépit. Il est retourné à sa machine à café, je l'entendais grommeler quelque chose comme « bizarre, vraiment bizarre ce mec ».   


Je me suis enfui. Les hommes élégants s'étaient interrompus, ils avaient jeté sur moi un regard stupide, voilé d'incompréhension, puis repris le cours de leur discussion. En partant j'ai entendu comme par hasard une phrase à la volée, extraite de leur conversation, une phrase que l'un des deux assénait avec emphase à son acolyte en l'accompagnant d'un ample geste des deux mains : "eh oui, mon vieux, il n'y a pas de destin, il n'y a que des rencontres...".


Et puis plus rien, le silence. Je me suis retrouvé au milieu de la place. La clarté du jour naissant m'aveuglait.


J'ai regardé autour de moi.


Rien.


Rien que le ciel qui s'illuminait, les flèches qui se découpaient en contre-jour, les tourelles et les pignons, les créneaux du chemin de ronde et le grand mur du palais, mat et encore voilé d'obscurité, qui me surplombait. Et l'ombre des maisons, celle des grands tilleuls qui, imperceptiblement, reculait.


J'étais là, les bras ballants, sidéré, au milieu de la place. J'avais du mal à articuler mes pensées. Il me semblait même que je ne pensais plus du tout. Seul au milieu de cette espace vide, dominé par la masse imposante de la citadelle, je me suis senti gagné par le vertige.


Et puis, quelque chose de papillonnant a attiré mon attention en bordure de mon champ de vision, quelque chose de fugitif et ténu, presque indiscernable.


J'ai levé la tête.

 

Colin, cracheur de feu : V - Sarah

 

Publié dans Ecrire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article