Colin, cracheur de feu : V - Sarah

Publié le par ErMa







 

Colin, cracheur de feu : I - Colin


Il y avait debout, au milieu d'une ruelle étroite qui débouchait sur la place, une femme vêtue de noir qui semblait me regarder. Elle m'a fait un signe avant de disparaître hors de ma vue.


Sans réfléchir, mû par l'instinct, je me suis élancé à sa poursuite. J'ai traversé la place puis pénétré dans cette venelle encore habitée par la fraîcheur.


Plus personne.


Non... Elle était toujours là, plus près de moi cette fois. Elle avait émergé d'une ruelle perpendiculaire et m'invitait à la rejoindre. A mon tour, j'ai bifurqué dans cette voie étroite. Sur ma gauche, j'ai discerné la lueur de son regard dans l'obscurité.


Elle s'était arrêtée sous le porche majestueux d'une belle maison bourgeoise en pierre blanche.


Elle m'a dit d'approcher.


Je me suis avancé.


C'était une femme très âgée, sa peau était infiniment ridée. Sa tête était enveloppée dans un châle noir. Un tatouage barrait verticalement son front et son menton portait la marque d'un trident stylisé.


Son regard acéré m'a transpercé. Il émanait de lui une force et une intensité que je n'avais jamais connues. D'emblée, il m'a semblé qu'elle était capable de lire tous les secrets de mon âme.


Même ceux que je ne connaissais pas moi-même.


D 'autorité, elle a pris ma main. Elle l'a ouverte sans effort, paume vers vers le ciel.


Je me suis laissé faire. Minutieusement, pensivement, elle en déchiffrait les sillons.


Ligne de vie, ligne de coeur,...


Ligne de coke.


A la fin, elle m'a rendu ma main. Avec brutalité, en la tordant un peu. Puis elle a tourné les yeux vers le ciel, et j'ai levé la tête moi aussi. Par delà les murs encore sombres qui s'élevaient  au dessus de ma tête, dévoilant une bande d'un bleu azur maintenant éblouissant, j'ai aperçu à ce moment précis, volant à faible hauteur, une escadrille d'oiseaux migrateurs. En un instant, accompagnés d'un piaillement strident, ils avaient zébré le ciel, projetant sur le haut des murs inondés de lumière des ombres fugitives.


L'espace d'un instant, il m'avait même semblé que le ciel s'était obscurci.


Puis tout est redevenu comme avant : la rue rendue au bourdonnement continu de l'activité du matin, le ciel à sa pureté inaltérable. Comme s'il ne s'était rien passé. Mais en même temps que passaient les oiseaux dans le ciel, j'avais saisi dans le visage de cette femme l'expression d'une souffrance intense. Passé ce moment de stupeur, comme si une brèche s'était ouverte dans la texture de ce qui est, je l'ai regardée. Oui, son visage s'était figé et l'intrusion de cet événement singulier avait sculpté, dans sa peau ridée, dans son maintien même, quelque chose qui ressemblait au masque pétrifié de la douleur, et je sentais qu'elle m'avait désigné, en tendant sa face vers le zénith quelque chose d'inaccessible et mystérieux.


Elle s'est tournée vers moi, et m'a dit : «  je vois la mort qui rôde autour de toi ». Je suis resté là, les bras ballants, stupide et égaré. Que pouvait-elle exprimer d'autre d'ailleurs, à me voir en face d'elle, anéanti par ce chagrin qui me dévastait ?


« Elle devait avoir fait cela à dessein », je me suis dit. En même temps, j'ai été transpercé par une évidence.


Je devais partir, fuir toute cette merde. Qui aurait un jour raison de moi, je le sentais.


Elle m'a dit : « viens ». Sa voix n'admettait pas la réplique.


Je l'ai suivie.

Colin, cracheur de feu : VI - Gypsy 


Publié dans Ecrire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article