Le Horla et autres contes fantastiques

Publié le par ErMa

"Le Horla et autres récits fantastiques", de Guy de Maupassant - le Livre de Poche.

J'ai trouvé deux raisons de m'acheter récemment ce petit  opuscule :

1) dans ma prime jeunesse, j'étais un fervent admirateur de l'auteur dont je crois me souvenir avoir lu 90% des ouvrages. Mention spéciale pour "Bel-Ami" que je place sans hésitation dans la fameuse liste des N ouvrages que je prévoirais d'emporter sur une île déserte au cas où...

2) nous avions il y a 2/3 ans travaillé sur l'idée du Horla  à l'atelier d'écriture, ce qui nous avait valu d'explorer de façon plus "dynamique" l'univers de l'auteur au travers de l'écriture de textes inspirés par le sujet.

J'ai donc relu avec plaisir le recueil. Bien sûr, ça a vieilli un peu, mais l'écriture reste quand même étonnamment limpide, on pourrait même dire, pour reprendre un vocable d'aujourd'hui : efficace.

Car, même si le traitement demeure bien d'époque, certains thèmes restent intemporels : celui (génial) du Horla est actuel et universel. On peut le reconnaître par exemple, métamorphosé, dans le film "Shining" de Kubrik : l'intervention de forces malfaisantes, envahissantes, venues d'ailleurs et qu'on ne comprend pas.

Nous assistons donc à la vie de tous les jours d'un petit hobereau du XIXe siècle, frappé de plein fouet par l'irruption, presque par effraction, de choses extrêmement bizarres dans son environnement et de la lente déliquescence mentale qui s'ensuit.

Il est donc question de l'autre, un esprit malin, tapi dans des recoins, qui veille et qui guette, dont on cherche à se débarrasser comme un sparadrap collé sur le doigt. Mais à peine s'est-on éloigné un peu qu'il est déjà revenu. Visions, hallucinations, sueurs froides...

Et la folie qui guette. Tout ceci est parfaitement cauchemardesque. Et il faut rendre hommage à Maupassant d'avoir développé avec une concision et une simplicité qui le rendent tellement crédible que ça en devient glaçant. Des phrases courtes, précises, presque scandées (ah ! l'utilisation du point d'exclamation !), qui nous fond participer de l'intérieur au "dérèglement progressif de tous les sens". Les effets viennent beaucoup du fait que c'est décrit de façon méthodique, presque clinique, sous la forme très simple d'un journal.

Il faut bien entendu ne pas prendre au premier degré la lumineuse simplicité du récit. Et c'est un intérêt majeur du recueil de montrer deux versions de la nouvelle. On peut donc apprécier l'évolution dans la réécriture du texte et on découvrira que la deuxième version, plus aboutie et de loin la meilleure, reste sans aucun doute le fruit d'une intense macération dans le cerveau de l'auteur.

Il est donc clair comme le nez au milieu de la figure qu'il y a beaucoup de vécu derrière tout ça. On peut, pour s'en persuader, lire une biographie de Maupassant, notamment celle écrite par Henri Troyat (je l'avais dans ma bibliothèque et j'en ai reparcouru les derniers chapitres). On y découvre que l'origine du sujet est probablement à rechercher dans la fin de vie chaotique de l'auteur, marquée par les  symptômes d'une syphilis à un stade avancé, dont on sait qu'elle n'est pas sans effets sur le système nerveux et  sans doute plus généralement sur le psychisme...

Comme souvent c'est la chute qui fait le sel du récit. Je la livre sans ambages, le thème ayant été battu et rebattu :

"et si l'autre, c'était moi même ? Alors, que faire pour m'en défaire ?".

On devine la suite. Ça fait froid dans le dos, non ?

Publié dans Lire

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