Hurtigruten 7 | Kirkenes

Publié le par ErMa


Kirkenes offre l'image d'une ville assoupie. Ciel de plomb, ambiance de film soviétique des années 1970 avec datchas et bouquets de bouleaux qui frissonnent tristement dans l'air atone.

C'est aussi le point ultime du voyage, où nous faisons relâche depuis le milieu de la matinée, pour une escale de quatre heures, avant d'engager le chemin du retour vers Bergen.

A des signes perceptibles, on sent que la Russie n'est pas loin. Un panneau en lettres cyrilliques au croisement de deux rues, qui indique la direction de Mourmansk, là où la flotte des sous-marins nucléaires de la défunte URSS continue de déverser son flux régulier de pollution radioactive. Ici, simplement des chalutiers en piteux état, arborant le drapeau blanc-bleu-rouge, et qui achèvent de rouiller. Leurs hublots délabrés, comme des yeux qui ne voient pas, semblent indiquer que à l'abri des flancs de ces bâtiments hors d'âge se déroulent des drôles d'histoires avec des personnages pas très recommandables.

La ville est pourtant moderne, propre, on sent sinon l'opulence, du moins une certaine aisance. Mais pourtant je n'arrive pas à aimer. Pourquoi ? La présence emniprésente de l'ennui sans doute... Je repousse avec angoisse l'idée de me retrouver bloqué là des mois et des mois pendant le long hiver polaire (le port est l'un des seuls situés sur la parcours à qui il arrive de geler car l'effet thermo-régulateur du Gulf Stream n'arrive plus à jouer pleinement son rôle dans ces localités isolées du bout du monde).  

En tout début d'après-midi, le Trollfjord lève l'ancre. De nouveau la mer, les grands espaces, des falaises sombres entaillées par endroits de névés blanchâtres.



Un peu plus tard, nous faisons une courte escale à  Vard
ø. De part et d'autre de la rade - très vaste - des bâtiments sur pilotis en  bois, couleur lie de vin, se reflètent dans la mer infiniment grise et calme, et, toujours au dessus de nous, écrasant, ce grand ciel ardoise. Nous arpentons rapidement les rues, ouvertes aux quatre vents. Pour une raison qui m'échappe, celles-ci sont étrangement désertes, et il flotte dans ces lieux reculés une ambiance de ville fantôme. Au retour de l'embarcadère, je remarque un buste planté là bien en évidence qui se découpe devant un tapis de goémon que la marée descendante a découvert. Un homme avec une petite barbichette qui semble interpeller avec sérénité des horizons lointains. On devine un peu derrière la silhouette massive du Trollfjord.

Je déchiffre sur le socle :
Wilhem Barentz. Explorateur polaire. Découvreur de la mer du même nom. L'homme qui fût l'un des premiers à reconnaître ces contrées inhospitalières, et en particulier la Nouvelle-Zemble. Des fientes d'oiseaux de mer ont fait des coulures blanches sur son visage de bronze.



Nous repartons. Nouvelle courte escale à Båstfjord un peu plus tard. A peine le temps de déposer quelques marchandises et d'embarquer un maigre contingent de passagers (mais d'où viennent-ils, ceux-là ?). Une estacade en béton brut semble donner sur nulle part. En face, un plateau obstinément nu qui plonge dans la mer.

Plus tard dans la soirée, nous croisons le MS Kong Harald.

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