Hurtigruten 8 | Hammerfest
Accoudé au bastingage, je regarde la mer. Ciel clair et bleu, toujours, temps étonnamment doux. Nous venons de croiser le MS Lofoten, le navire le plus ancien de la flotte, construit dans les années 50, et toujours en service. Avec sa coque noire, il arbore le look du Sirius dans l'album "l'étoile mystérieuse" des aventures de Tintin.
En fin de matinée, nous pénétrons dans la baie de Hammerfest, immense, ceinturée de montagnes enneigées à perte de vue. Hammerfest se targue d'être la ville la plus septentrionale au monde. Un immense îlot, sauvage, minéral est planté en plein milieu, comme un aérolithe qui serait tombé du ciel, je m'imagine la matière étrange dont pourrait être constitué ce mystérieux météore... du calystène, peut-être (*) ? Le Trollfjord le contourne, vient s'amarrer dans le port qui bruisse d'une animation que nous n'avions pas pu apprécier depuis plusieurs jours déjà, pour une escale de une heure et demie..
A terre, c'est la grande foule, nous remontons l'avenue principale, parvenons à une église de style arctique (encore une, toujours du même style !). Nous regagnons le port, nous attablons à la terrasse d'un café. Des bateaux de plaisance oscillent le long du quai. Plein soleil, presque difficile à supporter. Un peu plus loin, une équipe féminine s'entraîne pour un tournoi de beach-volley. Une foule dense flâne autour de divers marchands ambulants vendant des produits variés dont du... chorizo espagnol. Ambiance bon enfant de kermesse, de fête presque. Il est évident que la belle saison ne doit pas durer bien longtemps et que les autochtones profitent de la moindre occasion pour lézarder. Mais aujourd'hui, c'est sûr, on se croirait sur la Riviera.
Vers midi, le bateau appareille. Toute l'après-midi, il longue des territoires sauvages, d'une beauté indescriptible, falaises de schiste austères et nues, îlots énigmatiques, émergeant comme par hasard de l'océan, pentes verdoyantes recouvertes d'une abondante végétation vert sombre, une sorte de maquis arctique parcouru d'ombres profondes qui prennent de l'ampleur au fur et à mesure que le soleil décline avec lenteur. Et puis plus loin toujours, les neiges éternelles qui semblent nous interpeller silencieusement.

Dans ce décor grandiose nous faisons relâche à deux reprises pour des escales de courte durée, d'abord à Øskfjord, puis à Skjervøy. Skervøy, blottie au creux d'un cirque de montagneux, a l'air d'une station alpestre égarée au bord de la mer.
Le soir vient, nous croisons de nouveau un vaisseau de la flotte Hurtigriten, le MS Midnatsol. Les nuages envahissent le ciel qui se reflète sur la mer absolument lisse. Le soleil y dessine des motifs chaotiques, des structures abstraites aux contrastes d'une violence ahurissante, composant un tableau d'une stupéfiante beauté, presque irréel, quelque chose que je n'avais vu nulle part ailleurs.
Minuit presque, retour à Tromsø. Passage sous le pont qui relie la ville, bâtie sur une île, au continent. N'ayant pas envie de dormir, je débarque, laissant Anne et François au pays des songes. Quant à moi, je flâne dans les rues. Malgré le ciel nuageux, il fait très clair. Dans l'artère principale, de grands éclats de voix jaillissent des bars bondés. Des mecs baraqués discutent dans la rue en buvant de la bière. Des jeunes filles court vêtues se baladent en groupe en s'esclaffant.Tromso by night... enfin, façon de parler.
(*) Pour celui (celle) à qui ça aurait échappé, autre allusion aux aventures de Tintin et à "l'étoile mystérieuse".