Hurtigruten 10 | Sept Soeurs
Nouvelle journée de navigation le long des côtes déchiquetées. Cap au sud, ou presque. Dans la matinée, nous avons doublé le grand glacier Svartisen aperçu de loin. Dans des temps pas si reculés que ça, il se déversait dans la mer (ah, le réchauffement climatique !...). Mais maintenant, les neiges qui coiffent les hauts sommets se font plus rares. Ce jour encore, ciel et mer sont d'un bleu étincelant.
En milieu de matinée, on nous annonce que nous venons de franchir de nouveau le cercle polaire.
Escales à Nessna, puis Sandnessjøen, le temps de se dégourdir les jambes. Ce sont des villes modernes, de moyenne importance, bâties autour d'une ruelle principale où se concentre toute l'activité. Je pose devant la statue stylisée d'un guerrier norvégien, épée brandie horizontalement par dessus les épaules.
Nous appareillons de nouveau. Le Trollfjord fend la surface des eaux, longe la côte. A bâbord, le rivage sauvage, sans aucune habitation. Sauvage mais pas inhospitalier, ici l'austérité du grand nord est déjà bien loin, la végétation bien fournie, le vert sombre semble absorber les rayons du soleil. A tribord, la mer bleue, nue, qui scintille. Au dessus de moi, la grande cheminée noire et rouge de l'Express Côtier laisse échapper des fines volutes de fumée noire qui se dispersent dans le ciel bleu.
Il se dégage de tout cela une ambiance particulière, quelque chose de sauvage et doux, mais aussi comme un appel qui semble venir de quelque lieu étrange, hors de la portée de notre entendement.... Helgeland... terres de légendes.
Nous longeons les Sept Soeurs, un groupe de montagnes particulièrement impressionnantes, qui de tout temps ont éveillé l'imagination des voyageurs. Une vieille histoire raconte que les trolls se transforment en pierre s'ils ne regagnent pas leur cachette avant le lever du soleil, mésaventure qui arriva aux sept soeurs en question, filles du roi Sulitjelma, parties danser nues dans un fjord, et depuis pétrifiées pour l'éternité.
Pas encore rassasiés de ce spectacle, nous faisons escale à Bronnøysund, dans un site exceptionnel. Devant le port, un chapelet d'îlots posés sur la mer. Est-ce un effet de l'éclairage très particulier, dû à l'inclinaison des rayons du soleil, mais le bleu de la mer apparaît d'une profondeur que je n'avais jamais rencontrée jusqu'alors.

En milieu d'après-midi, nous croisons Torghatten, une des curiosités naturelles les plus connues de Norvège : un îlot montagneux percé en son sein d'un orifice de 30 mètres de hauteur sur 15 mètres de largeur, curiosité géologique créée à l'époque où le niveau des eaux était plus élevé de 100 mètres.
En fin de soirée, alors que les ombres commencent à s'allonger démesurément, le Trollfjord fait relâche à Rørvik, capitale de l'archipel Vikna. La durée de l'escale permet de partir à la découverte du village, de dimensions fort réduites, mais néanmoins agréable.De retour à l'embarcadère, au delà du pont Marøysund qui relie l'île sur laquelle est bâtie la ville au continent nous apercevons le MS Polarlys approcher. Il vient accoster devant notre navire, sur la passerelle supérieure les voyageurs nous saluent.