Ne dites à personne que je suis trader à Hong-Kong, ma mère me croit pianiste dans un bordel de Macao

Publié le par ErMa

Je trouve étrange pour ne pas dire décalé qu'un président de la république, censé jouer un rôle de rassembleur crie haro sur une certaine catégorie de français.

Loin de moi l'idée de plaindre les traders, ils gagnent (d'après ce que j'en sais) sans doute très bien leur vie. Toutefois, avant de devenir tout rouge de colère et d'éructer avec la foule en furie il serait peut-être quand même profitable de prendre connaissance d'une expertise menée par le cabinet Technologia pour le CCE de la Société Générale après l'affaire Kerviel et qui a recadré de façon objective les débats en "tétanisant" la Haute Direction lors de sa présentation en petit comité. Ses conclusions (comme c'est toujours le cas) sont bien plus subtiles et mitigées que ce qui est véhiculé par la vindicte populaire. Centré sur les problèmes de terrain (eh oui, il semble aussi y avoir des soutiers dans ces métiers là !) le rapport met en évidence les problèmes habituels dans toutes les organisations dont le plus visible paraît être la carence du management.

Et c'est justement la simplification outrancière faite sur le sujet, ainsi que l'hystérie qui s'est ensuivie qui me gêne. D'autant plus que ça ne fait pas avancer d'un pouce le schmilblick, et clouer les traders au pilori ne donnera pas un centime de plus aux chômeurs en fin de droit ni aux caissières de supermarché à mi-temps forcé. De toutes façons, mon intention n'est pas de me placer sur ce terrain, mais d'aborder le sujet sur une autre perspective, celle de la manipulation.

J'ai bien sûr conscience de peut-être ramer à contre-courant, mais je voudrais parler du buzz monstrueux engendré par le sujet, qui sans me surprendre, me trouble plutôt. Je n'aime pas l'hystérie des foules. Il faut s'en méfier comme de la peste, elle peut être redoutable et prendre des proportions excessives, voire monstrueuses. Car en cherchant bien on trouvera toujours une espèce de deus ex machina derrière tout ça, qui jouera de l'émotion à son profit pour satisfaire des buts parfois pas très avouables. Ceci m'a amené à réfléchir à la question et mon analyse est à peu près la suivante :

Toute cette effervescence médiatique suscitée autour du sujet peut en fait s'analyser (partiellement !...) comme procédant de la manipulation Sarkozyste habituelle dont on peut dérouler le mécanisme en plusieurs étapes, chacune d'entre elles faisant l'objet d'un des commandements suivants :

1 | un coupable tu désigneras, il te permettra de canaliser à ton profit la violence tapie dans chaque être humain (*),
2 | cette violence tu entretiendras. Des passions primaires tu sauras jouer : entre la peur (de la délinquance), la cupidité, la jalousie et l'envie (liste non exclusive), il y a de quoi faire,...
3 | l'action tu simuleras, elle te fera peut-être apparaître comme le sauveur, le grand protecteur, et elle apaisera l'angoisse (**),

sur lesquelles j'aurais tendance à rajouter le corollaire optionnel :

4 | les grosses ficelles tu ne négligeras, car parfois plus c'est gros mieux ça marche.

Je pense que ces quelques règles élémentaires, le b-a-ba de la manipulation permettent de jeter un éclairage plutôt intéressant sur nombre de phénomènes, et notamment le pourquoi de certaines "unes" récurrentes au journal de vingt heures.

Je ne peux m'empêcher, en conclusion de poser une question que j'ai trouvée étrangement absente du débat et sur laquelle, hors du déchaînement actuel il conviendrait de réfléchir :

"pour quelles raisons des jeunes gens hautement diplômés, destinés a priori à la recherche et/ou aux carrières d'ingénieur, et pas plus attirés que ça par l'argent finissent par pactiser avec le diable pour entrer dans la finance, voire dans certains cas franchir carrément le Rubicond et côtoyer le mal absolu, je veux dire devenir trader ?"



(*) Je repense à une interview de
René Girard parue dans Télérama sur le concept de "violence mimétique".
(**) Quelqu'un a dit (je crois que c'est Mitterrand) : "si les événements te dépassent, feins d'en être l'organisateur".

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