L'orée du Monde

Publié le par ErMa



Ambiance estivale pour la dernière session de l'atelier d'écriture, au domaine de Saint-Loup plus précisément, où nous avons élu domicile pour la journée. Parmi les nombreux exercices que Floriane avait préparés, j'ai retenu celui-ci, car une fois n'est pas coutume, je me suis senti plutôt inspiré (ah, le bruit soyeux de la plume effleurant la feuille de papier !). Il s'agissait ici de partir de la phrase mentionnée en rouge, puis de piocher au moins 5 mots parmi la liste ci-dessous :
oubli, chaman, empreinte, sacré, arc-en-ciel, boomerang, wallaby, totem, didjeridoo, eucalyptus,
afin de construire ensuite un récit cohérent. Voici ce que ça a donné en ce qui me concerne :

Cette histoire remonte à une période ancienne appelée le temps du rêve. A cette époque, le monde existait déjà, mais il n'avait pas la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. Figure toi donc, ami, une forêt qu'on disait totalement impénétrable. En son milieu trônait la cité, sise au milieu d'une vaste clairière. Là, sur le sol de latérite, des cases étaient disposées en arc de cercle, couronnant le totem placé en son centre. Que dire de cet objet vénérable ? Honorant les dieux tutélaires, ceux dont on dit qu'ils avaient créé le monde, son visage pointait vers le ciel et les paumes de ses mains semblaient un réceptacle destiné à recueillir les pluies diluviennes qui ne manquaient pas de se déverser au moment précis où la lune arborait son troisième quartier. Et certains disaient qu'il avait été disposé là de manière très précise, pointé vers le zénith, et figurant l'axe sacré de l'univers dont nous étions issus.

Et que dire de notre monde ? Difficile... Car la forêt qui ceignait le village de toutes parts devenait de plus en plus dense quand on s'en éloignait. Délaissant la place centrale, le voyageur audacieux pouvait certes espérer explorer la jungle apparemment sans limites, mais, franchie la première frondaison, la végétation s'épaississait irrémédiablement, effaçant les
empreintes et nous enserrant impitoyablement dans un écrin de verdure toujours plus dense et touffu. Et, passé un certain stade, franchis les eucalyptus géants et les bananiers charnus, il nous restait à affronter sans espoir les palétuviers obèses et les frangipaniers nains qui se confondaient dans une masse proliférante, avide de nous engloutir à tout jamais. Alors, la mort dans l'âme, il nous fallait renoncer. Et le silence inexprimable qui peu à peu avait pris possession des lieux s'éteignait, et de nouveau il était possible d'entendre, émergeant du chaos végétal, le chant des mainates, le cri plaintif du wallaby en écho à la mélopée lancinante scandée par les didjeridoos des hommes de la tribu.

J'avais fini par me convaincre que tout cela n'avait pas de sens. Les multiples essais avortes pour m'extraire de ce village où j'étais retenu par la force des choses et la puissance proliférante de la nature avaient fini par ébranler mon psychisme. Et c'est ainsi qu'un jour je décidai de mener une ultime tentative en me répétant que rien, non rien au monde ne saurait altérer ma volonté de connaître enfin ce qu'il y avait plus loin. Ce jour-là donc, muni de ma machette, un engin d'une taille respectable que j'avais dérobé au grand
chaman pendant son sommeil succédant à une nuit de libations, je partis une ultime fois à la conquête de la végétation inextricable, farouchement disposé à en venir à bout coûte que coûte.

Et comme je m'enfonçais dans la brousse après les habituelles pluies de l'après-midi, j'aperçus, au dessus de la canopée, un
arc-en-ciel d'une beauté inexprimable qui semblait me dévoiler les mystères les plus profonds de la création. J'y vis là un signe, et, redoublant d'efforts, j'élaguais de mon instrument des plantes de toutes tailles, qui, pour une raison mystérieuse, semblaient se dérober à mon approche. Déjà, j'avais dépassé sans effort l'extrême limite atteinte lors de mes précédentes entreprises. Je voyageais maintenant en terre inconnue, mes pas effleuraient un sol spongieux, les arbres bruissaient paisiblement au dessus de ma tête, et des rideaux d'orchidées s'entrouvraient sur mon passage en soupirant. Je dessinais dans les hautes herbes un sillage éphémère qui se refermait silencieusement sur mon passage, me laissant seul progresser au sein d'une nature que je pressentais inviolée depuis la nuit des temps.

Vint le moment ou cette randonnée bizarre s'arrêta. La végétation devint plus rare, puis s'interrompit soudainement. Je me retrouvai brutalement face à une paroi opalescente légèrement translucide, et mon ombre portée dessinait sur sa surface de curieux motifs moirés. Je levai les yeux : un dôme de verre poli entourait tout l'univers. Je tendis la main, effleurai brièvement son contour. Sa texture était lisse, froide au toucher. Je ne sais pas si le chaman s'exprimait à travers moi, mais je sentis une phrase traverser mon esprit : " le temps est venu, maintenant". Mû par l'instinct et obéissant à cet ordre impérieux, j'exerçai une légère pression sur la paroi. Un bruit discret suivit et il me sembla qu'un mécanisme d'une précision absolue se mettait en branle. Une porte de dimensions ordinaires se matérialisa, puis s'ouvrit. "Me voilà parvenu à la fin du monde" pensai-je..." Qu'y avait-il de l'autre côté ?" J'hésitai un instant, je sentis un courant d'air froid glisser sur mes épaules, et qui me fit frissonner. Je murmurai "sois courageux", je fermai les yeux un bref instant, pris une profonde inspiration, et franchis le seuil...

Publié dans Ecrire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
super<br /> je voudrais bien lire une suite..tu auras bien une nouvelle liste de mot à integrer pour poursuivre?<br /> NN
Répondre