Colin, cracheur de feu : XXI - Attendre

Publié le par ErMa














Colin, cracheur de feu : I - Colin


Je suis resté abasourdi en regardant, impuissant, le camion s'éloigner.


Et puis quand il m'est apparu que Dragomir m'avait planté là, sans autre forme de procès, la première chose que j'ai faite, ça n'a pas été d'aller récupérer mes bagages, qui jonchaient le sol pas loin de moi, non...

 

Oh, non ! Je me suis précipité vers l'endroit où le chauffeur félon, cette ordure, avait déversé le contenu de ma pochette. Frénétiquement, je me suis mis à quatre pattes, je raclais par terre, parmi les gravillons qui parsemaient le sol, dans l'espoir de récupérer une infime partie de ma provision.

 

Fafnir m'observait, d'un air étonné. Un homme se tenir à la façon d'un chien... Comment-était-ce possible ?

 

Je gémissais, je trépignais, j'étais devenu presque hystérique. Et je continuais à fouiller, insensible à la douleur.

 

J'avais les doigts en sang.

 

J'ai réussi finalement à récupérer une douzaine de pilules qui avaient rebondi, par-ci, par-là, mélangées à une poussière malodorante qui exhalait des relents de gazole. Je les ai rangées soigneusement. Avec ce que m'avait donné Malika hier, j'avais de quoi tenir deux ou trois jours en me rationnant. Et après...

 

Après ?

 

J'ai préféré ne pas y penser. J'ai récupéré mon sac. Je suis allé dans la boutique me servir un café en poudre dans un distributeur. J'ai aussi absorbé un croissant gras et sans saveur. Et puis j'ai décidé d'aller me poster un peu plus loin, en direction de la bretelle d'accès à l'autoroute. J'ai voulu me convaincre que quelqu'un finirait bien par me prendre à son bord.

 

J'ai attendu longtemps. Je levais le pouce, mais les gens passaient devant moi, sans ralentir, le regard obstinément fixé vers l'avant. Le jour, en achevant de se lever, dévoilait un ciel bas et triste, et les bâtiments disparaissaient à moitié, engloutis dans un brouillard opaque. Un crachin pénétrant s'est installé, il faisait luire le macadam sous les phares de voitures. Et je restais, comme une statue, envahi par l'humidité, me retenant de tout geste inutile. Mes cheveux trempés ruisselaient sur mon visage. Par moments, Fafnir s'écartait de moi pour s'ébrouer placidement, puis revenait à mes côtés.

 

Je commençais à désespérer quand une voiture s'est arrêtée à notre hauteur. Une petite voiture, genre Talbot Fandango, ou quelque chose comme ça. La vitre avant s'est ouverte, la tête d'un jeune homme est apparue. Entre vingt et vingt-cinq ans, les cheveux longs et clairs, une barbe légère lui recouvrait les joues. A ses côtés, je devinais la silhouette d'une femme dont je n'arrivais pas encore à discerner les traits. Sa compagne, sans doute.

 

Il arborait un léger sourire, l'air un peu contrarié.

 

Montez, vous allez prendre froid, il m'a dit.

 

Il a étendu le bras vers l'arrière, m'a ouvert la porte. J'ai laissé passer Fafnir devant moi, je me suis installé sur le siège avec mes affaires sur les genoux.

 

Merci, j'ai répondu.

Colin, cracheur de feu : XXII - Vive-la-Gaillarde

 

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