Colin, cracheur de feu : XXIX - Noé

Publié le par ErMa


Colin, cracheur de feu : I - Colin


J'ai entendu un bruit.


Un bruit de pioche.


Il y avait, au fond de ce lopin de terre, un homme qui s'activait, non loin de moi. En entrant, je ne l'avais pas vu, car il devait avoir été masqué d'une façon où d'une autre par le mur de la chapelle.


Je me suis avancé vers lui.


Il m'a entendu venir, il s'est arrêté.


Je l'ai hélé.


Il était relativement jeune. Une petite trentaine d'années, peut-être. Il portait un bleu de travail et une casquette de la même étoffe. Et d'épaisses bottes en caoutchouc vertes. De grosses lunettes avec des verres épais de myope masquaient son regard.


Il a posé le soc de sa pioche par terre, s'est appuyé sur le manche. De fines gouttelettes de sueur perlaient sur son visage. Il a ôté sa casquette pour s'essuyer le front avec sa manche. J'ai remarqué qu'il était presque entièrement chauve, seul un mince duvet recouvrait le haut de son crâne.


Je lui ai demandé comment il s'appelait.


« Noé », il m'a répondu. Il m'a ensuite précisé qu'il était employé municipal, en charge de l'entretien du cimetière.


J'ai voulu me convaincre qu'il n'était pas là par hasard. Je lui ai parlé de ce que je cherchais, et que je n'avais pas trouvé.


« Viviane ? », a-t-il répété d'un air perplexe. « Non, ça ne me dit rien ». Mais il y avait dans sa voix une retenue presque indiscernable, comme s'il n'était pas totalement convaincu de sa réponse. Il est resté pensif comme ça quelques secondes, en se grattant la joue avec l'index puis :


- attendez... Ça me dit quelque chose, une vieille histoire. Qui a dû se passer quand j'étais tout môme. Un truc assez terrible. Mais je ne m'en souviens plus bien...


Il a regardé autour de lui, puis :


« Mais vous ne verrez rien d'autre ici ». Il a balayé l'espace autour de lui de la main, puis il a fini par désigner, à quelque encablures, une étroite parcelle de terrain. Située dans un coin, adossée à de gros cailloux, proche de la bordure de la falaise, envahie par la broussaille.


- Tenez, allez-voir là-bas, ça vous avancera peut-être, on ne sait jamais. Mais je ne peux rien vous garantir.


Puis il a craché dans ses mains, les a frottées vigoureusement l'une contre l'autre, il a repris sa pioche et m'a déclaré d'un air complice : « c'est pas le tout, mais j'ai encore du travail, alors, si vous permettez... ».


Je l'ai regardé s'éloigner en sifflotant.


Je me suis dirigé vers l'endroit qu'il m'avait indiqué.


Oh ! Ce n'était pas loin.


Tout de suite, j'ai vu.


Une croix. Blanche. On devinait qu'elle avait été lessivée depuis longtemps par le vent. Le vent et le froid. Le soleil aussi, sans doute.


Sur la croix, il y avait un écriteau. Les lettres commençaient à s'effacer, mais demeuraient encore lisibles. J'ai déchiffré :


Viviane Ferenczi

1950 - 1984


Mon cœur a bondi dans ma poitrine. Toute de suite, j'ai levé le regard autour de moi, à la recherche de l'homme qui m'avait mis sur la piste. En même temps, je me suis rendu compte que les contrastes violents qui avaient illuminé la matinée s'étaient estompés. Le ciel était devenu laiteux, presque blanc, et de gros nuages boursouflés avaient envahi le ciel.


Mais je n'ai vu personne. Il avait disparu.

 

Colin, cracheur de feu : XXX - Aïe 


Publié dans Ecrire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article