Colin, cracheur de feu : XXX - Aïe

Publié le par ErMa


Colin, cracheur de feu : I - Colin


J'ai couru comme un dératé vers la chapelle. Peine perdue. Fafnir gambadait autour de moi. L'énergie que je dépensais avait l'air de l'amuser, de le mettre de bonne humeur. J'ai fini par m'arrêter, hors d'haleine, et je me suis adossé contre le tronc d'un cyprès qui ceinturait le mur du cimetière. J'ai essayé de réfléchir. Qu'est-ce qui avait valu à cette femme un tel ostracisme ? Pourquoi cette tombe misérable, ce léger renflement qui saillait à peine du sol, cette croix isolée, à l'écart des autres, abandonnée aux intempéries ?


La réponse m'échappait, évidemment, et j'ai pris le parti de retourner voir le prieur. Au moment où je me mettais en route, j'ai aperçu un lapin qui, déboulant d'un fourré, passait précipitamment devant moi. Un chien l'avait mis en fuite, un chien au poil blanc, qui se promenait par là, et que Fafnir semblait observer avec intérêt.


Des corneilles qui étaient posées sur un rocher situé au bord de la falaise, se sont envolées brusquement, dans un grand battement d'ailes. Elles sont passées au dessus de ma tête avant de se fondre à la lisière des arbres.


J'ai entamé le chemin du retour. Je voyais au loin les murs blancs de la grande bâtisse qui m'avait accueilli la nuit dernière. Je me disais qu'il y avait des choses que je ne comprenais pas, je brûlais d'en savoir plus, mais comment faire ?


J'ai relevé la tête.


J'ai vu un groupe de trois personnes qui se détachait du vert sombre de la vaste prairie. Ils semblaient se diriger vers moi d'un air résolu. Ils marchaient vite, ils avaient l'air de discuter entre eux. J'ai cru qu'ils me désignaient du doigt.


Cela m'a alerté. Je suis resté aux aguets, j'ai poursuivi ma route.


Ils se sont rapprochés de moi. Puis l'un d'eux a fait un signe, j'ai vu qu'ils se séparaient. Le premier s'est dirigé résolument vers moi, les deux autres ont engagé un vaste mouvement enveloppant, sur chacun de mes deux côtés.


Ma mauvaise impression s'est confirmée. Ils voulaient me barrer la route. Et m'intercepter. J'ai imaginé qu'ils n'étaient vraisemblablement pas animés des meilleurs intentions à mon égard. J'ai essayé de résister à la panique, j'ai continué à marcher comme si de rien n'était, sans les regarder, et en même temps j'essayais d'échafauder, un plan, une manœuvre pour contourner le piège, mais impossible, je voyais l'étau se resserrer autour de moi. Insensiblement, Inéluctablement.


Alors, j'ai cherché Fafnir. Je ne le voyais pas à mes côtés. Je me suis arrêté, j'ai regardé derrière moi. Mon chien fidèle brillait par son absence...


L'homme qui semblait le chef est arrivé à ma portée, j'ai commencé discerner ses traits. Il était jeune, vêtu d'un costume sombre. Chemise blanche, cravate noire, chaussures en cuir pointues. Inhabituel pour se promener à cet endroit. Il portait des lunettes de soleil. Ses cheveux noirs et courts étaient savamment sculptés par une épaisse couche de gel. Les deux autres m'ont entouré à leur tour. Eux avaient plus l'air de gros bras, comme il fallait s'y attendre. Crâne rasé. Manches relevées avec de gros tatouages. L'un deux mâchouillait un chewing-gum en me regardant avec insolence. J'ai observé avec angoisse qu'ils étaient munis de battes de base-ball.


L'un deux l'a brandie devant lui et s'est mis tapoter avec dans le creux de sa main gauche. Il me regardait en souriant.


Aïe...

 

Colin, cracheur de feu : XXXI - Le retour de Fafnir

 

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