Colin, cracheur de feu : XXXIV - Rendez-vous

Publié le par ErMa


Colin, cracheur de feu : I - Colin


Je suis descendu dans la ville.


La nuit achevait de tomber. La neige s'était mise à tomber en abondance, accompagnée d'une bise glaciale qui s'infiltrait le long de mon cou, m'arrachant un frisson irrépressible. J'ai relevé le col de mon manteau.


C'était dimanche et il n'y avait personne. Mes pas résonnaient tandis que je dévalais les ruelles, et je me retenais pour ne pas me laisser emporter par la pente.


Puis j'ai débouché dans la rue principale. D'emblée, je me suis senti assailli par un déluge de lumière. Dressées d'un mur à l'autre, des guirlandes avec des lampes de toutes les couleurs : rouges, vertes, bleues faisaient comme un tunnel, un tunnel ruisselant de clarté.


Je l'ai longée. Les vitrines des magasins de souvenirs, des restaurants, des bars tabac avaient toutes leur volet clos, je progressais le long de murs blancs et soigneusement entretenus. Disposés en rangées, espacés régulièrement, des pots de terre dans lesquels étaient disposés de petits sapins soigneusement décorés faisaient comme une haie clairsemé qui s'estompait à mon passage.


Des pots en fer forgé étaient accrochés au mur, ils diffusaient des flammes légères, qui tourbillonnaient dans le vent ; des sortes de langues de feu qui faisaient courir sur les murs mon ombre et celle de Fafnir.


La rue s'est terminée, je suis passé sous l'ogive élégante d'un porche que couronnait une tour en pierre, svelte et effilée, revêtue de colombages, avec un toit de tuiles sombres qui se confondait presque avec la nuit. Puis j'ai avancé sur la place de la mairie, occupée par une série de petites baraques en bois, toutes fermées. Sur le fronton du bâtiment une vaste inscription en lettres de feu proclamait « 21 Décembre - Sol Invictus ».


Je me suis remémoré les instructions de frère Bertrand, je me suis engouffré dans une ruelle obscure sur ma gauche. J'ai deviné une plaque, j'ai écarquillé les yeux, mon cœur a bondi. J'y étais.


Devant le numéro indiqué, j'ai vu, bien visible malgré la nuit, éclairée par un lampadaire placé juste en face, l'enseigne du restaurant. Rideau baissé. Mais d'une porte d'entrée contigüe, un rai de lumière se découpait sur le sol. J'ai appelé : « il y a quelqu'un ? ». Pas de réponse. J'ai attendu un peu, J'ai dit à Fafnir de m'attendre, je l'ai attaché par sa laisse à un anneau qui par hasard se trouvait là, juste à ma portée, scellé sur le mur. Puis j'ai décidé d'entrer.


Un couloir. Désert. Une porte à ma gauche, entrouverte, d'où s'échappait une lumière violente. Je l'ai poussée. J'ai traversé la cuisine. Tout était immobile. Des ustensiles, soigneusement rangés, témoignaient que l'établissement était bien fermé. Dans une tentative pour soulager la tension qui commençait à me tétaniser, j'ai voulu ironiser sur moi-même, je me suis dit que, décidément, j'étais voué à visiter toutes les cuisines de la région...


J'ai vu une porte, au fond, qui semblait donner sur le restaurant.


Je l'ai poussée. Elle a grincé légèrement. Je suis rentré, j'ai regardé autour de moi.


J'étais dans une salle du restaurant. Je voyais les rangées de tables plongées dans la pénombre. Au fond de la pièce, un feu flamboyait.


Un homme était là, assis sur une chaise, les jambes écartées. Il ne semblait pas m'avoir vu venir. Armé d'un tisonnier, il ordonnait les braises. La clarté de la flamme éclairait de biais son visage, un visage massif, un peu empâté, avec une curieuse petite mèche qui lui mangeait le front.


J'ai reconnu un des hommes qui se trouvait dans le bar dans lequel j'étais entré hier, lors de mon arrivée à Vive la Gaillarde.


J'ai avancé. Pas de réaction. Alors j'ai avalé ma salive, et je me suis lancé :


- bonsoir, vous êtes bien Monsieur Wolfram ?


L'homme a sursauté et a tourné la tête vers moi.

 

Colin, cracheur de feu : XXXV - Le voile se déchire

 

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