Colin, cracheur de feu : XXXV - Le voile se déchire

Publié le par ErMa


Colin, cracheur de feu : I - Colin

 

Je me suis avancé.


Il n'a pas fait un geste. Il regardé vers moi. Il avait un regard fixe. Dur, très dur, presque halluciné.


Je me suis approché de lui. J'allais arriver à son contact quand il m'a arrêté d'un geste comminatoire, violent, même. « N'approchez plus », il a vociféré.


- Vous n'avez pas vu que c'est fermé. Que cherchez vous ?


Je suis resté sans voix. Je croyais pourtant que... Non, ça n'était pas vrai !.. Allais-je encore repartir à zéro ? Combien de temps encore la vérité que je cherchais avec désespoir allait-elle encore m'être refusée ?


J'ai balbutié :


- mais je croyais pourtant que... Frère Bertrand m'avait dit...


Il a détourné le regard, a dit entre ses dents :


- mais je ne voulais plus te revoir, plus jamais te revoir...


Je me suis rendu compte qu'il me tutoyait. Me connaissait-il d'avant ?


Il s'est tu, puis de nouveau :


- ta présence est une insulte, comprends-tu ça ?


Il se dégageait un telle violence de sa voix... Je me suis senti chavirer. Des tas des pensées que je ne maîtrisais plus s'étaient mises en branle dans mon cerveau, je me sentais le jouet d'une force sauvage que je redoutais ne pas savoir maîtriser. L'impression première de découragement qui m'avait saisi au début m'avait maintenant délaissé, et, pour une raison qui m'échappait j'ai senti que j'abordais le moment crucial. Par instinct ou par défi, j'ai lancé :


- les nervis, ce matin, l'agression, c'était donc vous ?


Il ne m'a pas répondu. Il refusait de me regarder et restait obstinément muré dans son silence, comme si le simple fait de m'adresser la parole lui demandait un effort insoutenable. A la fin je l'ai vu qui semblait se concentrer, comme à regret, il a tourné la tête vers moi, j'ai pressenti qu'il mettait dans son regard tout ce qu'il pouvait de haine, de haine et de mépris. Il me fixait avec une intensité extrême, presque douloureuse, sa voix qu'il affectait de garder calme, la plus calme possible, tremblait pourtant quand il m'a dit :


- je n'ai, qu'un seul regret, vois-tu,...


Il s'est tu un court instant, rassemblé dans un effort surhumain pour me faire le plus mal possible, comme s'il avait eu la faculté de me détruire par la parole :


- ... c'est celui de ne pas t'avoir vu, comme elle, rôtir dans les flammes de l'enfer.


Il essayait de me regarder pour m'exprimer toute sa haine et son ressentiment, mais visiblement, il n'y parvenait pas. Alors de nouveau, il a contemplé vers le brasier, avec une sorte de fascination morbide. Je voyais les flammes crépiter derrière lui. Alors là, je ne sais pas pourquoi, si c'étaient ces flammes qui tournoyaient derrière lui, ou alors ces pensées confuses qui se bousculaient en moi, ou encore le son de sa voix, ou peut-être l'ensemble, je ne sais pas, mais j'ai ressenti comme une éblouissement, à la manière d'un voile tendu devant moi et qui se serait soudain déchiré.


Tout m'est revenu. Tout. Et toutes les raisons que j'avais de haïr cet homme.


Les raisons de vouloir le tuer.

 

Colin, cracheur de feu : XXXVI - A quoi bon ?

 

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