Colin, cracheur de feu : XL - Le mot

Publié le par ErMa


Colin, cracheur de feu : I - Colin


Le maire a hoché la tête avec gravité.


... très malade, même. Un mal bizarre et sournois, personne, ni le médecin du village, ni d'autres appelés un peu plus tard ne comprenaient ce qui se passait. De nos jours, et les temps ont bien changé, peut être aurait-on pu diagnostiquer, je ne sais pas, moi,.. une maladie génétique, une infection par un virus inconnu ou quelque chose de ce genre, mais à l'époque...


Il a gardé donc le lit quelque temps. Une fièvre intense ravageait son visage, il claquait des dents, il faisait peine à voir. Mais le plus sinistre était d'observer la réaction de ses parents, murés dans la douleur.


Ils se disaient : « mais pourquoi a-t-il été chez ce garçon ce vaurien, sa mère, c'est là-bas qu'il a attrapé ça. Elle lui a jeté un sort, elle l'a empoisonné... ». Et pour la première fois le mot a été prononcé :


J'ai interrompu le maire en hurlant presque :


- sorcière, c'est bien ça ?...


- Oui, il m'a répondu avec une nuance de regret dans la voix.


Donc Wolfram et sa femme constataient jour à près jour que leur fils dépérissait, et toi, tu continuais à grandir, à te déployer dans l'harmonie. Tu étais beau et heureux plein de grâce et de vigueur. Quelques jours après, vous aviez voulu, Viviane et toi, lui rendre visite pour prendre de ses nouvelles, vous aviez trouvé porte close.


Passé les vacances, l'année scolaire avait recommencé, mais lui, il n'était plus là. En désespoir de cause, on l'avait envoyé dans une institution, on cherchait désespérément un remède à défaut d'un miracle. Des nouvelles lacunaires nous parvenaient, son état était ponctué de rémissions partielles, mais celles-ci étaient de plus en plus brèves ; en fait, il allait de plus en plus mal, sa santé se détériorait inéluctablement.


Cela a duré encore un an, ou presque jour pour jour ...


Et puis un jour, en plein milieu du cours de CE1, le directeur était arrivé dans la salle, l'air grave. Les gamins s'étaient levés à l'unisson, d'un geste il les avait fait asseoir, et puis il leur avait annoncé que Hugo était mort. Un grand silence avait suivi. On avait entendu quelques gosses éclater en sanglots.


Désormais, tout était en place pour que tout explose. Des choses un peu cachées, qui n'avaient jamais apparu au grand jour, comme cette aversion envers les gens qui viennent d'ailleurs, ceux que l'on ne connaît pas, des choses que l'on ne trouve pas le courage d'exprimer au grand jour.


Le jour de l'enterrement, vous n'étiez pas présents car vous redoutiez de vous faire lyncher.


C'était le premier jour des vacances, l'ambiance était lourde, inutile de vous le dire, électrique même. Une foule considérable était présente, à tel point que la petite église n'avait pu contenir tout le public, et elle semblait communier dans un ressentiment muet, une détestation forcenée qui n'osait pas dire son nom, tout entier dirigés vers une personne qu'elle ne s'était pas encore décidée à désigner, mais que tout le monde avait pourtant en tête. Un silence de plomb régnait.


Et puis on avait vu le père effondré sur le cercueil blanc, se relever d'un coup, brandir le poing vers la falaise et jurer «  qu'il ferait un jour la peau à cette salope ».


Et je crois que c'est ce geste fou, conduit par le désespoir, qui a tout déclenché.

 

Colin, cracheur de feu : XLI - Solstice

 

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