Colin, cracheur de feu : XLI - Solstice

Publié le par ErMa


Colin, cracheur de feu : I - Colin


Les jours qui ont suivi se sont passés dans un calme irréel.


Je me souviens simplement d'une chaleur suffocante, inhabituelle. Comme il se doit, le flot des écoliers s'était égayé dans la nature et toutes les forces vives du village, pour oublier le drame, s'étaient absorbées dans la construction du bûcher pour le feu de la Saint-Jean.


On voyait déjà s'ériger en haut de la falaise cette construction de bois d'une hauteur impressionnante dans laquelle il était prévu de disposer un sapin, et qui quelques jours plus tard, serait enflammée pour célébrer le passage du soleil au solstice.


Une coutume venue du fond des âges aussi vieille que les superstitions, aussi vieille que l'idée de la vengeance.


Pour une raison que je n'ai toujours pas comprise, il se trouve que cet édifice se trouvait finalement non loin de la petite maison où Viviane et Colin se terraient nuit et jour en se faisant le plus petit possible, en évitant toute provocation, pour échapper à la vindicte populaire.


Avec tout le monde nous attendions que le ciel s' assombrisse afin que le préposé en charge puisse mettre le feu au brasier. Le soir était donc venu, l'air était pur le soleil déclinait, la foule était nombreuse et bruyante, il me semblait que dans cet instant délicat chacun avait décidé de mettre en suspens ces quelques jours de folie.


Et pourtant...


A l'heure dite, celle où la nuit avait tout recouvert, où le pompier de service s'apprêtait à faire usage de sa torche, on aurait pu voir un groupe d'hommes se faufiler dans la nuit.


Ils étaient bien préparés, ils avaient minutieusement préparé leur coup. Sans doute ont-ils réapparu quelques moments plus tard. Profitant de l'agitation de la foule, passant presque inaperçus, ils poussaient devant eux une femme ligotée, terrorisée, qui les implorait.


Ils ne se sont pas laissé fléchir... Oh, ça non ! Ils se sont emparés d'elle, ont fait les derniers mètres en la portant. Elle se débattait avec l'énergie du désespoir, mais ils étaient nombreux. Placé un peu en retrait, un petit homme trapu semblait leur donner des ordres.


Le maire s'est arrêté, a pointé un doigt menaçant :


- toi, Wolfram.


Au moment précis où le soldat du feu précipitait son brandon dans cet amoncellement de feuilles et de branchage entassés dans un croisillon serré, ils l'ont jetée dedans. Et l'ensemble s'est embrasé immédiatement. J'ai été alerté par un cri inhumain. Elle s'était relevée et hurlait pour qu'on la délivre, mais personne ne répondait. Elle tentait vainement de fuir, mais elle était prisonnière.


Des flammes dansaient tout autour d'elle, ses mains étaient agrippées contre la construction en bois, elle tentait de se dégager, en même temps on pouvait discerner son regard affolé, ses yeux tournés vers le ciel qui semblaient dire : pourquoi, pourquoi ? Et on sentait une chaleur implacable, inhumaine qui irradiait, un souffle chaud, immense, qui nous a forcés à nous reculer.


En même temps, les agresseurs s'étaient tous dispersés et fondus dans la nuit.


Personne n'a réagi sur le coup, mais passé le moment de surprise, on a bien aperçu quelques audacieux tenter de se porter à son secours. Mais peine perdue... La flamme avait atteint une telle ampleur que plus personne ne pouvait approcher à moins de trente mètres.


Le bûcher n'était plus qu'une flamme immense qui donnait l'impression d'avoir échappé à tout contrôle, j'ai entendu des applaudissements. Dans un premier temps, j'ai espéré qu'il ne s'agisse en fait que de ce que l'on attend habituellement en pareille circonstance, mais j'ai dû déchanter rapidement, car dans la foulée, des cris ont fusé : « à mort, à mort la sorcière, qu'elle brûle dans les flammes de l'enfer ! ». Et j'ai assisté au deuxième embrasement, celui de la foule, la manifestation de cette joie obscène et primitive devant la souffrance d'autrui. Ils étaient tous littéralement en transe, comme devenus amok.


C'était impressionnant, je n'avais jamais connu ça, eux non plus sans doute.


Rapidement, la forme cernée par ce rideau de feu, et qui se tordait convulsivement s'est affaissée. La chaleur croissait constamment, devenant intenable, et nous obligeant à nous reculer encore.


Et cela a duré longtemps.


Et puis on entendu un grand craquement. Travaillé par le feu, le tronc du sapin s'est plié en deux. On a vu une grande gerbe d'étincelles et de cendres se disperser dans des hauteurs invraisemblables. Et puis l'arbre s'est écroulé sur lui-même.


Colin, cracheur de feu : XLII - Cendres


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